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Le camp de CEPOY en 1940

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Le camp de CEPOY en 1940

Message par Fab le Lun 6 Sep - 2:00


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Le camp de Cepoy en 1940 est installé dans les anciennes verreries de Montenon, situées à moins d’un kilomètre au sud du village de Cepoy, en bordure du canal du Loing, en amont de Montargis.

Au début de l’année 1940, un centre de rassemblement pour les ressortissants allemands et étrangers du Loiret est créé à Cepoy. Il occupe les bâtiments de l’usine désaffectée de Montenon.

Du 11 au 15 juin, les lieux font office de camp de transit pour les prisonniers de la prison militaire de Paris, le temps d’une étape, au cours du repli qui devait les conduire jusqu’au camp de Gurs.

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Le canal du Loing avec, en arrière-plan, les bâtiments des verreries de Montenon. © Coll. Jacky Tronel.

Dès l’été 1937, l’usine désaffectée est réquisitionnée en vue de servir de centre d’accueil pour les réfugiés civils de la guerre d’Espagne. Plus tard, au début de l’année 1940, les anciennes verreries sont utilisées comme « centre de rassemblement des ressortissants allemands et étrangers de sexe masculin ». Quant aux femmes, elles sont dirigées vers le « centre de rassemblement de la Mairie de Saint-Jean-de-la-Ruelle ».

Les 25 mai et 8 juin 1940, le journal Le Gâtinais demande aux « ressortissants allemands et étrangers de nationalité indéterminée mais d’origine allemande résidant dans le département du Loiret appartenant au sexe masculin et âgé de plus de 17 et de moins de 55 ans de rejoindre le centre de rassemblement suivant camp de Cepoy, près de Montargis ».

Or, le camp fonctionnait bien avant le 25 mai 1940…

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Journal Le Gâtinais des 25 mai et 8 juin 1940. © Gaston Leloup, Montargis.

…En effet, sur au moins deux registres d’état-civil sont mentionnés le décès d’Allemands détenus au camp de Cepoy, en février et en avril 1940. Le premier des deux décès de ressortissants allemands est enregistré sur la commune de Giverny, dans l’Eure : « Le 2 février 1940, 23 heures, est décédé à l’hôpital complémentaire St.Louis de Montargis, “Au Château”, Philippe Conrad Stiehl, domicilié à Giverny, Eure, né le vingt septembre mil huit cent quatre vingts, à Biebrich, Allemagne, industriel, détenu civil au camp des étrangers de Cepoy, Loiret, fils de Christian Stiehl et de Margarethe Stieglitz, époux décédés, divorcé en premières noces de Marie Caroline Elionoia Schunch, époux en secondes noces de Nesta Frieda Kosterlitz. Dressé le 6 février 1940 17 heures sur la déclaration de Marie Gaston Albert Mazet, capitaine gestionnaire à l’hôpital St.Louis, y domicilié, cinquante six ans, qui, lecture faite, a signé avec nous Léon Giguet, maire de Montargis, chevalier de la Légion d’Honneur. Transcrit le 22 février 1940 sur les registres de l’État Civil de Giverny par nous, Lucien Duboc, maire de Giverny ».

Le second, Juif allemand, est inscrit sur le registre de décès de la commune de Cepoy, il s’agit de Friedich Rottgen, fabricant en confection, fils de David Friedich et de Sarah, décédé le 19 avril 1940. Le procès-verbal du décès est dressé « sur la déclaration de Monsieur le Commandant Louis Eugène Pinoteau, croix de guerre, officier de la Légion d’Honneur, soixante ans, assurant le commandement du camp de concentration de Cepoy ».
Source : M. Gaston Leloup, Bulletin de la Société d’émulation de Montargis, numéros 91 et 94

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La verrerie de Montenon, encore en activité. © Coll. Jacques Chollet.

Le camp de Cepoy est effectivement placé sous le commandement du chef de bataillon Pinoteau Louis Eugène, du 51e Régiment régional d’infanterie. Le 10 juin, ce dernier reçoit l’ordre d’évacuer le camp et de « replier les internés sur un point du territoire à proximité de Marseille ».

