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Jean GERARD, ancien para dans les SAS français

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Jean GERARD, ancien para dans les SAS français

Message par Fab le Lun 13 Sep - 2:39



Engagé dans les Forces Françaises Libres, ce jurassien a combattu dans les rangs des SAS français avant de se fixer à Ouzouer/Trézée où il coule une paisible retraite entouré des siens


Jean Gérard, ci-dessus chez lui, a également été éclusier à la Gazonne jusqu'en 1982.

Il y eut la guerre et ses fureurs, puis le silence. La plupart de ceux qui, à un moment ou un autre ont dû prendre les armes pour défendre ou restaurer la souveraineté de leur pays, à commencer par les soldats de 40, ont bien connu ce phénomène. Jetés dans des batailles au cours desquelles beaucoup de leurs camarades ont perdu la vie, ils ont souvent laissé le silence recouvrir leurs souvenirs personnels de cette période incertaine.

Tel est le cas de Jean Gérard, retraité d'Ouzouer-sur-Trézée, que chacun connaît pour avoir été le paisible éclusier de la Gazonne, mais qui fut aussi un parachutiste téméraire durant la dernière guerre au sein du prestigieux Special Air Service.

Une histoire oubliée

D'août à octobre 1944, son unité opère à partir de Briare, mais peu de témoignages sur cette troupe et sa présence dans le Giennois sont restés dans l'histoire locale. Il est vrai que les SAS sont un peu les oubliés de l'Histoire tout court.

David Portier, dont le grand-père faisait partie d'un maquis breton encadré par un SAS, a décidé d'écrire leur histoire et de leur rendre l'hommage qu'on leur a marchandé par la suite même si leur régiment, le 2e régiment de chasseurs parachutistes, est le plus décoré de l'armée française au titre de la seconde guerre mondiale.

Depuis des années, il recherche les témoignages, les objets ayant trait à ces unités, les survivants ou leurs familles. Il a ainsi pu écrire un livre (en réédition) et de nombreux articles, mettre en ligne un site internet (http://lerot.org/FFLSAS/) qui s'enrichit régulièrement, ou ce qui est sans doute le plus émouvant- remettre en relation d'anciens compagnons d'armes.

Cette démarche l'a conduit à se rapprocher de Jean-Dominique Paoli, un briarois dont le père, Jean-Luc, a également fait partie des SAS.
Par ce biais David Portier a pu retrouver Jean Gérard.

Et ce dernier a bien voulu révéler ses souvenirs enfouis au fond de lui-même et que ses propres enfants découvrent, non sans fierté, aujourd'hui. Voici l'histoire d'un petit gars du Jura dont la guerre a façonné le destin.

Vers l'Angleterre par l'Espagne

Jean Gérard n'est pas très grand et pourtant, à 87 ans, il émane de lui une sorte de vigueur qui résulte sans nul doute des entraînements démentiels subis en Angleterre et en Ecosse. « Je suis né le 13 novembre 1921 à Monmorot dans le Jura. Mon père travaillait à Tavaux et s'occupait du chargement des bateaux sur le canal » raconte-t-il.

Lui-même fut embauché comme bobineur-électricien dans une entreprise de produits chimiques, Solvay. En novembre 1942 les allemands décident d'envahir la zone libre et franchissent la ligne de démarcation. Celle-ci passait par les départements de Saône-et-Loire, de l'Ain et du Jura. Pour échapper au STO, un ami le pousse à partir avant l'arrivée des allemands. « Nous somme partis à vélo et nous avons passé la ligne de démarcation de nuit en direction de Lons-le-Saulnier. Puis nous avons pris le train et nous sommes arrivés à Tarascon-sur-Ariège. Là nous avons trouvé un passeur pour franchir les Pyrénées pour aller en Espagne mais il nous a laissés au milieu du parcours en nous disant de nous débrouiller... Cela n'a pas été facile ».
Mais les deux compagnons parviennent à leurs fins. Arrivés à Barcelone, ils se rendent aussitôt dans un consulat pour signer un engagement. Ils sont cueillis par la police espagnole dès leur sortie et conduit à la fameuse « Carcel Modelo » où ils seront incarcérés durant deux mois. « Nous avons été récupérés par les anglais et dirigés vers Gibraltar ».

