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L'ancien sous-préfet de Pithiviers poursuit plusieurs médias pour diffamation.

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L'ancien sous-préfet de Pithiviers poursuit plusieurs médias pour diffamation.

Message par Fab le Mer 16 Jan - 18:47

Article trouvé sur le site du journal Libération datant de 1997.

Par VITAL-DURAND BRIGITTE

Michel Junot, 80 ans, sous-préfet à Pithiviers en 1942 et 1943,adjoint de Jacques Chirac à la mairie de Paris de 1977 à 1995, a-t-il organisé des convois de déportés de juifs du camp de Pithiviers vers celui de Drancy? Risque-t-il d'être poursuivi, à l'instar de Maurice Papon, comme complice de crime contre l'humanité? Ces accusations extrêmement graves ont été portées contre lui par deux radios, France Info et Radio France, sept journaux, Libération, le Monde, le Parisien, la République du Centre, trois autres titres régionaux, et par l'élu parisien, Henri Malberg, président du groupe communiste au Conseil de Paris. Tous ont comparu hier devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, poursuivis par l'ancien haut fonctionnaire de Vichy pour «diffamation». Michel Junot réclame à chacun entre 500 000 et 1 million de francs, en réparation de cette «atteinte à son honneur et à sa considération».

Michel Junot est arrivé à la barre, costume, cravate, pochette et cheveux bleus, décorations militaires au revers. Que peut-on lui reprocher? C'est le Point qui a attaqué avec une enquête publiée le 1er février 1997. L'hebdomadaire assurait que, parmi les fonctions du sous-préfet, entrait la responsabilité du départ du dernier convoi de juifs parti de ce camp du Loiret. L'hebdomadaire n'est pas poursuivi. Dans ses numéros suivants, il a publié le témoignage très favorable d'un de ses compagnons des «moments sombres», Jean-Claude Aaron. «Mes meilleurs amis étaient de race juive», a cru bon d'affirmer hier l'ancien sous-préfet.

En août 1942, il prend son poste à Pithiviers, où il est en charge du maintien de l'ordre dans la ville. Il a reconnu hier avoir occupé ces fonctions, et ne poursuit pas les journalistes pour ça. Il leur reproche d'avoir dit ou écrit qu'il aurait supervisé l'organisation de l'ultime convoi. France-Info l'a répété 27 fois entre le 31 janvier, 18 heures, et le 1er février au matin, selon le tribunal. «Vous aviez les documents de 1942 entre les mains?», demande la présidente Martine Rac-Madoux au journaliste de la radio. Non, il ne les avait pas. Il s'appuyait sur le Point et des dépêches d'agence. La présidente s'est énervée: «Peu à peu, la rumeur gagne tous les médias et se répand sans que l'on revienne à la source originale.» «J'ai fait confiance à la dépêche», tente le journaliste. «On ne suspecte jamais le travail d'un confrère, on suspecte plutôt les propos d'un monsieur Junot», coupe le magistrat.

Hier, l'ancien sous-préfet a expliqué que son rôle se bornait au maintien de l'ordre dans la ville, mais pas à l'intérieur des camps: «Le préfet m'avait demandé si je souhaitais prendre ces camps en main, j'ai dit non, je préférais que ça continue comme avant.» Poussé par les avocats des journaux, il a quand même reconnu qu'il y a mis les pieds, mais «c'était six mois plus tard (après le départ du dernier convoi, ndlr), il n'y avait presque plus de juifs et c'était à titre humain et personnel». «Mais quand même, insiste maître Henri Leclerc, pour Libération, vous vous souciiez du gardiennage du camp?» Michel Junot répond qu'il était responsable de l'ordre dans l'arrondissement préfectoral. «Ne jouez pas avec les mots. Quand vous réclamiez un gardiennage plus solide, c'était bien pour empêcher les gens de s'enfuir?» L'ancien fonctionnaire de Vichy a baissé la tête et n'a pas répondu.

Le jugement a été mis en délibéré.


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Dernière édition par Fab le Mer 16 Jan - 18:50, édité 1 fois

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Re: L'ancien sous-préfet de Pithiviers poursuit plusieurs médias pour diffamation.

Message par Fab le Mer 16 Jan - 18:50


Article tiré du site du journal Le Point - 1997

Révélations 1942-1943 : les archives de Pithiviers

Il faut bien dire que, toute considération politique mise à part, les fonctionnaires vichyssois donnaient un remarquable exemple d'administration efficace, habile et honnête. » Ce brevet de bonne conduite, décerné en 1981, n'est pas signé par Maurice Papon, aujourd'hui renvoyé devant la cour d'assises de Bordeaux pour « complicité de crimes contre l'humanité ». Il figure en toutes lettres dans « L'illusion du bonheur », un livre publié aux éditions de La Table ronde par Michel Junot, adjoint de Jacques Chirac à la mairie de Paris de 1977 à 1995, qui connaît son sujet, puisqu'il était sous-préfet à Pithiviers, dans le Loiret, en 1942 et 1943. A ce titre, il a supervisé le maintien de l'ordre du camp de cette ville, où furent internés des milliers de juifs, avant d'être déportés à Auschwitz. A la différence - notable - de Maurice Papon, il n'a pas délivré des ordres d'arrestation, d'internement et de transfert de personnes à Drancy.

