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Le journal de captivité de Joseph MOALIC, entre ORLEANS et EPIEDS-EN-BEAUCE

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Le journal de captivité de Joseph MOALIC, entre ORLEANS et EPIEDS-EN-BEAUCE

Message par Fab le Ven 22 Juil - 9:25

je mets ici cet extrait du blog de la fille de Mr Moalic, avec seulement la partie qui parle du Loiret.



Le journal de captivité de Joseph Moalic, entre Orléans et Epieds-En-Beauce

... " En fait, le 23 juin, de bon matin, par un temps orageux, nous prîmes la route à pied avec nos bagages, après avoir laissé nos chariots et nos chevaux sur place, et quelques camarades pour s'en occuper. La colonne s'étendait sur la route sur plusieurs kilomètres, car nous étions environ six ou sept mille prisonniers. Les coeurs au départ étaient assez gais. Ils nous assuraient nous envoyer à Orléans prendre le train pour Rennes pour y être démobilisés. C'était sans doute pour éviter les fuites.

La distance entre Jouy-le-Potier et Orléans est de vingt-quatre kilomètres, mais avec le détour que nous fîmes pour prendre le pont de chemin de fer de Vierzon (le seul pont qui n'ait pas sauté), cette distance fût portée à une trentaine de kilomètres. Le train de route était très accéléré. Les bonnes gens au seuil de leurs maisons nous versaient de l'eau à boire en passant.
A un dizaine de kilomètres du départ, on nous fit faire une pause et ceux qui avaient des vivres de réserve cassèrent la croute. Nous nous remîmes en marche.Tout le reste de l'étape se fit sans halte, près de vingt kilomètres d"une traite, et mené à un pas très rapide, si bien qu'en arrivant à Orléans sous la pluie, nous étions exténués et tous crevés sous le poids de nos bagages, les courroies nous rentrant dans les épaules."

ORLEANS

"Nous arrivâmes à Orléans vers midi-et-demi et dirigés au quartier Dunois." (fronstalag 153)"

"La, chacun se dirige vers n'importe quel bâtiment ou manège, et se laisse choir tout courbaturé. Le soir, on se dirige vers une unique cuisine qui servait un quart de bouillon au patient qui voulait bien faire la queue pendant deux ou trois heures. Moi, je trouvais plus simple de faire la queue à la gouttière, c'était un peu moins long à attendre pour avoir un quart de flotte. C'était la seule eau qui existait au quartier, les tuyautages du service d'eau ayant été crevés par les bombardements. Après ce copieux repas destiné sans doute à nous rendre des forces, on s'arrangea de son mieux pour passer la nuit.

Le lendemain, de bonne heure, nous fûmes réveillés par un brusque "raus" qui venait chercher des hommes pour aller en corvée. Tout courbaturé par les fatigues de la veille et par la nuit sur la dure, il fallut se lever et descendre en vitesse. Etant de trop au rassemblement, je remontais avec peine au troisième étage, les autres camarades de la casée sortant en ville pour une corvée.

Pour la soupe à midi, même comédie que la veille au soir, et pas une goutte d'eau pour étancher notre grande soif. Toute l'après-midi, je regardais à la fenêtre attendant en vain la pluie, le ciel étant lourd d'orage. Je ne fus satisfait que vers six heures du soir.
Aussitôt, grande foule aux gouttières avec quarts et bidons.
Le lendemain, on organisa des corvées d'eau qui s'en allaient avec des barriques puiser de l'eau en dehors de la ville. Ces corvées étant si minimes au début qu'à leurs arrivées, se produisit plusieurs fois des bagarres entre les centaines qui essayaient d'approcher les barriques. En fin de compte, beaucoup du précieux liquide était versé.

