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Histoire d'une famille juive du Loiret

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Message par Fab le Ven 25 Fév - 6:59

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Max Nowodorski, en 1952 devant la plaque de sa défunte épouse

Golda-Genia Kalina naît le 19 mars 1904 à Varsovie . Elle épouse Max Nowodworski . Max & Golda Nowodwworski arrivent de Pologne dans les années 1930. Ils demeurent à Montreuil jusqu'en 1933. Depuis cette date, ils emménagent à Montargis, rue Paul Painlevé. Dès lors, Mme Nowodworski se décide à coudre des bleus de travail, que son mari se charge de revendre aux travailleurs d' Hutchinson. Une boutique est ouverte 19, rue du Loing (désormais rue du Général-Leclerc) puis elle est changée pour quelques maisons plus loin au 44 de la même rue. C'est un magasin plus vaste. L'ancien magasin est alors loué, en septembre 1939, par Raymond Tellier qui en fait une imprimerie. Le couple voit naître un premier enfant, Raymonde puis Suzanne, Flore et la petite dernière Monique (surnommée Lily) en 1942.

Depuis l'ordonnance du 27 septembre 1940, ils étaient inscrits sur le registre spécial, relatif aux juifs. Le magasin est au départ fermé et reçoit la mention " Entreprise juive " Puis, la préfecture française décide de rouvrir le commerce mais ce dernier doit être à présent géré par M.Lagneau. Chaque soir, celui ci vient chercher l'argent de la caisse, laissant aux Nowodworski juste de quoi subsister. " Il est venu accompagné d'un grand Allemand, nommé Zimmerman. Celui-ci a commencé à bourrer mon père de coups de poings. Je me suis mise à hurler et il s'est arrêté. Ensuite ils sont repartis ; il n' y a pas eu d'explication, personne n'a parlé." raconte Suzanne. En janvier 1942, la boutique est définitivement close. Un jour de mars, le notaire vient avertir les Nowodworski du danger que risque Max en restant là. Il décide de quitter Montargis afin de se cacher en zone libre laissant ainsi femme et enfants : personne ne pense à cette époque qu'on arrête une femme et un enfant en bas age… Un ancien voisin, transporteur de métier emmème le père jusqu'à la ligne de démarcation. Ce dernier réussit à la passer mais se fait prendre un peu plus tard. On l'interne dans des camps de Travailleurs étrangers. Il change son prénom Mendel en Manuel. Il connaîtra de nombreux camps : G.F.E Oradour-sur-Glane, G.T.E 405ème Beaulieu en Corrèze, C.S.S. Sereilhac en Haute-Vienne…

Mais voilà que le 13 juillet 1942, vers 19 h, Mme Nowodworski reçoit une convocation la priant de se présenter le 14 juillet à 9 h, à la Feldgendarmerie. L'angoisse grandit : Il y avait eu des rafles en juin, à Chalette. La rumeur disait que l'on n'arrêterait pas les femmes avec des enfants au-dessus de 2 ans. La convocation n'était peut être qu'une nouvelle vérification d'identité. Pourtant, ils avaient déjà subi les lois antisémites : le port de l'étoile jaune depuis le 29 mai 1942, le couvre-feu qui leur interdisait de sortir après 20 heures etc... de plus, leur père était interné en zone libre.

En ce soir du 13 juillet, les petites Nowodworski ont peur : elles ne peuvent pas communiquer avec leurs relations de Montargis ou leur famille de Lorris, car il est tard et elles n'ont pas le téléphone.

"Ce soir là, nous sommes montées au 2ème étage de notre maison, dans la chambre de nos parents. Ensemble, nous avons regardé par l'une des fenêtres : le ciel étoilé, la rue, tard dans la nuit, maman tenant notre petite soeur de 6 mois dans les bras." écrit Raymonde dans "Mon journal".

Le lendemain, à l'heure dite, Golda Nowodworski se présente à la Feldgendarmerie. A 11 h 20, elle rentre à son domicile (l'arrière de l'ancien magasin), 3 rue de Triqueti. Un policier français, M. Meunier, père d'une camarade d'école de Raymonde l'accompagne. Joignant ses mains,elle dit à ses petites filles "Mes enfants, il faut que je parte". Des voisins sont alertés, dont la boulangère qui vient leur porter du pain. Le policier s'impatiente. Comme Golda n'a pas de valise, elle attrape rapidement un sac à provision dans lequel ses filles balançaient leur petitqe soeur. "C'est dans ce sac que maman a emporté... si peu de choses : une couverture blanche de coton, une chemise et du linge de corps ([...] un gilet de laine, une robe d'été, et... deux oeufs et un morceau de pain)".

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Par la suite, Monique sera prise en charge par une amie de Mme Nowodworski, française et catholique, Mme Rebrouch.

Les filles sont conduites à la Feldgendarmerie (rue Gambetta) où elles retrouvent les trois Enfants Korman ainsi que Mme Levinski et son bébé de 8 mois. La dernière personne rencontrée avant de venir avait été M. Girardy.

Après avoir passé tout l'après-midi assises sur leurs bagages, les 3 sœurs sont transportées à la prison de Montargis. Elles se retrouvent dans la cellule occupées par leur mère, trois mois plus tôt. Là, grâce à des prisonnières de droit commun, elle apprennent que celle-ci a eu des montées de lait, nécessitant l'intervention d'un docteur.

Leur séjour à la prison s'achève le soir du 10 octobre lorsqu'elles sont transférées à Beaune-La-Rolande.

Là-bas, les petites forment un petit groupe de 7 avec d'autres enfants juifs dans la baraque n°16.

Le 21 décembre 1942, à Beaune-la-Rolande, les enfants de moins de 14 ans dits " sans parents " sont réunis : neuf au total. Les petites filles sont transférées à Paris, dans un centre de l'U.G.I.F., grâce à Mlle Roland, assistante sociale du camp, qui, émue par la mort du petit Jean-Marie, avait contacté la croix rouge. Le premier centre se trouve au 16, rue Lamarck. Les conditions y sont meilleures que dans les camps : les enfants sont bien nourris, ils reçoivent deux morceaux de pain à chaque repas. Au début, croyant qu'il s'agissait de la ration d'une journée, les petites l'économisent; elles disposent de vrais lits et sont bien suivies médicalement.

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Première page du journal de Raymonde qu'elle commence à Vauquelin le 5/07/1943

M. et Mme Pigelet, professeur d'anglais de Raymonde, accueillent les filles. L'aînée, qui entretient de bonnes relations avec son enseignante, dira même : "[ils] ont su nous redonner des goûts de jeunes de notre âge, nous réapprendre la vie normale."

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