Après guerre, Michel Junot a mené une brillante carrière dans les hautes sphères administratives de la République, avant de s'engager dans la vie politique - il sera député de Paris de 1958 à 1962, dans les rangs du CNI, qu'il ne quittera plus. Mais c'est à la Ville de Paris, dont il a été le médiateur de 1977 à 1989, qu'il fait l'essentiel de sa carrière. Ancien député européen, Michel Junot préside, depuis 1978, la Maison de l'Europe de Paris.

Jusqu'ici, il a toujours affirmé que les camps d'internement de son arrondissement, celui de Pithiviers et celui, distant d'une vingtaine de kilomètres, de Beaune-la-Rolande, échappaient à son contrôle. Sa tâche principale consistait à inspecter les communes et à remplir des fiches de « renseignements généraux et confidentiels » sur les notables locaux. Le camp de Pithiviers ? « Il n'était pas dans mes attributions. Je n'y ai jamais mis les pieds », affirmait-il, en 1990, à L'Express.

Un démenti on ne peut plus formel, contredit, cependant, par plusieurs documents inédits, auxquels Le Point a pu avoir accès. Des pièces qui précisent son champ d'action.

Michel Junot est un jeune et fringant haut fonctionnaire lorsqu'il est nommé sous-préfet à Pithiviers le 9 juin 1942, à 26 ans. Cela fait déjà six années qu'a débuté sa carrière administrative comme attaché au cabinet du ministre de l'Intérieur. Il est vite apparu comme un protégé du secrétaire général de l'administration de ce même ministère, Georges Hilaire, vieil ami du chef de gouvernement, Pierre Laval. Une semaine après sa nomination, Junot se rend dans le Loiret pour s'informer de sa mission. La fille des propriétaires de l'hôtel où il est descendu se souvient de la morgue élégante avec laquelle il s'est présenté, en uniforme.

A cette date, les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, conçus à l'origine pour les prisonniers de guerre allemands, servent déjà de camps d'internement, avant la déportation de leurs pensionnaires, dont les premiers départs ont lieu le 8 mai 1942.

Michel Junot, qui restera un an, jour pour jour, à ce poste, prend ses fonctions à Pithiviers le 24 août 1942. Soit moins d'un mois avant le départ, le 20 septembre 1942, d'un nouveau convoi de déportés juifs.

Ce jour-là, un millier d'internés juifs, dont 163 enfants de moins de 18 ans, raflés en région parisienne, sont embarqués dans le convoi numéro 35. Destination : Auschwitz, via Drancy, le camp situé au nord de Paris.

La veille du départ, Michel Junot fait part au préfet de ses préoccupations pour assurer le maintien de l'ordre. « J'ai l'honneur de vous faire connaître que je viens d'être avisé qu'un embarquement de 1 000 israélites du camp de Pithiviers ayant lieu demain matin à partir de 17 h 00 à la gare de Pithiviers, la totalité des gendarmes de mon arrondissement, à une exception près par brigade, sont requis pour participer à cet embarquement, écrit-il. En conséquence, ainsi que je vous en ai avisé aussitôt par téléphone, il m'est impossible d'assurer le service d'ordre et de protection que j'avais prévu dans l'éventualité de manifestations d'origine communiste pour le 20 septembre à 18 h 30, à l'occasion du 150e anniversaire de la bataille de Valmy. »

Junot ajoute qu'il a fait procéder à l'arrestation préventive de cinq sympathisants communistes. Mais, précise-t-il, « trois seulement purent être effectuées ». Les intéressés seront relâchés après le départ du convoi.

Deux jours plus tard, le 22 septembre, Junot ne cache pas sa satisfaction au préfet : « La journée du 20 septembre 1942 s'est déroulée dans l'ensemble de mon arrondissement dans le plus grand calme. Le service d'ordre restreint dont j'avais envisagé et décidé la mise en place pour l'après-midi du 20 septembre n'a pu fonctionner (sauf en ce qui concerne les 2 agents de police de garde devant la mairie) en raison de la réquisition de tous les gendarmes de la section, à une seule exception par brigade, pour l'embarquement des internés du camp des israélites de Pithiviers, dont le départ a été brusquement porté à ma connaissance le 19 septembre à 15 h 00. Cet embarquement s'effectuant entre 16 et 19 heures à la gare de Pithiviers, située à l'extrémité de l'avenue de la République sur laquelle les communistes avaient invité (parfois par lettres personnelles) les habitants de Pithiviers à manifester à 18 h 30, je nourrissais certaines craintes quant à la possibilité d'incidents pouvant avoir des répercussions sur le bon ordre de ce départ. Il n'en a rien été, et le plus grand calme n'a cessé de régner sur la ville. »

Dans ce même document, Junot souligne que, pour faire contrepoids aux manifestations communistes prévues, « une timide contre-manifestation du Parti populaire français [le parti collaborationniste de Jacques Doriot] se produisit dans les rues du chef-lieu d'arrondissement. Cette manifestation se bornant d'ailleurs à la distribution de quelques tracts. »

Puis, dans un « rapport mensuel », rédigé huit jours plus tard pour ses supérieurs, scrupuleusement, il revient sur ces opérations.