Jean Gérard arrive sur le Rocher le 16 avril. Il embarque sur un bateau le 25 et arrive à Liverpool le 2 mai. Il signe son engagement dans les Forces Françaises Libres le 3 juin et est aussitôt... incarcéré le temps de vérifier si son histoire est véridique.

« Les questions que l'on m'a posées étaient très précises » analyse-t-il. Preuve que les services avait particulièrement fouillé sa vie personnelle et familiale... jusqu'à la description, de son domicile jurassien par exemple, afin de détecter s'il était un patriote sincère ou un espion potentiel.

Avec les parachutistes

Affecté à Camberley à compter du 8 juin, il rejoint la 2e section de la 1ère compagnie du 1er BIA commandée par Pierre Marienne. Créée en juillet 1943, cette unité devient le 4e BIA en novembre de la même année puis le 2e RCP (4th SAS) en avril 1944. En janvier 1944, le bataillon a été réorganisé. Jean Gérard, toujours sous les ordres de Pierre Marienne, est affecté au 3e squadron du 4th SAS, commandé par le capitaine Puech-Samson.

Si beaucoup de recrues ont délibérément choisi les parachutistes pour être sûrs d'être parmi les premiers à combattre en France, Jean Gérard affirme aujourd'hui que ce n'était pas son cas. A Camberley, sont réunis les anciens de Kabrit (voir notre précédente édition) dont l'expérience au combat leur vaut d'être les instructeurs des volontaires qui affluent du monde entier. L'historien des SAS, David Portier, écrit dans un de ses articles : « ainsi, évadé de France par l'Espagne, Jean Gérard est affecté à la section du lieutenant Marienne et il y fait connaissance de plusieurs camarades... »

Parmi eux, Alain Papazow (qui a pris un pseudonyme, Alain le Corre) et Achille Muller, que Jean Gérard vient de retrouver après des années de silence par l'entremise de David Portier, « ou Emile Bouétard qu'on appelait le « p'tit vieux » et qui a été le premier tué des paras français en Bretagne ». (Ndlr : A peine arrivé au sol dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, il est blessé dans un engagement avec l'ennemi puis achevé d'une rafale en pleine tête).

De toute cette période d'entraînement, de la formation avec les parachutistes polonais cantonnés à Largo où il passe son brevet après huit sauts, Jean Gérard ne garde aucun souvenir particulier. « Nous marchions beaucoup. Nous étions en pleine forme physique et tous très solidaires « se rappelle-t-il. Et un peu fortes têtes aussi. Lors d'un stage, sans doute en Ecosse, « il y avait beaucoup de moutons autour de nos baraquements. On nous avait demandé de ne pas y toucher. Mais, naturellement, il y a eu de la viande de mouton dans nos assiettes....»

Des chefs exceptionnels

De ce chef emblématique qu'était Pierre Marienne, Jean Gérard retient qu'il « était dur pour lui et voulait former les autres à son image. Pendant le combat de Saint-Marcel nous étions ensemble dans un buisson. Les allemands montaient vers nous et je baissais la tête en attendant de riposter à leur feu. Et Marienne m'a dit : « Gérard, on ne baisse pas la tête devant les allemands ».

Un autre chef va énormément marquer Jean Gérard : le lieutenant-colonel Bourgoin alors commandant. « J'étais un peu son garde du corps. Il était extraordinaire avec les hommes. S'il avait pu nous apporter le café le matin, il l'aurait fait ».

Avec Jean Gérard, il visite l'avion qui doit les emmener sur la France. Dans la nuit du 9 au 10 juin, les 50 parachutistes du capitaine Puech-Samson sont largués sur la Bretagne. La nuit suivante, c'est au tour du lieutenant-colonel Bourgoin et de 17 autres SAS de suivre le même chemin.

Pour cette première mission en terre française, cette fraction des SAS doit rejoindre la base Dingson installée sur une hauteur boisée éloignée de voies de communication mais proche d'une aire propice aux parachutages. De là s'organisait le harcèlement contre les troupes ennemies, leur mission essentielle, puis l'accueil et la formation des maquisards. Ce deuxième aspect de la mission deviendra prépondérant pour le bataillon du « Manchot », le lieutenant-colonel Bourgoin à partir du 10 juin.

