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Lieutenant ERNEST BILDSTEIN : mort au combat à SAINT GONDON le 18 Août 1944

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Lieutenant ERNEST BILDSTEIN : mort au combat à SAINT GONDON le 18 Août 1944

Message par Fab le Sam 23 Nov - 22:24


Ernest BILDSTEIN connu dans la résistance sous le nom de" lieutenant Rémi "


(Témoignage de Maurice Espinasse, secrétariat à la police à Orléans)

Et nous nous engageons sur cette route nationale. La voiture d’Ernest roule en tête, la mienne une centaine de mètres derrière. Nous allons à une allure folle, le compteur marque jusqu’à 120 à l’heure. Soudain, à la sortie d’un virage, au lieu-dit « La Montée des Vignes », à 2 km de Saint-Gondon, j’aperçois au milieu de la route deux Allemands, le vélo à la main et levant l’autre bras en signe de reddition. La première voiture freine brusquement et s’arrête. La mienne qui a de mauvais freins, est obligée de doubler l’autre et ne peut s’arrêter que 80 m plus loin environ. Je vois Ernest qui est descendu de voiture braquer sa mitraillette sur les deux Allemands. Nous descendons tous des voitures, sauf le chauffeur d’Ernest qui reste à son volant. À ce moment éclate un coup de feu et je m’aperçois que mon chauffeur (Deroin) a reçu une balle dans la poitrine. Je cherche qui a pu tirer et je distingue soudain, à 15 mètres de moi, dans la direction de Saint-Gondon, des têtes allemandes et des fusils dépassant des deux fossés. Je comprends qu’il y a eu embuscade et je me place avec mes camarades derrière la voiture mais mon chauffeur reçoit une nouvelle balle qui lui déchire le mollet et il tombe mort. Derrière, Ernest a compris le danger et s’est caché derrière un arbre ainsi que notre camarade Robichon. Il a donné l’ordre au chauffeur de faire faire demi-tour à la voiture et celui-ci a exécuté l’ordre. Les balles continuent à siffler mais Ernest ne tire pas et parlemente en Allemand avec les deux soldats ennemis qui étaient sur la route et qui se sont glissés eux aussi dans les fossés. Je m’en étonne et je décide de tirer après avoir donné l’ordre aux deux hommes vivants de ma voiture d’essayer de se sauver. L’un réussit à gagner les haies voisines, l’autre est atteint par une balle et tombe.

Resté seul de ma voiture, je tire. D’une première rafale, je tue un Allemand et en blesse deux autres. Puis, apercevant un ennemi qui m’ajuste, je braque mon FM dans sa direction, mais il tire avant moi et je reçois la balle dans la main droite. Je reprends le combat en tirant de la main gauche, mais à ce moment, je constate que le levier d’armement de mon FM est brisé et que, par conséquent, mon arme est inutilisable. Ernest a vu ma blessure ; je me retourne, il me fait signe d’essayer de m’échapper : « Vite ! », me crie-t-il. Je bondis par dessus le fossé, une balle déchire mon pantalon et me blesse légèrement à la jambe, je m’abrite derrière une haie et, en rampant, je m’approche d’Ernest. Je le vois se découvrir un peu pour viser, mais, à cet instant précis, il reçoit une balle en pleine poitrine et s’affaisse sans un cri, sans un mot.

Ernest est mort. J’ai du mal à le croire, je l’observe pendant quelques secondes : pas un mouvement, pas un soubresaut, ses yeux sont clos, il n’a pas souffert. Je comprends qu’il n’y a plus rien à espérer. Ernest tué, Robichon parti, je reste seul vivant sur le lieu du combat et les Allemands tirent toujours dans ma direction. Je n’ai plus qu’à essayer de me replier. En rampant, je m’éloigne puis je me mets à courir. Les Boches me voient et essaient de m’atteindre. Par chance, aucune balle ne me touche.

La suite ne concerne plus que moi puisque j’ai dû quitter ce pauvre Ernest étendu sur le bascôté de la route, une petite tache rouge sur sa poitrine. Je me souviens que, quelques minutes après, alors que je venais de mettre une certaine distance entre les Allemnds et moi, je me suis arrêté et j’ai eu envie de revenir en arrière vers Ernest, je ne pouvais pas me résigner à laisser son cadavre aux mains de l’ennemi. Seul le sifflement des balles à droite, à gauche, au-dessus de moi, ce sifflement obsédant et sinistre m’a poussé à continuer mon repli.

Je garderai longtemps en moi le souvenir d’Ernest Bildstein, d’une part camarade franc, loyal, généreux, compréhensif, d’autre part chef courageux et patriote ardent.


Le maquis de Coullons prend pour nom celui de son fondateur, le lieutenant Ernest-Jacques Bildstein, mort pour la France le 18 août 1944.

Autre témoignage sur cette fusillade : http://saintgondon.free.fr/p3g2.htm



sources :http://chantran.vengeance.free.fr/Doc/Bildstein08.pdf
http://www.museedelaresistanceenligne.org/mediatheque/pageDoc.php?&media_id=3018

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