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Le capitaine Jean Pétré défend SULLY SUR LOIRE en Juin 1940, à la tête de la 6e compagnie, 2e bataillon du 141e RIA

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Le capitaine Jean Pétré défend SULLY SUR LOIRE en Juin 1940, à la tête de la 6e compagnie, 2e bataillon du 141e RIA

Message par Fab le Ven 6 Juil - 4:54

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Le capitaine Pétré en 1940 et le commandant de Buyer qui sera tué en juin

Tout le régiment fourmillait dans la large allée ombreuse. L'après-midi, on apprend qu'on va partir en camions, et qu'ensuite on prendra le train. Nous n'en revenons pas. Le train! L'espoir renaît. Tout n'est donc pas perdu, puisqu'on peut, encore, «organiser» la retraite. Peut-être pourrons-nous tenir sur la Loire?... Prêts à 17 heures, nous montons en camions à 22 heures. Ce sont les autobus de Paris, transformés qui nous transportent. Enfin, après une longue attente sur la route, le 15 juin, à une heure du matin, on démarre. Le voyage fut interminable. Pour faire les 40 kilomètres qui sous séparaient de la Seine, nous avons mis 7 heures. Mais nous étions si fatigués que nous ne nous sommes pas aperçus de la lenteur du convoi. On dormait... Nous avons traversé la Seine à La Celle, près de Moret, à la limite de la forêt de Fontainebleau. Dans la forêt, nouvel afflux de réfugiés. Ceux de Paris rejoignent les paysans de la Brie venue dans leurs grandes charrettes C'est un embouteillage inimaginable. On débarque à Hury, vers 1 heure du matin. A pied, nous gagnons la Chapelle-la-Reine où nous devons prendre le train. II n'y a que quelques kilomètres à faire, mais c'est par des routes où l'encombrement dépasse tout ce que nous avons déjà vu. Un seul avion ferait là des ravages.

Nous gagnons les champs, afin de ne pas nous faire repérer dans une gare, et nous attendons le convoi. Dans une maison de garde-barrière, nous trouvons du cidre. A 15 heures, arrive le ravitaillement. Il fait un temps superbe. Heureusement la puissance de l'aviation allemande a des limites... Nous embarquons à 18 heures, après quelques difficultés avec des troupes sans chefs qui veulent, à toute force, prendre notre train. Nous admettons des tirailleurs. Mais il n'y a pas de place pour les échelons. Celui du bataillon partira par la route, conduit par l'aspirant de Lavalette, tandis que le capitaine François conduira l'échelon du régiment. Nous saurons plus tard qu'ils seront faits prisonniers sur la Loire. Le train est fait de wagons plats. Il pleut une petite pluie fine. Mais elle ne dure pas. Au matin, nous n'étions pas encore à Montargis, c'est-à-dire que nous n'avions pas fait 40 kilomètres.

En gare de Montargis, on rencontre les éléments du 3e RIA. De part et d'autre de la voie, de jolies villas sont éventrées par des bombes. A 11 heures, nous débarquons à Gien, où un Commissaire de gare nous transmet des ordres. Des agents sont encore dans les rues pour canaliser la circulation. Ce sont des remarques réconfortantes. Nous descendons vers la Loire. De belles maisons anciennes ont souffert d'un bombardement récent. Le Château est endommagé, et l'église a perdu son clocher. On traverse le pont, sans inquiétude. Mais nous l'avons à peine dépassé de quelques centaines de mètres que passent une dizaine d'avions. Nous discutons sur leur nationalité quand une série de lourdes détonations nous renseigne. Ce sont des avions italiens qui bombardent le pont.

Nous passons sous le pont du chemin de fer, et nous nous arrêtons au bord d'un ruisseau, aux lisières du village de Pouilly-les-Gien. On se repose, on se baigne, on dort, enfin. Mais on ne mange pas. Quelques maigres galettes, «empruntées» aux environs, font notre régal. Des avions à cocardes reviennent. Nous pensons que ces cocardes sont bleu-blanc-rouge.
Mais elles sont vert-blanc-rouge. Et les Italiens bombardent le pont du chemin de fer, tout près de nous, ainsi que, à nouveau, le pont de Gien.

Pourtant, nous sommes heureux de cette demi-journée de repos, à l'abri de la Loire. Nous voyons sur la route, des régiments nombreux, en ordre et encadrés. Ce spectacle nous réconforte. A-t-on établi sur la Loire un barrage qui arrêtera l'envahisseur? Et n'y a-t-il pas, quelque part, dans l'Est, une masse de manœuvre qui foncera dans le flanc gauche de l'ennemi? En cette après-midi de repos du 16 juin, nous nous laissons aller à l'espoir.