Le 30 septembre 1942, il fait un point détaillé de la situation dans les deux « camps d'internement », intitulé du troisième paragraphe de son rapport. « Le camp de Beaune-la-Rolande, vide depuis la fin août, a été nettoyé, précise Junot. Il se présente actuellement sous d'excellentes conditions. Deux convois de juifs y sont passés et y ont séjourné 24 heures avant de repartir pour Drancy. Il ne reste actuellement au camp qu'une vingtaine d'internés assurant les travaux d'entretien. »

Michel Junot poursuit : « Le camp de Pithiviers était occupé depuis la fin août par 1 800 internés israélites de toutes catégories. Français et étrangers, hommes, femmes, enfants, certains arrêtés lors des rafles d'août et de décembre 1941, d'autres à la suite de contraventions aux ordonnances des autorités d'occupation (ligne de démarcation, port de l'étoile, etc.). Tous, sauf ceux dont l'époux était de race aryenne et quelques femmes, mère d'enfants en bas âge, ont été embarqués le 20 septembre pour l'Allemagne. Enfin, les derniers internés ont quitté Pithiviers le 24 au soir pour Beaune-la-Rolande afin de libérer le camp qui devrait recevoir des internés communistes. Ce dernier convoi d'israélites n'a d'ailleurs séjourné que 24 heures à Beaune et est reparti de là sur Drancy en vertu d'instructions des autorités d'occupation. »

Drancy était la dernière halte en France avant le départ des déportés pour l'Allemagne, et la solution finale : leur élimination physique.

« Le 26 septembre [1942], ajoute Michel Junot, 1 000 communistes récemment arrêtés et provenant, en grande majorité, du département de la Seine, sont arrivés au campde Pithiviers. 750 autres les y ont rejoints le lendemain, 27 septembre. Ces arrivées n'ont donné lieu à aucun incident. »

A la lecture de ces comptes-rendus, d'une sécheresse toute administrative, le préfet délégué du Loiret Jacques Martin-Sane exprime par écrit sa satisfaction. Il apprécie la diligence avec laquelle l'ordre a régné lors de l'embarquement des déportés entassés dans des baraques entourées de barbelés et balisées de miradors.

Dans une note interne du 1er octobre 1942, elle aussi inédite, le préfet délégué indique au chef de la première division à la préfecture, chargé de l'organisation et de la surveillance : « Monsieur le sous-préfet de Pithiviers peut être appelé à intervenir dans la question des camps lorsqu'il s'agit d'une affaire urgente et sur mes instructions formelles. De toute façon, en tant que représentant du gouvernement à Pithiviers, il a le droit de contrôle sur la bonne marche des camps. Dans ces conditions, il m'apparaît indispensable que, de toutes les instructions envoyées au commandant de camp, il soit adressé copie au sous-préfet de Pithiviers, de telle sorte qu'il ne soit pas court-circuité. »

Outre son rôle dans le maintien de l'ordre des camps, le sous-préfet Junot procède à des analyses sur le climat politique local. Son rapport de septembre 1942 témoigne de leur contenu. Il examine le cas du docteur Paul Cabanis, député et maire radical de Beaune-la-Rolande, que le préfet a contraint de démissionner : « Le docteur Cabanis a fait preuve de la plus grande correction à l'égard du gouvernement, et, n'ait été la question de la race de sa femme, il eût certainement été un soutien à la politique du Maréchal. » Mme Cabanis est juive.

Au sujet de Marcel Donon, le sénateur et maire de Pithiviers, que Vichy a démis de ses fonctions parce que radical et franc-maçon, Junot relève : « Il séjourne cependant fréquemment à Pithiviers et il est certain qu'il continue à voir ses anciens amis et à exercer une propagande parlée contre le gouvernement. »

Pas moins de sept convois partent des camps du Loiret de juin à septembre 1942, le dernier sous la responsabilité de Junot.

Au mois d'octobre, le sous-préfet s'inquiète, dans son rapport, des difficultés du maintien de l'ordre à Beaune-la-Rolande, où affluent « des israélites français ou étrangers ayant commis une infraction aux ordonnances des autorités d'occupation (en particulier, tentatives de franchissement de la ligne de démarcation) et qui ont été envoyés par les formations de police allemande au camp de Beaune ». En bon fonctionnaire, Michel Junot fait même une suggestion : « Si le nombre d'internés devait s'accroître encore, il y aurait lieu de prévoir un gardiennage plus solide. »

Dans ce même document, il souligne qu'à Pithiviers les communistes remplacent peu à peu les juifs. Toutefois, ils sont encore 1 574 au 30 octobre 1942, contre 1 798 le 26 septembre.

« La présence de ce camp sur le territoire de mon arrondissement provoque l'arrivée, à la sous-préfecture, d'un certain nombre de lettres demandant des autorisations de visite ou même des libérations. J'ai fait préparer pour les réponses à ces lettres des formules indiquant à mes correspondants que je ne suis en rien compétent pour des mesures de ce genre et que seul le préfet ayant prononcé la décision d'internement avait autorité à cet égard. Aucun incident n'est à signaler au camp, où le service de gardiennage est assuré de façon fort satisfaisante par un détachement de gendarmes », écrit-il.