Après quelques jours de ce régime de famine, où je me trouvais très heureux d'avoir encore quelques boites de singe et de sardines de réserve que je mangeais sans pain, naturellement, on commença à s'organiser dans le camp. Les régiments prisonniers furent regroupés dans les mêmes locaux sous les ordres des officiers et gradés français qui recevaient les ordres des allemands. Et auxquels étaient distribuées des corvées.
A certaines corvées, il ne manquait pas de volontaires, car en plusieurs coins de la ville, on pouvait se ravitailler en pain et, oh bonheur, en vin, contre espèce sonnante naturellement. Certaines autres, comme la corvée du parc à fourrage, étaient très redoutées. Là, il fallait faire attention à la cravache.

C'est au cours d'une de ces corvées, employé au déblaiement du pont royal qui avait sauté sur la Loire, que j'eus l'occasion de me rendre compte des dégats affreux du bombardement du centre de la ville. Ruines encore fumantes, maisons éboulées au travers de la rue empêchant le passage, les riches magasins d'habillement et de nouveautés tous brûlés, conduites intérieures et voitures de réfugiés toutes calcinées au bord des trottoirs. Ajoutez à cela le cocottement d'une chair brûlée et de cadavres en décomposition sous les décombres. Tel était le spectacle lamentable du grand quartier de la place Jeanne D'Arc à Orléans, et de ce que le génie humain par le progrès et par l'orgueil est parvenu à faire au XXe siècle soi-disant de civilisation.
Par bonheur, la statue équestre de Jeanne D'Arc au milieu de la place resta debout intacte au milieu de ces dégats. La belle cathédrale aussi, bien qu'elle ne fût visée. Plusieurs bombes tombèrent sur la place devant le parvis, une torpille tomba au bas du parvis faisant un énorme trou et détruisant les marches d'un côté. On peut dire qu'elle l'a échappé belle!

La cuisine aussi s'organisa petit à petit. On pût se faire servir sans trop attendre, par unité et par pièce de vingt, comme au régiment. Mais ce qu'elle nous distribuait était bien maigre.
A midi, une petite bouchée de viande de cheval prise dans les chevaux blessés au combat et réformés pour leur blessures. Souvent elle était immangeable. Avec cela, un quart de pâtes et un petit morceau de pain à moitié pourri, tout moisi et fermenté dans les wagons restés en carafe dans les gares à la débâcle.
Le soir, un genre de soupe avec un peu de légumes.
Heureusement qu'aux corvées quotidiennes en ville, on pût presque journellement se ravitailler et améliorer notre maigre pitance.

Le sevice d'eau fût rétabli au bout de trois semaines. Ce jour-là, grande joie! On pût se laver et laver son linge sans trop de mal. Auparavant, avait existé pendant quelques jours une corvée de lavage à la Loire. Les non-occupés aux corvées allaient en groupe se "noyer" et laver leur linge dans le fleuve.

Enfin, les officiers furent retirés des unités et mis dans un logement à part, et les camps organisés en compagnies de deux cents hommes sous la direction d'un adjudant. Les corvées furent distribuées à tant par compagnie.
C'est à ce moment que commença aussi la fameuse corvée n°100 au terrain d'aviation de Bricy. Cette corvée marchait par roulement de deux équipes. La première partait à quatre heures pour revenir vers quinze heures, la deuxième partait à treize heures pour revenir à minuit. On prenait le train pour s'y rendre. Cette corvée avait la réputation d'être très pénible dans les débuts, et dans les premiers jours, plusieurs équipes restèrent toute la journée sans manger.

Tous les soirs, à vingt heures, avait lieu l'appel. Les compagnies étaient toutes rangées sur la cour et là, il fallait attendre en ordre le bon plaisir de ces messieurs jusqu'à vingt-et-une heure, vingt-deux heures, et bien souvent dans la nuit."

EPIEDS-EN-BEAUCE

"Le 29 juillet 1940, vers deux heures-et-demi, je lavais mon linge dans la cour quand le sergent vînt me demander si je ne voulais pas aller en équipe agricole".

