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L' exode de Monique LUCAS depuis VITRY AUX LOGES (1940)

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L' exode de Monique LUCAS depuis VITRY AUX LOGES (1940)

Message par Fab le Dim 5 Juin - 12:29

Monique avait 6 ans lors de l'exode. Quelques 50 ans plus tard, elle raconte...


C'est une période de ma vie gravée dans ma mémoire.... Alors que je demandais à mon père pourquoi il partait chaque soir un fusil sur l'épaule, "c'est pour garder la ligne de chemin de fer" me répondait-il.
Du haut de ma sixième année, je n'ai pas du tout compris....

Nous habitons à cette époque, une petite ferme au lieu-dit "le Replat" àVitry-aux-Loges, mes parents, RENE et MIREILLE, mon frère ainé GILBERT, mes deux soeurs cadettes, Ginette née en 1936, Josiane encore bébé.

Subitement, au début de l'année 1940, vent de panique... Les voisins, inquiets, vont de maison en maison pour alerter les habitants de l'approche imminente des Allemands. Mon père est indécis : partir ou rester ?

Nous partons. Le cheval attelé, la charrette remplie à la hâte de peu de chose et du landau dans lequel dort ma plus jeune soeur, nous voilà prêtr, quand un couple âgé, des "bourgeois" du village que j'appellerai Remast, arrive avec un "balluchon".

Ils demandent à mon père de les emmener, s'installent dans la charrette sur des chaises "récupérées"vivement dans la maison. Nous voici sur la route de Chateauneuf- sur- Loire, le ciel est clair, le temps doux. Un convoi hétéroclite se forme, devient de plus en plus dense au fur et à mesure que nous approchons de la petite ville : des piétons avec "balluchons", des brouettes ou remorques chargées, quelques voitures à moteur (peu, car le monde rural utilise la carriole, la charrette et le cheval.).

Dans Chateauneuf règne une grande agitation, nous avons de la peine à nous frayer un passage, chacun essaie de passer devant l'autre. Objectif : traverser le pont sur la Loire au plus vite. La foule court dans tous les sens, la peur se fait sentir

Ma mère est à l'arrière avec sa bicyclette d'une main, mon frère Gilbert et moi de l'autre.Mon père la presse de le rejoindre au plus vite. Dans le bruit de toute cette cohue, la sirène se met à hurler, puis c'est le ronronnement inquiétant des avions qui arrivent au-dessus de nous. Ils s'éloignent et reviennent "plein gaz" dans un vrombissement puissant...

C'est l'affolement.,nous n'avons pas le temps de traverser la Loire. Le bombardement commence. Notre mère "pose" sa bicyclette sur le mur d'une propriété dont le portail est ouvert, elle nous entraîne de toutes ses forces à l'intérieur., Avec beaucoup de réfugiés, nous sommes blottis sous un gros arbre, protection providentielle et efficace contre les projectiles de toutes sortes qui s'abattent autour de nous. Pendant ce temps, papa fait descendre de la charrette Ginette et aide les Remast à mettre pied à terre pour nous rejoindre. Il reste près de son cheval qui pouvait fuir de peur. Josiane, toujours dans son landau dort, indemne.

Je ne sais combien de temps ont duré ces explosions, mêlés d'appel et de cris. Quand les bombardiers se sont éloignés, nous sommes abasourdis et regagnons vivement la rue. Spectacle d'apocalypse !!!... des gens courent en tous sens, d'aucuns secourent les blessés. Sur notre passage, un homme gît sous sa charrette, le cheval encore attelé par dessus, mort lui-aussi. On s'interpelle, on pleure, on court encore, les gravats des maisons éventrées jonchent le sol.

Le convoi se reforme tant bien que mal, dans la précipitation et une pagaille indescriptible. Le pont enjambant la Loire n'est pas touché. Ma mère dont la bicyclette a disparu..., nous reprend par la main et nous voilà repartis. La crainte du retour des bombardiers nous fait fuir. Une grande peur me gagne, je" tire" ma mère dans l'espoir de la faire courir, mais elle me retient : il faut attendre notre père qui suit à la vitesse du convoi. La traversée du pont me parait interminable et la panique de voir revenir les avions (leur objectif étant la destruction de ce pont) est communicative.

Ouf, voici enfin la petite route qui mène à Sigloy. Chacun retrouve son calme. Je lâche la main de ma mère et entreprend de remonter la file de véhicules qui cheminent lentement. Soudain, j'aperçois au loin, la tête d'un petit animal qui "sort" d'une voiture...La curiosité me donne des ailes pour arriver jusqu'à lui. Le conducteur de la "traction" me sourit, je lui demande si c'est un petit âne... "non, c'est une toute petite chèvre... Tu la veux ?" Après mon oui timide, il pose l'animal dans mes bras, et je repars, toute heureuse, avec mon trésor, à la rencontre de mes parents, qui lui font une place dans la charrette. Je resterais bien à côté d'elle, mais les Remast m'impressionnent trop..

Nous avançons jusqu'au soir. Par intermittence, des bombardements suivis d'explosions se font entendre Les avions passent au-dessus de nous, la peur ne nous quitte pas tant qu'ils sont proches.

Peu avant la nuit, mon père décide de s'arrêter, une petite forêt, déjà occupée par de nombreux réfugiés, nous offre un gîte pour la nuit. Après un léger "casse-croute" nous voilà installés sur le sol pour dormir, la chevrette avec nous. Mon père attache le cheval à un arbre et veille toute la nuit afin qu'il ne soit pas volé. .

Au petit matin, il faut repartir. Le cheval attelé, le couple Remast installé, je me présente avec mon petit animal dans les bras avec la ferme intention qu'il reprenne sa place dans la charrettte. Les "bourgeois" ont crié : "nous ne voulons pas de ça à coté de nous !!!..." Je l'abandonne à mon grand désespoir. Je regrette que mon père céde au caprice de ces gens...

La route est longue, en ce deuxième jour d'exode, tantôt je marche, tantôt je rejoins mes soeurs dans la charrette. La nourriture manque.

C'est le soir. Il nous faut trouver un endroit pour dormir. IL bruine. Nous frappons à quelques portes afin d'obtenir un coin à l'abri pour la nuit. Tout est déjà pris.
Nous trouvons une ferme, déjà abondamment occupée. Après un momenbt de réflexion, le bon fermier saisit sa fourche et quelques seaux d'eau, dégage une petite porcherie, y étale de la paille et c'est dans ce palais improvisé que nous avons dormi, à points fermés, avec d'autres enfants, malgré l'odeur pestilentielle.


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