Vient alors l'occupation du sud de la France par les Allemands, en riposte au débarquement allié en Afrique du Nord. En août 1943, des mois après que l'occupant a franchi la ligne de démarcation, Michel Junot est promu directeur de cabinet auprès du préfet régional de Nice. Deux mois plus tard, il prend du galon et revient dans le Loiret, comme secrétaire général de la préfecture du département.

Le jour de la libération d'Orléans, le 16 août 1944, Michel Junot est là. Il brandit le drapeau tricolore au balcon de la préfecture du Loiret. Et il accueille André Mars, commissaire de la République envoyé par le général de Gaulle, sur le perron. Ce qui ne l'empêchera tout de même pas de subir la vague de l'épuration. Le 14 décembre 1945, dix mois après lui avoir décerné un « certificat de résistance », de Gaulle le révoque par décret. Le héros de la France libre se fonde sur une décision de la Commission nationale d'épuration. Celle-ci s'appuie sur un avis du comité départemental de libération du Loiret. Il stipule que Michel Junot est un « modèle d'arriviste, dénué de tout scrupule. A écarter de toute fonction publique ».

Cependant, comme de nombreux serviteurs de l'Etat français, Junot affirme avoir joué un double jeu. Il explique qu'il a travaillé pour « un réseau » du Bureau central de renseignement et d'action (BCRA) et fait valoir son activité pour le service de renseignement du général de Gaulle à Londres, sous l'Occupation, et les décorations qu'elles lui valent. Il sait convaincre, puisque, la paix revenue, on le retrouve à des postes de chef de cabinet ministériel, avant qu'il ne redevienne sous-préfet en 1956, puis préfet en 1957. Un an plus tard, ce Parisien efficace et discret, à la réputation de bon vivant, devient, à 42 ans, député de Paris. Il a rejoint le Centre national des indépendants et paysans (CNI), où se retrouvent alors les antigaullistes de droite. Sa résistible ascension le mène ensuite au Conseil de l'Europe, où il représente la France. Puis, nommé médiateur de la Mairie de Paris il va régler les litiges entre l'administration municipale et les usagers.

Longtemps, Michel Junot se présentera, dans le « Who's Who », comme le descendant du général Junot. A tort : il sera contraint de renoncer à ces prétentions par un jugement du tribunal de Paris, saisi par les héritiers directs de l'aide de camp de Napoléon. Mais il se consolera de ce revers en devenant, pour un temps, le beau-père de Caroline de Monaco.

En 1984, alors secrétaire général du CNI, Michel Junot se déclare favorable à des accords électoraux avec le Front national de Jean-Marie Le Pen. Mais, en 1986, à l'approche des élections législatives, c'est avec Jacques Toubon, alors secrétaire général du RPR, qu'il signe une « plate-forme » de gouvernement. Son parachutage comme tête de liste du RPR en Eure-et-Loir pour les législatives de 1986 ne va pas sans grincements. Michel Junot s'affiche avec Jacques Chirac, sous le slogan « Vivement demain avec le RPR ». Oublié, les années noires. L'ancien sous-préfet n'a toujours qu'une aspiration : regarder l'avenir. Un avenir que les électeurs ont préféré envisager sans lui. Sans que son passé, dont ils ignoraient tout, ait pesé sur leur choix.


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Re: L'ancien sous-préfet de Pithiviers poursuit plusieurs médias pour diffamation.

Message par Fab le Mer 16 Jan - 18:55


Article tiré du site du journal L'Express d'Octobre 2000 :


Le mauvais procès

C'est l'affaire de trop. L'affaire qui divise. Et qui gêne. Un ancien haut fonctionnaire de Vichy est concerné par une nouvelle procédure de complicité de crime contre l'humanité. Cette fois-ci, les choses sont allées vite. Un juge, Jean-Paul Valat, a été désigné et instruit activement. Mais quelque chose cloche. Serge Klarsfeld, acteur essentiel de toutes les procédures antérieures, désavoue bruyamment celle-ci et prend la défense de Michel Junot, 84 ans, ancien sous-préfet de Pithiviers. Et les avocats du procès Papon s'opposent: les ténors se tiennent à l'écart et ce sont deux acteurs secondaires, Stéphane Lilti et Gérard Boulanger, qui se lancent. Le premier n'a fait que de brèves apparitions au procès de Bordeaux et le second, à l'origine de la procédure contre Maurice Papon, s'y était très vite fait rafler la vedette au profit du conflit opposant Arno Klarsfeld et le duo Alain Lévy-Michel Zaoui.

Au nom de Marc Korenbajzer et de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) ont ainsi été déposées, le 13 janvier et le 25 juillet derniers, deux plaintes qui constituent un exercice limite de procédure en matière de crimes contre l'humanité. Le plaignant, Marc Korenbajzer, agit au nom de sa demi-soeur, Aline, assassinée à Auschwitz six ans avant qu'il naisse. Et l'homme qu'il accuse n'était pas là au moment des faits mais avait le titre de sous-préfet de Pithiviers, arrondissement où se trouvait le camp d'internement dans lequel sa soeur a passé plusieurs semaines. Dossier sensible: la justice a réagi rapidement, en ouvrant une information judiciaire. Avec prudence: elle ne vise pas Michel Junot, simple témoin assisté, mais "toute personne que l'information fera connaître".

