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Attaque du Carrefour de LORRIS (14 Août 1944), témoignage de Mme RENAULT

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Attaque du Carrefour de LORRIS (14 Août 1944), témoignage de Mme RENAULT

Message par Fab le Mer 26 Déc - 17:47

TÉMOIGNAGE MME RENAULT

Document émanant de Madame RENAULT, aujourd’hui décédée, témoin oculaire du massacre du 14 août 1944 au « carrefour de Lorris » au cours duquel périt son propre fils Maxime RENAULT. Nous en donnons ici le texte intégral.

« Atrocités commises le 14 août 1944 en forêt d’Orléans, au lieu dit « le Carrefour d’Orléans » à quelques kilomètres de Lorris (Loiret) par une section de S.S.

Il s’agit d’une opération de grande envergure, destinée à purger un Maquis installé à 3 kilomètres du carrefour (entre la route du Marchais-Mignon et la route du Ravoir, Triage des brosses, commune d’Ouzouer-sur-Loire).

Heures d’arrivée de l’ennemi : aux alentours de sept heures, 1200 hommes, quatre tanks, six autos mitrailleuses. Plusieurs pièces d’artillerie, fil téléphonique, voiture d’ambulance munie de tout le matériel sanitaire. Tels sont les éléments de l’expédition qui ne semble vouloir épargner personne.

A treize heures trente, arrivée d’Allemands au milieu du carrefour d’Orléans. Toutes les routes sont prises en enfilade, les maisons encerclées ainsi que toutes les personnes se trouvant dans cette zone.

Ignorant le lieu exact où campent les hommes du maquis, la section de S.S. s’est acharnée sur des gens sans armes et sans défense qui se trouvaient dans les locaux d’un groupement forestier. Elle s’est précipitée aussitôt vers l’infirmerie où étaient soignés depuis huit jours, des jeunes du maquis de Chambon la Forêt (Loiret) blessés au combat du pont des beignets. Ils ont défoncé les murs en planche et mis en joue les malades qui, pour la plupart étaient incapables de faire un mouvement.

Ceux-ci sont interrogés sur la position du maquis mais aucun n’en dévoile le secret, fureur des Allemands de se voir déjoués !

M. CHARTON, chef du groupement forestier du centre de jeunesse, ainsi que son fils Pierre sont interrogés à leur tour : mutisme complet. Les Allemands exigeant d’en connaître la direction, M. CHARTON indique un point opposé, ce qui a pour effet d’exaspérer les ennemis.

Parmi les dix-neuf personnes habitant le carrefour, se trouvent MM. GOY et RENAULT, gardes forestiers et leur famille ainsi que Mme MULLER, infirmière âgée de vingt–deux ans, venue des Bordes depuis trois jours pour soigner les blessés. Ces prisonniers sont maintenant alignés, bras en l’air, mitraillette dans le dos même les blessés, malgré les blessures graves de certains d’entre eux (notamment Pierre GREUIN, blessé au poumon).

Vers seize heures trente, tous se voient contraints de livrer leurs bijoux, leur argent, leurs papiers aux soudards. Le butin sera (comme l’affirme Mme MULLER), partagé entre les volontaires commettant les assassinats, l’argent partagé entre les officiers, les photos et les papiers compromettants seront brûlés sur place.

Huit condamnés (ceux qui composaient le centre de jeunesse) sont placés en ligne et dirigés sur la route de Romeux (Mme MULLER qui en faisait partie a reçu l’ordre de se retirer, on ne sait pourquoi)… quelques secondes après des détonations retentissent … le premier groupe de martyrs, tiré de face, était abattu !

Le second groupe, est composé des deux gardes forestiers et des blessés (Mme RENAULT, qui était également prisonnière depuis deux heures et demie, est à ce moment renvoyée à sa demeure et contrainte de n’en pas sortir).

Dirigés sur la route des Bordes, à quarante mètres environ, dans une petite clairière du bois, tous résignés à la mort, sans un mot, les membres de ce groupe tirés dans le dos ( ?) sont à leur tour exécutés. On a relevé sur le corps du séminariste THOMAS de Fay Aux Loges, les traces de huit balles de revolver tirées dans le cou, dans la bouche et dans la poitrine.

Entre temps, d’autres sections S.S. avaient placé des explosifs dans chacun des bâtiments du camp de jeunesse ainsi que dans la maison forestière des Bordes (inhabitée et fermée). Seules les maisons des gardes forestiers ont été épargnées. Les autres logements ont été la proie des flammes et un blessé, laissé là on ne sait trop pourquoi y a été par la suite retrouvé carbonisé.

Ajoutons à ce terrible tableau, deux jeunes des environs de Montargis qui venaient grossir le maquis et dont le rendez-vous avec M. CHARTON était fixé à dix-sept heures (fatale coïncidence), ayant entendu des détonations, ils essayèrent de se sauver mais ils furent, eux aussi, abattus d’une balle dans la nuque, à quelques pas de là dans un fossé. Un autre jeune homme, Christian, fut fusillé, seul, par l’officier qui commandait le détachement… un héros sans doute qui n’aura pas voulu parler !

Cette journée a été « fertile » en atrocités, puisque dans la même matinée à Vielles-Maisons , la maison forestière de l’Étang des Bois, habitée par le garde BOUSSOGNE fut incendiée après que son occupant ait été contraint de mourir dans les flammes. Ses meurtriers abattirent ensuite à bout portant quatre hommes qui se trouvaient aux alentours de cette maison. (Henri BALMAIN, Hubert BOSSARD, Max DESBOIS, Henri RAOUL)

Le corps médical n’a pas été épargné non plus : M. DUTERDE pharmacien, âgé de cinquante-quatre ans a été fusillé sans explication, sans doute parce qu’il remplissait le devoir humain de donner, depuis trois jours, ses soins, aux blessés.

Le jeune André LEMAIRE, vingt et un ans, employé aux cuisines a subi le même sort ainsi que le cuisinier Raymond BERNAGOUT, vingt-deux ans.

Un autre groupe de martyrs, composé de huit jeunes qui se sauvaient en direction de Lorris fut cerné entre la route de la Couâmes et celle de la Fontenelle (près du carrefour de l’Inspecteur). Tous ont été contraints de creuser leur propre tombe. Quels instants d’angoisse pour ces jeunes qui avaient devant eux toute la fleur de leur vie !

Selon les dires de Mme MULLER infirmière, M. CHARTON, avant d’être fusillé, aurait été contraint de dire sa prière avec son chapelet… ignoble dérision et raffinement dans la moquerie.

Mme MULLER, malgré ses heures d’horreur a passé garde toujours le souvenir de son sang-froid et de son courage qui ont étonné ces brutes, elle sut retenir ses larmes malgré le spectacle effrayant dont elle fut témoin. Peur-être est-ce grâce à cette force de caractère qu’elle sut en imposer aux meurtriers et qu’en fin de compte, ils consentirent à lui laisser la vie après l’avoir menacé de leurs armes et d’un couteau de cuisine.

Ajoutons qu’elle a été le soir même, reconduite aux Bordes dans une voiture d’officiers qui lui ont rendu ses bijoux et serré la main, à sa descente de voiture au milieu du pays. Après quoi elle est rentrée chez elle sans conter à ses voisins ce qui venait de se passer »

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Re: Attaque du Carrefour de LORRIS (14 Août 1944), témoignage de Mme RENAULT

Message par Invité le Lun 24 Juin - 0:26

Voici une photo colorisée du carrefour provenant du musée de la résistance:


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