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Le destin de Claude LERUDE (1920-1945), réseau VENGEANCE du loiret

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Le destin de Claude LERUDE (1920-1945), réseau VENGEANCE du loiret

Message par Fab le Lun 2 Mai - 22:31

Textes issus du site de marc Chantran sur le réseau Turma - Vengeance :

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Claude Lerude- est né à Orléans, le 20 juin 1920.

Septembre 1939

La mobilisation. Claude rassemble ses scouts et les conduit tous les jours en camion aux Aubrais afin de ravitailler les troupes et d’aider les réfugiés qui passent sans arrêt.
Puis il emmène « ses hommes » faire les vendanges aux environs, remplacer les mobilisés.
Claude multiplie les démarches pour obtenir son engagement dans l’armée ; mais son état de santé est un obstacle... Il réussit à persuader un  médecin et, enfin, le 8 novembre, il peut signer son engagement au 131e R.I. (le régiment de son père).

Il va alors, radieux, à la caserne Coligny, faubourg Bannier ; le soir même, il est expédié à Chevilly où, d’emblée, on le met à la tête d’un groupe « d’omis », faisant fonctions de caporal. Ces « omis » étaient en réalité des insoumis et, pour la plupart, ils avaient un casier judiciaire chargé. Bien que ce soit une catégorie d’hommes qui lui soit peu familière, Claude arrive très vite à prendre un ascendant considérable sur eux, leur imposant une discipline et des habitudes auxquelles ils n’étaient guère accoutumés, ce qui n’étonna pas peu un des amis de Lerude qui le retrouva dans ce camp, Jean-Bernard Alicot. Il ne resta que peu de temps d’ailleurs, dans son emploi et fut ramené à Orléans, au quartier Sonis, pour suivre le peloton des élèves officiers. Il put continuer ainsi à s’occuper de sa troupe de scouts.  

Il ne manqua jamais non plus une occasion d’essayer de gagner aux idées chrétiennes certains de ses camarades. Il passa brillamment le concours des E.O.R. (avril 1940).  

Envoyé au centre d’instruction des aspirants de la  Courtine, le 7 mai, il est affecté au C.I.E.A.R. de Fontenay, qui devient par la suite le régiment de Fontenay-le-Comte.

Viennent les jours sombres de la débâcle. À la fin du mois de mai et au début de juin, Claude Lerude est envoyé en mission secrète en Belgique, dans les Ardennes, dans les Vosges et à Strasbourg. On ne connaît aucun détail sur cette randonnée. Puis c’est la retraite avec ses étapes successives, Bordeaux, Tonneins, qui le conduit à Clermont-Ferrand.

Démobilisé le 20 juillet 1940, il va se reposer quelques semaines à Solignac où une partie de sa famille est réfugiée. Une dépêche le rappelle à Clermont : il est désigné pour prendre la direction d’un Chantier de Jeunesse dans la forêt de Tronçais.  


La Résistance

1941: ses activités officielles sont des activités scoutes. Il retrouve à Lyon deux Orléanais et même un ancien camarade du camp de Chamarande, Guérin, qui devait, par la suite, périr dans le naufrage du « Lamoricière ». Claude est chargé de multiples missions, tant en France qu’en Algérie, à Toulouse, en Corrèze, en Lozère, à Vierzon zone occupée, à Oran, à Alger, à Constantine.

Officiellement chargé de reprendre en mains les cadres scouts, et ceci dans toute la France, il passe plusieurs fois en zone interdite. Mis en rapport avec l’entourage du général Giraud, après l’évasion de celui-ci, il l’a rencontré en personne. Bien qu’il ait gardé le silence sur l’essentiel de ses liaisons avec lui, on sait toutefois qu’il assista à plusieurs reprises à des conférences données par le général lui-même ou sous son égide, en particulier sur des problèmes de commandement, sur la nouvelle organisation de l’armée française et sur son rôle. Les résultats de cet enseignement seront mis en pratique à l’école de cadres de Cerisy. Il est donc certain que, pour la plupart, ses voyages à travers la France, à cette époque, ont été en réalité de véritables missions militaires de sondage et d’information.


Activités dans l’Orléanais

Un jour de mai 1942, il revient à Orléans.

Les causes de ce retour soudain restèrent toujours  mystérieuses. Il reprend contact immédiatement avec sa troupe, ses anciens camarades et ses chefs. Mais, en son absence, les choses ont évolué et certains dirigeants considèrent sans aucune sympathie ce jeune homme qui semble jouir d’une telle autorité -et d’un tel prestige auprès de tous. Aussi lui confie-t-on une tâche qu’on juge mineure : la surveillance d’une colonie d’enfants des Aciéries de Longwy, réfugiés à Olivet ; elle comprend une centaine de garçons de 4 à 15 ans.