Marc Korenbajzer n'a pas connu Aline; cependant, il ne connaît qu'elle. "Lorsque mon père a décidé, en 1942, de fuir la zone occupée, sa femme a préféré rester avec leur fille Aline, à Paris, auprès de sa mère malade. Elles ont toutes deux été arrêtées lors de la rafle du Vél' d'Hiv, le 17 juillet 1942, transférées au camp de Beaune-la-Rolande, près de Pithiviers; elles sont revenues au camp de Drancy le 25 août, d'où elles ont été déportées pour Auschwitz, le 28 août, où elles furent gazées dès leur arrivée, le 31 août. Mon père s'est remarié après guerre mais, toute mon enfance, il n'a cessé de nous parler, à ma soeur et à moi-même, d'Aline, dont j'ai toujours vu la photo sur le meuble du salon."

A l'époque du procès Papon, Marc Korenbajzer décide d'en savoir plus sur les cinq semaines forcées d'Aline dans le Loiret. Cet huissier de justice passe ainsi depuis trois ans une partie de son temps libre dans les archives. Cinquante-huit ans après, il ne reste plus grand monde des fonctionnaires locaux: ni le préfet régional, ni l'intendant de police, ni le préfet responsable des trois camps du Loiret. Sauf le jeune sous-préfet de Pithiviers, qui, lui, est toujours là. Et bien en vie: depuis quarante ans, il plastronne dans la vie politique parisienne, et plutôt de détestable façon. Député du CNI de 1956 à 1967, adjoint de Jacques Chirac à la mairie pendant dix-huit ans, Michel Junot plaide, en effet, depuis 1985 pour une alliance électorale avec le Front national. "Je suis resté fidèle tout au long de ma vie politique au slogan ?Pas d'ennemi à droite?", explique celui qui a toujours reproché à son "ami Jacques Chirac" son "intransigeance absolue manifestée à l'égard de Jean-Marie Le Pen".

"Quand était-il réellement là?"
Tout cela est très antipathique, mais ne suffit pas à en faire un criminel contre l'humanité. Or la plainte présente la carrière du jeune Junot comme une copie de celle du jeune Papon. Lui aussi est un brillant élément de la préfectorale, protégé par un personnage important du ministère de l'Intérieur, Georges Hilaire, secrétaire général à l'Administration et "patron" de tous les préfets. Lui aussi bénéficie de promotions fulgurantes, lui aussi sera résistant sur le tard, lui aussi joue un rôle essentiel à la Libération en accueillant le nouveau commissaire de la République nommé par de Gaulle. Lui aussi fut mis en cause par le comité départemental de Libération, qui réussit même à le faire révoquer. Réintégré en 1948, Michel Junot a repris, comme Maurice Papon, une belle carrière sous la IVe République, avant d'entrer en politique sous la Ve. Lui aussi à droite.

Marc Korenbajzer admet que la sous-préfecture de Pithiviers n'avait pas de service des affaires juives et ne s'occupait pas des camps d'internement, mais ce qui s'y est passé n'est-il pas plus terrible que les déportations de Bordeaux? Le Loiret fut le siège de l'un des grands drames de l'Occupation: ici furent parquées durant l'été 1942 les familles arrêtées à Paris, en attendant que les Allemands statuent sur le sort des enfants. Puis, la réponse tardant, les parents - souvent des mères seules - furent séparés de leurs enfants pour être déportés. Dans cette région agricole riche et épargnée par les pénuries, 4 000 enfants de 2 à 16 ans restèrent ainsi quelques semaines, seuls, malades, avant d'être déportés à leur tour.

Michel Junot n'est pas passé loin de ces moments maudits. L'y associer implique pourtant de redessiner son personnage. Voire de le réinventer, comme l'a déjà fait le quotidien Libération, qui l'a transformé en un "proche de Pierre Laval" et a décidé qu'il avait "la charge du camp". Me Stéphane Lilti est plus prudent: "Nous ne pouvons pas avoir toutes les réponses au stade de la plainte." Son hypothèse? "Michel Junot, de par ses fonctions auprès de Georges Hilaire, qui lui avait confié la direction du service d'exploitation des rapports mensuels des préfets, était informé de ce qui allait se passer." Pour le mettre en cause, l'avocat invoque deux "faits nouveaux": sa présence à Pithiviers dès juin 1942 et sa participation à la Conférence des préfets régionaux, le 6 juillet à Paris, où fut évoquée par René Bousquet la préparation de la rafle du Vél' d'Hiv.