(Joseph était aide familiale sur la ferme travaillée par son père)

"Je ne demandais pas mieux que de sortir de cette caserne où avec la chaleur, vu le nombre de prisonniers qui y étaient entassés, les feuillées sentaient bien mauvais, et presque tout le monde était atteint de diphtérie.
Il fallait être prêt à trois heures. Aussitôt, je planque mon linge à moitié lavé dans une musette, je rassemble mon paquetage et je descends au rassemblement.

A quatre heures, deux camions viennent nous chercher. Nous étions trente. Le coeur en fête, nous franchissons la grille avec l'espoir de ne plus y retourner, et roulons à toute vitesse sur la route du Mans. On se demandait où on allait atterrir. La joie régnait en respirant l'air pur, heureux de sentir déjà un peu de liberté. En fait, c'était une liberté provisoire qu'on allait vivre.
Le camion stoppe dans un bourg. Où on se trouve ? A Epieds-en-Beauce dans le Loiret.
Après un arrêt à la mairie, le camion repart vers les fermes. Je suis placé avec deux camarades dans une grande ferme à Pressailles. Le camion et les sentinelles repartent, nous laissant tout coi de notre liberté.

Le premier accueil de notre nouvelle patronne fût plutôt froid. Nous déposons notre barda, buvons un canon, et aussitôt, en auto, elle nous conduit dans la plaine où le patron et les ouvriers fauchaient le blé. On nous met à faire des terriaux jusqu'à six heures-et-demi, heure de la cessation du travail.

Le lendemain et les jours suivants, je pris trois chevaux et une lieuse, et jusqu'à la fin de la coupe, je tournais dans la plaine.
A quatre heures-et-demi, réveil. A cinq heures, soupe. A cinq heures-et-demi, début du travail. A onze heures-et-demi, diner. Reprise du travail à treize heures. A dix-neuf heures, souper. Soit en tout douze heures de travail.

La nouriture était grossière et laissait un peu à désirer. Malgré cela, pour nous, c'était un changement à coté du camp, le pain et le lard ne manquant pas. Tous les jours, le même menu revenait sur la table, à chaque repas du lard. Jamais je n'y ai gouté de beurre, chose rare dans une ferme où il y a des vaches. A boire, nous avions un canon de vin le matin à déjeuner, un autre à neuf heures, un à midi et à quatre heures et un autre le soir, jamais de café.
Notre couchage était des plus précaire, dans une écurie où il y avait deux mulets. Sur de la paille, nous installions une couette de plumes avec draps et couverture. L'endroit était un peu mal trouvé. Enfin, nous y étions tranquilles, on ne dérangeait personne le soir en rentrant.

Dans la ferme, étaient employés deux charretiers, un berger, deux bonnes, cinq jeunes de quinze à vingt ans pendant la récolte, et nous trois. Le travail ne nous manquait pas, mais on était heureux d'avoir à nouveau un peu de liberté.

Nous allions tous les mercredi nous faire pointer au bourg à la kommandanture allemande. Par ailleurs, ils ne s'occupaient pas de nous.
Le dimanche matin, nous attelions la mule et allions au bourg à la messe de neuf heures-et-demi. Là, nous trouvions beaucoup de camarades. Cela fit un peu d'impression sur les gens de ce pays qui étaient peu pratiquants, surtout les hommes. Parmi les ouvriers agricoles, aucun ne fréquentait les offices.
L'après-midi, nous allions nous promener dans les villages voisins voir les camarades et faire une partie de cartes.
Pendant notre séjour dans cette ferme, on pût facilement envoyer et recevoir des nouvelles par la poste civile.

La vie s'écoulait heureuse et sans soucis. Tous les dimanches, on nous gratifiait de soixante francs. Nous avions bien l'espoir de finir notre vie de prisonniers dans cette ferme, le travail ne manquant pas et le patron comptant bien nous garder. Et sûrement, si on nous avait dit qu'il allait en être autrement, nous aurions fait notre possible pour passer en zone libre, chose très facile pour nous, et se faire démobiliser là-bas au bon moment. Hélas, nous avions eu tort de ne pas préparer l'avenir, et aucun de nous ne se doutait d'une captivité si longue, et plus tard, on regrettera la bêtise de ne pas s'être évadé, et d'avoir cru à leurs bobards.