Le soir, nous repartons à pied, en direction de Sully qui est sur la Loire, à l'ouest de Gien. Nous devons y défendre un pont. Nous rencontrons les camions, qui nous mènent dans un bois au sud de Sully, où nous sommes en réserve. Nous traversons, la nuit, la ville de Sully où des incendies flambent, allumés par l'aviation ennemie. Il y a des cadavres plein les rues. Et dans notre bois sombre et humide, nous attendons le ravitaillement qui arrive à 22 heures. Les nouvelles aussi arrivent. Elles sont décourageantes. Sans aucun doute, il n'y a pas de ligne de défense sur la Loire. La France est irrémédiablement vaincue.
Cependant, des ordres arrivent et on les exécute. On répète les gestes anciens comme si rien n'était changé. Nous ferons notre «boulot» jusqu'au bout... Vers midi, un léger déplacement en direction du Nord nous mène à la lisière du bois. Nous nous installons, comme toujours, en position défensive. Près de nous, une maisonnette de berger est le PC du colonel.

Calme après-midi. On apprend la demande d'armistice. Nous recevons des munitions et des FM supplémentaires dont la 6 n'a pas besoin car elle a, malgré les fatigues de la retraite, ramené tous ses FM. Le capitaine est envoyé en liaison au 1er bataillon, à Sully. Il y trouve le commandant Péraldi, installé au Château, et se moquant du bombardement, tandis que le capitaine Rabilloud, qui devait être blessé le lendemain, pleure la mort de son ordonnance, tué par un obus. La ville est jonchée de cadavres militaires, civils, femmes et enfants. A son retour, le ravitaillement est là. C'est la première fois que nous avons un ravitaillement régulier, depuis le Bois-du-Roi. Le soir, quelques obus de 20 tombent autour de nous. Mais on ne s'en occupe pas. Les bruits d'armistice se font plus précis. A 11 heures moins cinq, le 1er bataillon fait sauter le pont de Sully. Les Allemands nous arrosent abondamment de toute leur artillerie. Le bombardement dure toute l'après-midi. Nous restons dans les trous que nous avons creusés, ce qui fait que les Allemands ne nous font aucun mal. Mais le 1er bataillon a de fortes pertes, au pont de Sully.

Vers la fin de l'après-midi, on annonce un départ imminent. Nous avons tenu deux jours sur la Loire. Mais l'adversaire est passé ailleurs, à Beaugency, sur notre gauche, et à la Charité, sur notre droite. Et il est derrière nous. Il s'avance vers Bourges. La situation de la Somme se reproduit: nous risquons d'être tournés sans le savoir. L'ordre arrive de se replier sur Salbris. Le 140, qui tient Gien, part vers 17 heures. Le bombardement sur nos arrières se fait plus intense.

Nous nous rassemblons vers 20 heures et nous partons en évitant les routes et les carrefours qui sont particulièrement bombardés. Le capitaine Champeaux étant parti en reconnaissance en avant, c'est notre capitaine qui conduit le bataillon. Dès la zone bombardée dépassée, il allège la colonne en faisant partir tous les cyclistes sous les ordres du lieutenant Ramel. Car les camions annoncés ne sont pas là. Nous continuons à pied. Ceux qui savent que Saibris est à une cinquantaine de kilomètres n'ont pas beaucoup d'espoir... Nous marchons depuis une heure quand nous rencontrons, sur la route, une file de camions qui attendent. Le sous-officier qui les commande sait, seulement, qu'il doit embarquer “le 141”. Le capitaine, qui sait que les autres bataillons sont partis en camions, n'hésite pas. Il prend la responsabilité de réquisitionner ces camions et fait embarquer tout le monde. Il était temps. Si nous étions partis à pied, nous aurions certainement été faits prisonniers. On a de moins en moins d'espoir de «s'en tirer». Il est abondamment question de cierges à la «Bonne Mère». Quoi qu'il en soit, le bataillon se regroupe. Les cyclistes du lieutenant Ramel, arrivés avant nous, malgré le terrible encombrement des routes, rejoignent leurs compagnies. Et, une fois de plus, nous nous installons en position défensive à des lisières de bois. Le capitaine Champeaux nous réconforte en nous disant que les Allemands auront, du moins, de l'estime pour ceux qui les recevront avec des rafales de mitrailleuses et de FM. Fatigués physiquement et moralement, sans espoir, sentant trop nettement l'inutilité de nos efforts, nous passons la journée comme cachés dans les bois de Saibris. Nous avons tous la nette impression qu'il n'y a plus rien à faire. L'après-midi, des avions survolent le village et tuent des Sénégalais, ainsi qu'une femme et deux enfants. D'heure en heure, on attend avec impatience des nouvelles des négociations d'armistice.


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document tiré de "L'Alpin", bulletin de l'amicale régimentaire du 141e RIA dans les premiers numéros parus pendant la guerre

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