Le 11 juin, 1 040 prisonniers en provenance des prisons parisiennes du Cherche-Midi et de la Santé, arrivent à Cepoy. Les condamnés à mort sont isolés et écroués à la maison d’arrêt de Montargis.

Le 14 juin, à 15 heures, sur ordre de l’État-major de la 5e Région qui le destine au commandement de la place de Montargis puis de Gien, Louis Eugène Pinoteau passe le commandement du camp au capitaine Loyeux. Ce même jour, il reçoit de l’état-major d’Orléans l’ordre de transférer les condamnés à l’emprisonnement vers Lodève (Hérault). L’absence de trains disponibles rend l’exécution de la mission difficile. S’agissant des condamnés à mort et des prévenus, le général commandant la 18e Région est invité à « prendre toutes dispositions d’urgence pour incarcération dans locaux disponibles ou pontons », à Bordeaux…

Le lendemain 15 juin, les prisonniers quittent Cepoy et empruntent à pied le chemin de halage longeant le canal du Loing, puis le canal de Briare, en direction d’Avord, dans le Cher. Au cours de cet exode pénitentiaire, les « traînards » (prisonniers âgés, épuisés ou malades), au nombre de treize révèlera l’enquête, sont abattus sommairement par les gardes mobiles et les coloniaux qui encadrent la colonne.

Le seul des prisonniers abattus, formellement identifié, est le comte Armand Thierry de Ludre, ancien attaché d’ambassade à Berlin puis journaliste.

Henri Chamberlin, dit Henri Normand, fait partie des prisonniers parmi les plus connus ayant transité par le camp de Cepoy. Écroué le 2 mai 1940 à la prison du Cherche-Midi, il est poursuivi pour « insoumission et usurpation d’état civil ». Il s’évade au cours du transfert qui s’effectuera à pied, au départ de Cepoy, en compagnie de plusieurs prisonniers dont deux espions allemands. Sous le nom d’Henri Lafont, il sera très actif au 93 rue Lauriston (Paris XVIe), siège de la Gestapo française, et formera avec l’ex-inspecteur de police Bonny, le fameux et tristement célèbre tandem Bonny-Lafont. Condamnés à mort à la Libération, tous les deux seront exécutés, le 27 décembre 1944.

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Anciennes verreries de Montenon, siège du camp de Cepoy en 1940. © Photos Jacky Tronel, août 2009

Maurice Jaquier, communiste puis militant SFIO, secrétaire administratif du PSOP (Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert), fait le récit de son emprisonnement à la Santé et de son internement au camp de Cepoy, ainsi que de l’exode qui a suivi jusqu’au camp de Gurs, dans un livre publié en 1974 chez Denoël sous le titre « Simple militant ».



Dernière édition par Fab le Mar 22 Mai - 21:11, édité 2 fois
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Le repli tragique de la colonne de Cepoy (15-17 juin 1940)

Message par Invité le Mer 20 Oct - 0:00



Le repli tragique de la colonne de Cepoy (15-17 juin 1940)

http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-hommes/le-repli-tragique-de-la-colonne-de-cepoy-15-17-juin-1940-1524

Le samedi 15 juin 1940, au départ du camp de Cepoy (Loiret), 1 040 détenus de la prison militaire du Cherche-Midi et de son annexe de la Santé sont entraînés dans un exode qui va les conduire, à pied, jusqu’à Châtillon-sur-Loire. Ce repli tragique est marqué par l’exécution sommaire d’une quinzaine de prisonniers ; treize pour sûr, vraisemblablement davantage… Qui sont-ils, dans quelles circonstances ont-ils été abattus et pourquoi ?

L’évacuation de la prison militaire de Paris a été ordonnée par Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, le 10 juin 1940. Au départ de Paris, quelque 1 865 prisonniers vont emprunter les routes de l’exode, à bord de bus de la TCRP et de camions militaires.



Scène d’exode, juin 1940. © Coll. Jean-Louis Audebert.