C’était un rôle bien délicat ; Claude se donne tout entier, une fois de plus, organise les équipes, les jeux, tente de faire régner à nouveau l’atmosphère exaltante du camp de Candé. Il multiplie les causeries, forme de jeunes chefs d’équipe auxquels il tâche d’inculquer les principes essentiels du scoutisme. Mais toutes ces  initiatives bouleversent le traintrain journalier de la maison. Aussi, c’est une guerre mesquine et sourde qui s’amorce contre lui.  

Il quitte la colonie d’Olivet au mois d’août, étant chargé par le Commissariat à la Jeunesse d’organiser la « Chevauchée de Jeanne d’Arc ». La préparation matérielle et surtout spirituelle et morale de cette randonnée l’enchanta ; c’était,  en somme, une action scoute, la première depuis l’occupation, autorisée par les Allemands qui n’avaient pas compris ce dont il s’agissait. Ce fut un vrai succès. À la suite de la « Chevauchée », il occupe un poste officiel au Commissariat de la Jeunesse. Il est bibliothécaire. Et ces nouvelles fonctions devaient grandement aider son action clandestine.
Tenu plus que jamais en quarantaine par les dirigeants scouts d’Orléans, il donne, en octobre 1942, sa démission au Commissariat de Province, puisqu’on lui interdisait tout contact avec ses anciens « garçons ».
C’est à cette époque que se pose encore le problème de l’orientation de la vie de Claude... De plus en plus il est attiré par le sacerdoce, bien que la vie du clergé séculier l’effrayât un peu... Il sentait toujours bouillonner en lui une vocation d’éducateur.

Puis, la France avait encore besoin de tous ses fils...  

Il entreprit donc une licence de philosophie, pensant que la morale et la sociologie pourraient toujours lui servir. Il groupa ensuite une quinzaine d’anciens scouts dont il fit une vraie troupe. Il les réunissait toutes les semaines, organisant des sorties, recréant la vie enthousiaste et fiévreuse d’autrefois.  
C’est à eux qu’il décida de consacrer son Noël. Et pourtant, il savait combien une séparation, ce jour-là, pèserait à sa mère aussi bien qu’à lui.  

Cette réunion de Noël 1942 devait avoir une importance et une portée considérables. Ce fut, en vérité, une veillée d’armes. La réunion eut lieu dans une maison du Val de Loire, près de Saint-Denis-en-Val, « un peu retirée sur un chemin  conduisant à la Loire. Elle se passa en jeux scouts, en exercice de commandement et en discussions. Puis ce fut la messe de minuit, le réveillon, et la plupart des assistants allèrent se coucher. Mais Claude Lerude, Jacques Caumel et Guy Faucheux partirent sur la route, dans la nuit étoilée, pour discuter longuement des possibilités de Résistance... » (Lettre de René Alexis).

Sur quoi avait porté le débat ? Sur le rôle du chef. Tous les aspects de la question y furent envisagés : rôle, place, formation, adaptation, qualités, définition même du chef. Le rôle et la valeur de l’équipe ainsi que son esprit furent aussi longuement commentés. La conclusion adoptée fut la suivante : « La vie est un jeu. Il faut savoir jouer, il faut savoir perdre... » Il semble que Claude Lerude, qui se trouvait ce soir-là avec des garçons dont la plupart devaient former le noyau des Corps Francs Vengeance d’Orléans, ait voulu avoir leur avis, étudier leurs réactions, et peut-être éprouver leur confiance en lui.

Dès ce jour, en tout cas, sa résolution était prise -et elle devait entraîner non seulement sa propre adhésion à la Résistance, mais encore celle de la plupart de ses amis.

Il ne devait pourtant entrer officiellement dans la Résistance que quelques mois plus tard. Il y trouva un champ d’activités à la mesure de ses qualités d’organisateur et de chef.


Vengeance

Il prit contact avec une organisation de Résistance par l’intermédiaire d’un jeune officier issu de Saint-Cyr, le lieutenant Fiévet, qui était mon agent de liaison et mon secrétaire à la fois ; je dirigeais alors les Corps Francs Vengeance que j’avais fondés avec mon ami Vic Dupont (Sorel).

Nous eûmes notre première entrevue, au début du  mois de mai 1943, dans l’appartement d’un négociant en tissus de la rue du Faubourg Montmartre. Lerude était accompagné de Guy Faucheux ; l’endroit n’avait pas  l’air rassurant, de prime abord. Nous nous étions rencontrés sur le boulevard, comme de vieilles connaissances et Fièvet (Rémy) nous avait présentés. L’entrée de la rue était justement barrée par la gendarmerie allemande qui effectuait un contrôle serré des voitures, et dans l’immeuble même se trouvaient de nombreux bureaux ennemis qui provoquaient dans l’escalier des allées et venues incessantes de soldats et de gradés allemands.