Sur la réunion du 6 juillet, "où Papon lui-même n'était pas présent!", insiste Marc Korenbajzer, Michel Junot n'a "aucun souvenir précis", mais c'est Serge Klarsfeld qui lui a transmis le procès-verbal de la réunion, qui ne mentionne pas son nom. La commission rogatoire demandée par le juge Valat estime pourtant que "Monsieur Junot y aurait assisté, son nom figurant sur deux documents, en tant que chef de cabinet du secrétaire général à l'Administration. Et si le procès-verbal officiel reste très allusif sur l'ordre du jour, à la demande de René Bousquet, les notes manuscrites du préfet du Loiret retrouvées aux archives montrent qu'il y fut question des "juifs" et de l'organisation par la police de prochaines rafles pour répondre aux exigences des Allemands. "Et même si j'y avais assisté, qu'est-ce que cela prouve?" interroge aujourd'hui Michel Junot. "Rien!" le rassure Serge Klarsfeld, qui lui a écrit qu'il doutait de sa présence car il n'avait "aucun titre pour participer à une telle réunion".
Quant à la présence de Michel Junot au moment des drames, Stéphane Lilti invoque la nomination du jeune sous-préfet, datée du 9 juin 1942, et le "procès- verbal d'installation", signé par Michel Junot et le préfet du Loiret le 16 juin. L'intéressé confirme qu'il est bien venu à Orléans ce jour-là, mais que la sous-préfecture, que l'on réouvrait après vingt ans de fermeture, nécessitait deux mois et demi de travaux et qu'il est resté à Vichy jusqu'au 1er août, date à laquelle il est parti en vacances, à L'Alpe-d'Huez et à Cannes, avant de rejoindre Pithiviers pour l'inauguration de son poste, le 25 août.

"Il y a une incertitude, insiste Me Lilti. 9 juin, 16 juin, 25 août: quand était-il réellement là? Je n'ai pas encore la réponse, mais il y a un faisceau de présomptions pour qu'il fût là dès juin. Inversement, rien n'indique qu'il n'y était pas. Et, de toute façon, c'était le sous-préfet en titre!" A la demande du juge Valat, la police judiciaire a saisi le dossier administratif de l'ancien sous-préfet et réussi à retrouver, cinquante-huit ans après, d'anciens fonctionnaires de la sous-préfecture. Selon les résultats de leur enquête, qui viennent d'être remis au juge, la sous-préfecture a bien recommencé à fonctionner le 25 août et les deux secrétaires, Jeanne Fizel et Jeanne Brach, arrivées le 25 août, et le 1er septembre, ont eu d'abord pour tâche de louer une machine à écrire. Quant au secrétaire général, lui aussi retrouvé, il dit avoir vu pour la première fois Michel Junot "deux ou trois jours" avant sa propre prise de fonction, le 25 août. En fait, la référence répétée, dans de nombreux documents, au 16 juin comme prise de fonction s'explique par un petit péché d'intérêt: Michel Junot avait obtenu de ses petits copains de l'Intérieur que l'on fasse partir son traitement de sous-préfet non pas, comme le voulait le service de la comptabilité, "à compter du 20 août 1942, date à laquelle l'intéressé a rejoint son poste", mais à la date de sa nomination administrative, pour profiter au maximum de son nouveau traitement avec frais de représentation...

Marc Korenbajzer insiste cependant sur l'audition par les policiers de Madeleine Guérin, la fille des tenanciers de l'hôtel de la Gare, à Pithiviers, qui se souvient que "Monsieur Junot a séjourné quelques semaines à l'hôtel durant l'été 1942". Mais la version de Michel Junot, attestée par son dossier administratif, est renforcée par un élément décisif: alors qu'une sous-préfecture sous l'Occupation constituait une machine à produire quantité de paperasserie, le document le plus ancien signé par Michel Junot à Pithiviers est une lettre du 22 août, par laquelle il convoque sa secrétaire pour le 25. Les pièces signées de sa main ne prolifèrent qu'à partir de l'automne et montrent que sa principale activité consiste à inspecter les communes et à remplir des fiches de "renseignements généraux et confidentiels" sur les notables locaux, afin de vérifier leur allégeance à Vichy. La lecture de ces fiches le montre obsédé par l'influence que peut conserver sur les petits notables Marcel Donon, sénateur maire radical, destitué en 1940. Et rien ne lui échappe: il note ainsi, à propos d'une jeune institutrice, ses "relations douteuses avec un Espagnol, ancien officier de l'Armée républicaine".

La conclusion de la commission rogatoire est donc sans ambiguïté: "Il résulte des investigations entreprises qu'aucun élément relatif à la participation de Monsieur Junot par aide ou assistance à l'arrestation illégale, à la séquestration arbitraire et à l'assassinat d'Aline Korenbajzer n'a été découvert à ce jour." Cette première plainte n'ayant aucune chance d'aboutir, l'UEJF en a déposé en juillet dernier une seconde, concernant le seul convoi parti à l'époque où Michel Junot était en fonction: le 21 septembre 1942, 1 000 juifs français, dont 163 enfants, quittent le camp de Pithiviers pour un transfert direct à Auschwitz. Il est établi que Michel Junot n'avait aucune compétence sur le camp, du ressort d'un préfet délégué auprès du préfet régional, mais certains invoquent une jurisprudence Papon: au procès de Bordeaux, l'on a parfois reproché à l'ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde sa seule présence, son "maintien en poste valant consentement", sa simple participation aux rouages administratifs.