Hélas, cette vie n'allait pas durer."


RETOUR A ORLEANS

"Le 25 septembre 1940 au matin, je charruais tranquillement dans la plaine quand le garde-champêtre vint nous avertir qu'il fallait être à midi au bourg avec son paquetage.

C'était la catastrophe!

Le coeur bien gros, on s'en revient à la ferme. En vitesse, on écrit une lettre, nous ramassons notre paquetage.
Si on avait su, il était encore temps!

Nous mangeons un dernier repas à la ferme. Le patron était désolé de nous voir partir. La patronne pendant ce temps nous prépare quelques emplettes, puis les adieux. Le patron vient nous conduire au bourg. Les camions et les gardes nous attendaient déjà.
Les coeurs étaient bien gros et pour masquer un peu notre infortune, en route on se mit à chanter. Les trente kilomètres qui séparent Epieds d'Orléans furent vite franchis, et nous, moins joyeux que deux mois auparavant, nous franchissons à nouveau la grille.

Le camp était toujours organisé en compagnies à l'une desquelles nous fûmes affectés, et n'avait pas beaucoup changé d'aspect, sauf que les occupants avaient changé de couleur. Nos anciens camarades non partis en corvées agricoles avaient été expédiés en Allemagne fin Août et étaient remplacés par des noirs, arabes, Marocains et Tunisiens. Nous trouvâmes là nos camarades partis en équipes et rentrés quelques jours avant nous. Les corvées existaient toujours comme dans le passé.

Au début de notre retour, on pensait tous être rappelés pour un départ éventuel vers l'Allemagne, ce qui fit que, tous les jours, les évasions étaient très nombreuses à toutes les corvées. Le soir, il y avait des manquants. Le commandant du camp avait l'air de n'y faire guère de cas. Combien de fois par la suite j'ai regretté de n'avoir pas fait pareil, Dieu seul le sait !
Puis, les semaines passant, et l'hiver étant proche, on se mit à espérer de passer l'hiver à Orléans. D'ailleurs, on organisait le camp pour cela. Il y avait même une cantine où on pouvait se procurer du pain, de la bière, du vin. Assez chère, elle avait du succès, les arrivants ayant de l'argent en poche gagné dans les fermes.

Le prêtre, qui était au camp depuis le début et qui en était l'aumonier, avait installé une jolie chapelle dans une ancienne salle du foyer. Le Saint Sacrement y était maintenant conservé. Le matin, il y avait trois messes et le soir, la récitation du chapelet pour le mois du rosaire qui était en cours. L'affluence était très nombreuse, parmi laquelle on voyait de toutes les couleurs, Français, Sénégalais, Malgaches, Annamites bien dévots. Pour la grand-messe du dimanche, la chapelle était devenue trop petite, et le commandant du camp avait promis une autre salle plus grande. C'était une grande consolation pour nous de venir passer quelques instants dans ce coin, dans l'intimité du grand maître.

A notre retour des fermes, nous étions des rois tant que les sous duraient. Les petits annamites nous lavaient le linge, faisaient les chambres, lavaient les gamelles. Et à toute heure de la journée, on pouvait se procurer du café chaud à cinquante centimes le quart avec ces indigènes qui le fabriquaient et passaient dans les chambres vendre leur jus.
Le haut-parleur fût installé au quartier, dans lequel on nous passait quelques morceaux de musique et on nous annonçait le rapport.

Les fameux bobards circulaient toujours de plus belle. On parlait beaucoup de notre retour dans les fermes, départ qui était même pour la fin du mois aux dires de certains.

Malheureusement, au lieu du départ pour les fermes, ce fût le départ pour la grande aventure." ...


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