Le lendemain, mardi 11 juin, Orléans est la première étape de cet exode pénitentiaire. Le convoi fait halte au Camp des Groües, situé non loin de la gare des Aubrais. 825 prisonniers y sont débarqués tandis que la plus grosse partie du cortège poursuit son chemin jusqu’à Montargis où onze prisonniers condamnés à mort sont écroués à la maison d’arrêt en tant que « passagers ». Les autres, un peu plus d’un millier, poursuivent leur route jusqu’à Vésines, plus au nord. De là, à pied, ils sont dirigés vers les anciennes verreries de Montenon transformées en camp de détention, via le chemin de halage du canal du Loing, sur la la commune de Châlette-sur-Loing puis de Cepoy.

Le séjour à Cepoy est de courte durée. Le 15 juin, sur ordre de l’autorité militaire, une colonne de plus d’un millier de prisonniers quitte les lieux et emprunte, à pied, le chemin de halage du canal du Loing puis de Briare, en direction du Sud. Le lieutenant Buisson du peloton de Gardes mobiles de Montargis en assure le commandement.



Peu après leur départ du Camp de Cepoy, les prisonniers sont passés, à pied, devant les deux anciens moulins de Montenon et ont suivi le chemin de halage en direction de Châlette-sur-Loing. © Coll. Jaques Chollet.

L’un des repliés, Georges Decarli, se souvient de cette longue marche et de l’animosité qu’elle suscite : « La population se défoule-t-elle ou entretient-elle notre moral ? Elle nous insulte et crie : Tuez-les tous ! » Les instructions sont strictes : il ne faut laisser personne derrière. Deux pelotons de gardes mobiles encadrent la colonne des prisonniers, placée sous le commandement du capitaine Loyeux. Au cours de la première étape, longue de dix-huit kilomètres, Cepoy-Montcresson, « 6 détenus furent tués pour rébellion, tentative d’évasion ou refus de suivre » . Au cours de la deuxième étape, Montcresson-Briare, « 7 détenus furent tués pour les mêmes motifs » , ce qui porte à treize le nombre des détenus exécutés pendant la marche de la colonne de Cepoy à Briare. Or, les témoignages s’accordent tous pour dire que le nombre de prisonniers exécutés sommairement dépasse de beaucoup le chiffre officiel de 13 détenus abattus… Outre les exécutions, les désertions sont nombreuses, au point que sur les 1 865 prisonniers au départ de Paris, le nombre de ceux qui arrivent au Camp de Gurs, terminus du repli, est de 1 020.

Selon de multiples témoignages, il est établi que le capitaine Loyeux a donné l’ordre de tirer sur les fuyards. Lui-même reconnaît que les armes de l’escorte furent chargées en présence des détenus, « en application stricte des instructions sur la conduite des prisonniers en temps de guerre » précise-t-il.


Sources : SHD-DAT, Vincennes, sous-série 13 J et Archives Nationales, cote BB/18/3271.

Le 11 mars 1941, il déclare : « Sur la quinzaine de détenus dont le dossier révèle la mort, quelques-uns étaient des fuyards, incontestablement. Par contre, plusieurs ont été abattus parce que souffrant de la faim depuis plusieurs jours (au même titre d’ailleurs que leurs gardiens qui n’étaient pas mieux alimentés) ou malades, ils n’ont pas pu suivre. Tel est notamment le cas de Ludre qui, atteint d’une violente crise d’asthme, n’aurait pu suivre la marche, pourtant fort lente, de la colonne ».

Dans une note du 7 mars 1941 sur les responsabilités engagées dans le meurtre du comte Thierry de Ludre, il est établi que « le massacre de ces traînards est l’œuvre d’un peloton de gardes mobiles de Vendôme (ou quelquefois de Marocains à qui les gardes disaient “ tire dessus ” ) commandées par l’adjudant-chef Boiteux […] Ce peloton gardait la partie arrière de la colonne, tandis que le Capitaine Loyeux se trouvait en tête, et recevait chaque soir le compte-rendu suivant : “ aujourd’hui X fuyards, dont X abattus ”. Un lieutenant, Bisson, qui commandait un autre peloton de la garde mobile, aurait invité Boiteux à cesser ces exécutions sommaires. Boiteux n’en a tenu aucun compte. Le dossier ne précise pas si Buisson avait signalé cette situation à Loyeux, qui seul avait qualité pour donner des ordres à Boiteux ».

