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LIVRE - Un jardin pour mémoire

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LIVRE - Un jardin pour mémoire

Message par Fab le Lun 5 Mar - 6:56

Lacarrière, Jacques. Un jardin pour mémoire. Paris, Nil éditions, 1999.

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C’est en farfouillant dans les rayons d’une librairie d’occasion de Montréal que j’ai trouvé ce livre de Jacques Lacarrière, un auteur que je ne connaissais que de nom, notamment grâce à L’été grec, un ouvrage inclassable qui prend place dans la collection Terre humaine chez Plon. Ce qui m’a décidé à l’acheter, ce n’est ni le titre ni la réputation de l’auteur, mais plutôt la dédicace placée en tête de l’ouvrage: «À Raymond Abellio qui m’a aidé à découvrir la face cachée du monde». Or, j’aime Abellio dont je suis un lecteur assidu pour l’avoir lu deux fois plutôt qu’une, sans nécessairement l’avoir tout à fait compris… Alors le fait que Lacarrière s’estime en filiation avec Abellio n’a pu que piquer ma curiosité. J’ai donc acheté le livre sur-le-champ.

Un jardin pour mémoire est un ouvrage qui ne s’insère pas facilement dans une catégorie littéraire. Il tient à la fois du récit, des mémoires et de l’essai, voire du roman. Dans la première partie, de loin la plus étendue, l’auteur raconte quelques jours dans sa vie d’adolescent. Nous sommes en août 1944, à la fin de la Deuxième guerre mondiale, à Orléans, ville occupée par les Allemands. Lacarrière et ses amis effectuent des travaux communautaires d’un genre un peu particulier: ils recherchent des survivants sous les décombres de cette ville soumise à des bombardements constants. Ces jeunes vivent des jours tragiques, certes, car les bombes indifférenciées des Allemands et des Alliés ne font pas que des blessés légers… Mais ils vivent aussi des jours heureux car, au milieu des combats qui conduisent à la libération d’Orléans, des liens de fraternité – et même d’amour passionné – se créent dans le feu des événements. Rien n’est tout à fait sombre sous la plume lumineuse de Jacques Lacarrière.

Dans la seconde partie, l’auteur revient sur ces événements intenses qui, à l’instar des rites extraordinaires de passage, rapprochent les hommes et les femmes de toutes conditions. Cela lui fournit l’occasion de réfléchir sur des questions fondamentales comme la vie, la mort, l’amour et, enfin, la création. C’est d’ailleurs à l’issue de cette guerre que Lacarrière choisit de poursuivre ses études à Paris et, en quelque sorte, de vouer à sa vie à l’écriture. Au terme des événements, il prend donc la décision de rompre avec son milieu pour suivre son propre chemin.

Au terme de cette lecture, il convient de mettre le lecteur en garde: Un jardin pour mémoire ne se lit pas comme un récit événementiel, un récit de guerre. Il faut plutôt le voir comme un récit initiatique qui relate le passage qui, lors de l’événement de la libération d’Orléans, met fin à l’adolescence du narrateur en le faisant entrer de plain-pied dans le monde des adultes. D’ailleurs, à ce propos, Lacarrière écrit: «Quand les parents furent de retour, une fois la ville libérée, ils pensaient nous retrouver intacts, je veux dire tels que nous étions auparavant. Mais nous avions grandi, mûri, et tant changé que s’ils avaient eu ne fût-ce qu’une once d’intuition, ils n’auraient même pas dû nous reconnaître». Ici, on aura déjà compris que l’on ne déterre pas des cadavres sous des immeubles écroulés sans que ne s’opère une transformation radicale en nous, positive ou non.

Le récit de Jacques Lacarrière est tout sauf linéaire. Il se présente comme une suite de digressions, d’apartés pas toujours bien ordonnée. Comme il le précise lui-même, il n’écrit pas pour éblouir le lecteur par un style vertigineux. Non, il écrit pour le guider dans sa propre démarche, pour élucider le monde qu’il décrit: « Rendre le monde plus lumineux ou moins obscur m’a toujours paru la tâche essentielle et urgente, à nous qui, fœtus, portons encore sur nous les nageoires frangées du coelacanthe et qui avons, il y a seulement quelques millions d’années, émergé de la grande nuit abyssale » (p. 191).

Quand on referme, après lecture, le livre de Jacques Lacarrière, un flot d’idées émergent en nous, car ce livre donne à penser, comme tous les bons livres. En conséquence, je vous en recommande d’emblée la lecture.

Outre L’été grec (1976), Jacques Lacarrière a publié de nombreux récits et essais. Auteur inclassable, il fraie autant avec l’histoire religieuse qu’avec l’ethnologie et la philosophie (Les gnostiques, Albin Michel 1991; Les hommes ivres de Dieu, Fayard 1976; Sourates, Fayard 1982). Il a publié au moins deux romans, tous deux dans la collection Points au Seuil : Marie d’Égypte ou le Désir brûlé (1999) et La poussière du monde (1999). Un jardin pour mémoire est également disponible en version poche chez Press Pockett.

Jacques Lacarrière est décédé à Paris à l’automne 2005 à l’âge de quatre-vingts ans.



Daniel Ducharme
août 2007

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