« Nous devions partir pour trois semaines avec des pastilles et des conserves et nous sommes restés trois mois. On allait piquer dans les jardins. La population nous aidait mais on ne s'y fiait pas trop. On avait de l'argent qui avait été parachuté dans des containers récupérés par Raufast », autre chef modèle à bien des égards.

Combats en Bretagne
Le groupe du capitaine Puech-Samson se pose sur le terrain « Baleine » dépendant du maquis de Saint-Marcel où ils sont accueillis en libérateurs par les maquisards bretons qui affluent vers ce camp. Celui-ci (Dingson) « est situé dans une immense forêt et sur une hauteur. Il y avait une route... ». Les parachutages se succèdent : 18 dans la nuit du 10 juin, 87 pendant celle du 12, une quarantaine lors de celle du 17 ainsi que quatre Jeeps, des armes et du matériel. Les SAS sont répartis au sein des compagnies FFI et débutent leur instruction.

Le 18 juin, deux voitures de la Feldgendarmerie font une intrusion dans le périmètre du camp et sont pris à partie par des parachutistes de garde. Un soldat ennemi parvient à s'échapper.

La base, forte de 200 parachutistes et 1 200 maquisards, est découverte et les allemands ne tardent pas à l'attaquer. Les combats contre des troupes allemandes régulièrement renforcées, vont durer toute la journée. Jean Gérard se trouve « au nord du camp, en première ligne avec des maquisards ». Il n'a pas gardé de souvenirs précis de cet épisode sinon que « beaucoup sont tombés et appelaient leur mère. Ils n'étaient pas suffisamment formés pour faire la guerre et il y a eu un massacre «.Au regard des pertes à ce moment-là, le mot est un peu excessif. Dans la nuit, le commandant Bourgoin donne l'ordre de décrocher.

Jean Gérard suit son chef au château de Callac où un partage des tâches est décidée : au Manchot, la conduite des opérations en Bretagne, au lieutenant Marienne, le commandement des parachutistes et leur réorganisation en lien avec le maquis. Les allemands commencent leur traque sanglante contre les SAS.
Ces derniers sont disséminés dans les maquis. C'est ainsi que Jean Gérard se retrouve, avec son ami Le Corre-Papazow, dans celui de Calan près d'Hennebont. Ils planquent la journée ou font de la formation pour les maquisards et combattent l'ennemi (sabotage, attaques de convois...) la nuit.

D'autres Jeeps arrivent par la voie des airs. Mais après la libération de Vannes, fin août, des hommes sont envoyés en Grande-Bretagne pour prendre livraison d'une quarantaine de ces véhicules. Rassemblés à Vannes, les hommes les préparent avant de partir sur la Loire.




Le peloton Taylor à Briare

Nouvelle mission à Briare

C'est la fin du mois d'août 1944 et les opérations en Bretagne sont terminées. Le 3e squadron du 4 th SAS, que commande le capitaine Puech-Samson est envoyé, par la route, sur la Loire pour une nouvelle mission baptisée « Spenser ».
Il s'agit de harceler les allemands qui battent retraite au Sud du fleuve, en direction du Nord-Est vers leur pays par la trouée de Belfort. Ces régiments, certains commandés par le général Elster sont toujours armés et menaçants, d'autant plus que la Résistance se montre active à leur endroit, en particulier dans le Cher.
En effet, leur route passe par Vierzon et Bourges. Si certaines troupes sont prêtes à se rendre, d'autres restent combatives.

C'est pourquoi la mission de ce détachement de SAS, constitué de quatre pelotons de trois Jeeps respectivement commandés par Taylor, Raufast, Nicol et Fauquet consiste à les harceler pour entraîner le maximum de pertes dans leurs rangs.
Lorsque les SAS arrivent à Briare, la rive droite de la Loire est libérée. Ils ont choisi cette commune car le pont-canal, resté intact, est devenu l'unique point de passage dans la région.

Le « squadron » de commandement et le commandant Bourgoin dit le « Manchot « s'installent à l'Hôtel de la Poste à Briare et des SAS « bivouaquent » à l'Hôtel du Cerf. Le squadron de Loïc Raufast s'installe à l'Hôtel Terminus à Gien. D'autres sont à Cosne-sur-Loire. Mais le coeur du dispositif est à Briare où l'on vient se ravitailler et se reposer entre deux missions. Celles-ci se déroulent à un rythme soutenu jusqu'à fin septembre.