Cet épisode méconnu de l’exode pénitentiaire illustre la grande confusion qui, au moment de la débâcle, règne à tous les niveaux du commandement. Deux éléments ont, semble-t-il, conditionné le comportement du personnel d’encadrement des prisonniers : premièrement, le souci de ne laisser échapper aucun espion ni membre appartenant à la « cinquième colonne » – jugée responsable du désastre frappant le pays – et, deuxièmement, la peur panique d’être rejoint par l’ennemi. Si l’extrême lenteur du repli alliée à la fulgurance de la percée de la Wehrmacht peut expliquer cette peur, le caractère expéditif et radical des mesures prises à l’encontre des détenus défaillants a de quoi surprendre sous un gouvernement, certes, déliquescent, mais toujours de la IIIe République.



Chemin de halage du canal du Loing, quelques centaines de mètres en aval du Camp de Cepoy.
Le 15 juin 1940, les détenus de la prison militaire de Paris empruntent ce chemin lors du repli pénitentiaire
qui les conduit jusqu’à Châtillon-sur-Loire. © Photo Jacky Tronel, août 2009.


Le 18 juin 1940, tous les ponts ayant sauté, le convoi de prisonniers se trouve dans l’impossibilité de franchir la Loire. Sur le point d’être rejoints par les Allemands aux environs de Châtillon-sur-Loire et Neuvy-sur-Loire, les détenus, profitant de l’absence de commandement et de la pagaille généralisée, s’égaillent dans la nature.

Dans une circulaire du 17 juillet 1940, Armand Camboulives, directeur de l’Administration pénitentiaire et des services de l’Éducation surveillée, évoque les « inconvénients graves qu’entraîne pour la sécurité publique la libre circulation de plusieurs centaines d’individus particulièrement dangereux ». Des consignes sont aussitôt données par le ministre de l’Intérieur en vue de leur arrestation…

Pour en savoir plus : La Prison militaire de Paris face à la débâcle de juin 1940



Conflans-sur-Loing, panneau situé en façade de l’écluse de la Sablonnière, lieu présumé de l’exécution du comte Thierry de Ludre, le 15 juin 1940. © Photo Jacky Tronel.

En 1993, Gaston Leloup, président de la Société d’émulation de l’arrondissement de Montargis, et son épouse, entreprennent des recherches dans toutes les communes traversées par la colonne de prisonniers. Pour l’été 1940, ils relèvent dans les registres de l’état-civil tous les décès d’individus inconnus, étrangers à la région et dont les corps ont été inhumés sur place pendant l’exode et exhumés ensuite pour être transférés dans les cimetières. À l’issue de ce travail minutieux, ils parviennent à identifier sept personnes qui auraient été abattus au cours des trois journées allant du 15 au 17 juin 1940. Les deux premières victimes de l’exode sont exécutées environ deux kilomètres après Montargis, à Saint-Firmin des Vignes, en bordure du canal de Briare. Le troisième est plus connu : Thierry de Ludre. Il est abattu juste avant l’écluse de la Sablonnière, à Conflans. On ignore les circonstances de la mort des deux suivants. On sait seulement qu’ils furent découverts au pied d’une passerelle traversant le canal, deux kilomètres après le bourg de Montbouy, au lieu-dit « Les Brangers ». La sixième victime est un boulanger, tué de sang-froid au faubourg Puyreau, sur la commune de Sainte-Geneviève, au lieu-dit Sainte-Potentienne. La septième et dernière exécution connue se serait produite à la suite d’une bousculade entre un garde et un détenu, du côté de Briare.

Sources : Le Camp de Montenon en juin 1940 et l’évacuation des prisons de Paris par Gaston Leloup,
Bulletin n° 94 de la Société d’émulation de l’arrondissement de Montargis.





Village de Montbouy, situé au sud de Montargis, traversé par le canal de Briare et le Loing. Écluse n° 26.
© Photos Jacky Tronel.



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