"Une surenchère de gens excités"
C'est dans cet esprit que, Michel Junot étant responsable de l'ordre public dans la commune de Pithiviers, ses accusateurs invoquent un document daté du lendemain du départ du convoi du 21 septembre. Le 19 septembre, le sous-préfet, ignorant ce départ, était surtout préoccupé par la rumeur d'une possible manifestation communiste. Quand il l'apprend, il télégraphie au préfet d'Orléans: "Je viens d'être avisé qu'un embarquement de 1 000 israélites (...) ayant lieu demain, la totalité des gendarmes de mon arrondissement (...) sont requis pour participer à cet embarquement. En conséquence, il m'est impossible d'assurer le service d'ordre et de protection que j'avais prévu dans l'éventualité de manifestations d'origine communiste pour le 20 septembre à l'occasion du 150e anniversaire de la bataille de Valmy."

"C'est en dernière minute, à 17 heures, que le préfet m'a téléphoné, se souvient aujourd'hui Michel Junot. J'ai dû modifier mon plan avec des effectifs réduits pour éviter que des éventuels manifestants s'approchent du camp." Le 22 septembre, au lendemain du départ du convoi, Michel Junot rend compte au préfet d'Orléans: "Je nourrissais certaines craintes quant à la possibilité d'incidents pouvant avoir des répercussions sur le bon ordre de ce départ. Il n'en a rien été et le plus grand calme n'a cessé de régner dans la ville." L'UEJF pense tenir là "la" pièce à charge. "C'est absurde, estime Michel Junot; dans ce message, je fais évidemment allusion à la manifestation pour Valmy." "Non, rétorque Stéphane Lilti, on vérifie dans ce texte que le sous-préfet s'attribue un rôle personnel dans la responsabilité d'assurer le ?bon ordre'' du départ du convoi. Il constitue donc bien, à sa place même modeste, une pièce du processus de déportation." Poussant la logique du "crime de bureau" invoqué au procès Papon, ce "circuit continu de l'autorité, qui est un circuit continu de la responsabilité", Patrick Klugman, secrétaire national de l'UEJF, considère que "les niveaux de responsabilité de Papon et de Junot étant similaires et leurs ?crimes de bureau'', voisins, il n'y a pas de raison de juger l'un et pas l'autre!".

"Le crime de bureau, c'est une belle formule, mais il ne faut pas trop tirer sur la corde!" rétorque Alain Lévy, qui l'avait plaidé à Bordeaux en compagnie de Michel Zaoui. L'affaire Junot réveille ainsi la guerre entre avocats qui a sévi lors du procès Papon. "Avec leurs théories, certains avaient pris le risque de faire acquitter Maurice Papon, ce que nous avons évité en demandant seulement une peine de dix ans, précise Serge Klarsfeld. Aujourd'hui, mettre Michel Junot sur le même plan que Maurice Papon, c'est desservir notre combat de vérité. Mais la vérité est très complexe en France, j'essaie d'expliquer cette complexité, mais c'est de plus en plus difficile, le traitement des médias simplifie et il y a une surenchère de gens excités: il suffit que quelqu'un soit passé par Vichy pour en faire un bourreau traquant les juifs!"

Au nom de cette "vérité complexe", Serge Klarsfeld, qui va déposer devant le juge Valat le 12 octobre, a décidé de défendre publiquement Michel Junot: "Il n'avait aucune compétence, ni sur les internés, ni sur les camps, ni sur les convois! S'il avait été présent à Pithiviers avant le 25 août 1942, quand plusieurs milliers d'enfants étaient abandonnés dans le camp - ce qu'il n'aurait pu ignorer - je l'aurais accusé de non-assistance à enfants en danger et il méritait un opprobre moral. Mais, après le 25 août, il n'y avait plus que 175 enfants et nous ne sommes pas sûrs qu'il ait eu connaissance de leur situation. Ajoutons que le reste du dossier plaide pour lui: à Nice, le préfet Chaigneau, auprès de qui il travaillait à l'automne 1943, a refusé de donner des listes de juifs aux Allemands."

Cette caution inattendue désarçonne un peu Stéphane Lilti: "Je suis étonné que Serge Klarsfeld n'ait jamais pris contact avec nous pour savoir ce qu'il y a dans le dossier!" Et l'engagement en sa faveur de celui "dont l'autorité et l'objectivité en cette triste matière sont reconnues par tous" a rassuré Michel Junot, qui contre-attaque sur tous les fronts. Il fouille dans ses archives - "Je me félicite d'être un vieux conservateur, je retrouve des tas de documents dont je ne me souvenais pas!" - pour adresser au juge Valat des notes longues et précises réfutant les arguments de ses accusateurs. Et il poursuit en justice ceux qui le mettent en cause. A commencer par Me Stéphane Lilti... Ce 5 octobre, l'avocat de Marc Korenbajzer, Benoît Verny, un historien d'Orléans, et Marc Tessier, PDG de France Télévision, sont ainsi jugés pour diffamation devant la 17e chambre correctionnelle.