Jean Gérard y participe naturellement, sans doute dans le peloton de Fauquet ou sous les ordres directs du capitaine Puech-Samson, voire du commandant Bourgoin (selon David Portier). Jean Gérard raconte d'ailleurs qu'il a fait office d'agent de liaison et, à ce titre, a accompli de nombreuses fois le trajet Gien-Briare au volant de sa Jeep. Il ne garde guère de souvenirs de cette période, sinon cette anecdote. « Des paras avaient tué des lièvres dans une chasse. Le garde était venu se plaindre auprès du commandant Bourgoin qui avait répondu « laissez-les faire, ils seront peut-être morts demain ».

On avait donc la gâchette facile et certains racontent qu'il n'était pas rare qu'un bal s'achève façon « cow-boy », les paras tirant au plafond...

Une rencontre déterminante

C'est lors d'une reconnaissance vers Ouzouer-sur-Trézée, déjà occupé par les américains, effectuée à la demande du capitaine Puech-Samson, que Jean Gérard va tomber en plein bal chez le restaurateur Jean Richer et rencontrer pour la première fois celle qui... deviendra son épouse, Paulette Leprêtre.

Pour autant, Jean Gérard poursuit sa guerre. « On a fait des prisonniers entre Issoudun et Châteauroux mais ils ont voulu être remis aux américains. Il faut dire qu'ils nous surnommaient les sanguinaires au béret rouge. J'étais à la Libération de Bourges ». Il ne souhaite pas trop en dire plus à cause de « trop de sang versé, de trop de copains tués ».

Après une période de permission en Champagne, Jean Gérard et ses compagnons sont envoyés d'urgence fin décembre pour enrayer la contre-attaque allemande dans les Ardennes. Il combat ensuite en Belgique puis il est rayé des cadres le 15 septembre 1945. Blessé plusieurs fois, Jean Gérard est chevalier de la légion d'honneur et titulaire de la médaille militaire, de la croix de guerre 39-45 avec palme deux étoiles d'argent. (citations à l'ordre de la Division). Il a sauté 29 fois dont une en opération de guerre.

Jean Gérard se marie enfin avec Paulette Lepêtre en avril 1945 avec qui il aura quatre enfants. Une fois dégagé de toutes obligations militaires, il part s'établir dans son Jura natal. Mais très rapidement, le couple décide de revenir habiter à Ouzouer-sur-Trézée. Jean Gérard est employé aux Etablissements Daviet « comme coupeur en ganterie et chaussures ».

Le lieutenant-colonel Bourgoin qui travaille dans un ministère, le sollicite pour être son chauffeur. Jean Gérard décline la proposition sous prétexte que « les SAS n'aimaient pas trop la discipline ». Il souhaite devenir éclusier. On lui accorde cette faveur et... l'écluse de la Gazonne qu'il va manoeuvrer jusqu'à sa retraite en 1982.

« J'ai alors connu les bateaux tirés par des hommes, des ânes puis des tracteurs. Il y avait des pinardiers, des charbonniers des transports de céréales et même d'essence... « Mais ce sont là d'autres souvenirs, sans doute plus doux que ceux des temps de guerre.


Jean Gérard au volant de sa Jeep lors d'une mission

Les citations du para Jean Gérard, toutes les deux à l'ordre de la Division.

Pour la Bretagne : Combattant merveilleux de courage et de sang-froid. A été parachuté en Bretagne quelques jours après le débarquement de Normandie. A mené pendant deux mois la vie des soldats des Forces françaises de l'Intérieur dont il a partagé tous les dangers. A participé à de nombreuses actions entreprises contre l'ennemi et a pris part glorieusement aux combats de la libération de la Région de Bretagne (Rennes 18 juin 1945).

Pour la Belgique : Caporal Gérard Jean du 2e Régiment de Chasseurs Parachutistes, ancien parachutiste, qui bien que blessé par plusieurs blessures reçues sur d'autres fronts, a participé à de nombreuses patrouilles en Belgique. S'est particulièrement distingué à Steinbach donnant le meilleur exemple d'énergie et d'endurance. (Orwell Park, le 17 juin 1945).



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