Un itinéraire entre deux mondes
Pas pour moi, je suis un parapluie sur lequel il a beaucoup plu, mais pour mes enfants, mes petits-enfants, et ma femme, conseiller de Paris, qui se représente en 2001", précise Michel Junot, qui a déjà une belle collection de procès en diffamation gagnés: 13 depuis 1991. Dont 11 d'un coup en 1997: plusieurs médias, dont Le Monde, Libération, Le Parisien, France-Info, Sud-Ouest, qui avaient repris les conclusions d'un dossier fantaisiste du Point, ont été condamnés pour avoir attribué à Michel Junot un rôle personnel dans la déportation de juifs. Le Point ne fut pas poursuivi: son directeur, Claude Imbert, consacra un éditorial à présenter ses "excuses" au "résistant" qui, "loin de concourir à la détention des juifs, en avait au contraire sauvé beaucoup". Il reconnaissait honnêtement le tort de son journal, qui avait "laissé s'installer le discrédit plutôt que l'admiration" en donnant une "vision simplifiée" d'un acteur typique de cette "zone grise" de l'histoire de l'Occupation. Car Michel Junot fait partie de ces vichysto-résistants que les Français ont découverts au travers de l'exemple de François Mitterrand. Et comme beaucoup d'entre eux, son itinéraire durant la guerre, dont lui seul connaît exactement les méandres riches et complexes, évolue entre deux mondes, deux légitimités, parsemé d'épisodes tour à tour surprenants, agiles, courageux ou mystérieux, qui, à la Libération, avaient déjà troublé les pouvoirs publics: le ministère de l'Intérieur l'avait révoqué le 15 décembre 1945, avant de le réintégrer en 1948 en regrettant une "injustice".

Michel Junot a fait soixante-dix jours de prison à Fresnes au printemps 1940: "Je m'étais fait prendre sur la ligne de démarcation en décembre 1940 à passer les dossiers de comptes du père, banquier et président du Syndicat des boursiers, de mon ami Jean-Claude Aaron, et le tribunal allemand m'a condamné pour ?aide et assistance aux juifs''." Malgré cela, Georges Hilaire lui offre une carrière fulgurante qui le porte en une année à un grade qui lui aurait demandé cinq ans d'ancienneté avant l'armistice. Mais quand le cabinet de Georges Hilaire le pistonne pour l'obtention de la francisque, c'est le cabinet de Pétain qui émet un "avis défavorable": "Junot est l'auteur de mouvements de sous-préfets qui remettent en place les gens les plus compromis d'ancien régime. Sa nomination comme sous-préfet frise le scandale, mais c'est l'homme de confiance d'Hilaire." Jean-Claude Aaron, membre d'un réseau affilié au BCRA (service de renseignement de la France libre), atteste devoir "la vie sauve" aux papiers d'identité que lui a procurés durant l'Occupation son ami d'enfance devenu sous-préfet, qui lui livrait aussi depuis 1942 d'importantes informations. Tout en entretenant des relations avec quelques célébrités de la collaboration. Telle la sulfureuse Corinne Luchaire, starlette du Tout-Paris pro- allemand, avec laquelle Michel Junot est blessé dans un accident de voiture, un soir de février 1941, en sortant du Boeuf sur le toit, près des Champs-Elysées: "C'est elle qui conduisait la Juva 4, elle était bigleuse, elle est rentrée dans un camion en stationnement!" Ou Georges Albertini, qui deviendra secrétaire général du Rassemblement national populaire, le parti collaborationniste de Marcel Déat. "Je l'avais connu quand il était prof à Troyes. Nous avons continué à nous voir, je lui rendais des services administratifs, et lui m'aidait. C'est par lui que Marcel Déat m'a confié au printemps 1944 une mission totalement bidon de liaison entre le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Solidarité, que l'on m'a tant reprochée à la Libération, mais qui m'a servi de couverture."

Ce genre de détails intrigua fort le Conseil d'Etat, qui, après la Libération, demanda une enquête administrative pour s'opposer au pourvoi de Michel Junot contre sa révocation de la préfectorale. Mais il fut réintégré, avant que la justice administrative ait eu le temps de se prononcer. Et, bien que le ministère de l'Intérieur ait estimé en 1947 que sa résistance "fut à peu près limitée à la communication de renseignements ou d'indications d'importance secondaire", ses titres de résistant furent officiellement reconnus à dater du 1er juillet 1943. Car les témoignages en sa faveur ne manquaient pas, outre celui de son ami Jean-Claude Aaron. Le chef départemental des FFI du Loiret, Pierre Charié, atteste qu'il a "empêché le départ en Allemagne de nombreux ouvriers et délivré à maintes reprises de fausses cartes d'identité". Le commissaire de la République d'Orléans témoigne de "son esprit de résistance et de son courage" à la Libération. Et, il y a quelques mois, Simon Lentschner, ancien des FTP du Limousin, à la fois proche de Michel Junot et de Serge Klarsfeld, a entrepris des démarches auprès de l'ambassade d'Israël pour que Michel Junot, dont le "parcours est exceptionnel", soit déclaré "Juste"...

"Depuis quelques mois, j'ai l'impression de revivre toutes ces polémiques de la Libération! se lasse Michel Junot. Mais heureusement, aujourd'hui comme à l'époque, des personnalités de poids me défendent." Il n'en revient toujours pas du renfort de Serge Klarsfeld. Un soutien total: "Je préférerais crever plutôt que d'accuser un innocent! Et Michel Junot est innocent de ce dont on l'accuse." Que demander de plus?


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Re: L'ancien sous-préfet de Pithiviers poursuit plusieurs médias pour diffamation.

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