Les buts de notre groupement, ses caractères rigoureusement apolitiques et strictement paramilitaires, l’organisation succincte des éléments furent successivement exposés à Claude et à son compagnon qui, de leur côté, se proposaient de mettre tout en œuvre pour aider au développement de nos Corps Francs dans le Loiret ainsi que dans les départements voisins.

Dès cette époque, un gros travail de prospection avait été effectué par Claude Lerude, principalement à Orléans ; il avait parlé de ses desseins à de nombreux officiers ; s’était assuré des collaborateurs de confiance ; enfin, surtout, il avait pris ses renseignements sur les divers organismes de Résistance, et c’est en toute  connaissance de cause qu’il s’adressait à nous.  
Il nous fit une excellente impression ; quelques contacts que nous avions déjà dans le Loiret et
la région avoisinante lui furent confiés afin d’opérer un regroupement local ; des exemplaires des divers règlements régissant les Corps Francs lui furent confiés.  

Il s’avéra rapidement que Claude Lerude était une recrue de choix. Toute sa formation des années précédentes, aux scouts et même aux Chantiers de Jeunesse, et son caractère le prédisposaient à cet état de chef de la Résistance qu’il devait embrasser dans ces jours de mai.
Il organisa son travail et ses premiers rapports firent vite figure de modèles du genre : clairs, nets, précis, ne laissant aucune question dans l’ombre, annonçant les succès comme les échecs, disant aussi bien le contentement des dispositions prises que le mécontentement provoqué par certains retards, mais se pliant toujours avec une entière discipline aux ordres reçus.  

À la fin du mois de mai, devant les premiers résultats qu’il avait déjà obtenus, Claude Lerude fut confirmé comme chef départemental des Corps Francs Vengeance pour le Loiret. Puis son activité déborde sur les départements voisins, Cher et Loir-et-Cher, où il recrute du personnel et regroupe les éléments que nous y possédions déjà. Nommé chef de la VIIIe Région des Corps Francs, région qui englobait les départements précités, il prend désormais le surnom de Paul VIII, formé de la réunion du prénom de son père et du numéro de sa Région.  

Il vient à peu près tous les quinze jours à Paris se mettre en contacts étroits avec le Comité Directeur des Corps Francs, amenant toujours du nouveau, de nouvelles propositions comme de nouvelles suggestions.

En quelques semaines, sont organisés les différents services de sa direction, qui comprennent :

- Administration, comptabilité, effectifs.  
- Liaisons.  
- Commandement militaire.
- Contacts avec les différentes administrations civiles : P.T.T., S.N.C.F., Ponts et Chaussées, Police et Gendarmerie, Eaux et Forêts, Préfecture et Mairies.
- Deuxième Bureau.  
- Recherche de terrains de parachutage.  
- Organisation de l’entraînement et de l’instruction militaires.  
- Contacts avec les « maquis » déjà existants et création de nouveaux refuges pour les réfractaires au S.T.O.  
- Recherche et surveillance des collaborateurs et des suspects coopérant avec les troupes d’occupation.  
- Service de faux papiers d’identité.  
- Mise sur pied des unités paramilitaires.  
- Recrutement d’éléments nouveaux.  
- Formation de cadres.  
- Contacts avec les autres organisations de Résistance.  

Dès le mois de juin, il a mis sur pied un bataillon complet à Orléans, sans oublier les différents services et sections spécialisées nécessaires à son fonctionnement.
Au mois de décembre, ce sont plusieurs milliers d’hommes qu’il aura rassemblés dans sa Région.  Mais Claude Lerude ne fut pas seulement un excellent organisateur de la Résistance ; il fut aussi un merveilleux entraîneur d’hommes, un éducateur dans toute l’acception du mot.
Il sait choisir ses collaborateurs, officiers ou anciens scouts ; et ceux-ci se révèlent si efficaces et si bien dressés que, dès le mois de juillet, ce deviendra une habitude pour les dirigeants de Vengeance, que de puiser dans l’entourage de Paul VIII pour encadrer les nouvelles sections recrutées par les Corps Francs. C’est ainsi que la plus importante partie des « responsables » de nos premiers éléments de Bretagne fut prélevée parmi les élèves et stagiaires de la VIIIe Région et ce qui devait devenir la IXe Région fut organisé sur un modèle identique à celui de la Région dirigée par Claude Lerude.  

Mais tout ceci ne constitue, en somme, que l’aspect « officiel » de l’activité de Paul VIII dans la Résistance. Il faut l’avoir connu alors pour comprendre le rôle exact qu’il a joué, la ferveur, la conviction, qui l’ont animé.  

La maison de la rue de Coulmiers était devenue un véritable P.C., un centre d’où rayonnaient vers le Loiret et les départements avoisinants, des directives que portaient des courriers sans cesse sur les routes. Des agents de liaison et de renseignements arrivaient à toute heure ; dans sa chambre, parfois jusqu’à une heure avancée de la nuit, Claude examinait leurs rapports, en extrayant ce qui avait une réelle valeur et méritait d’être transmis à l’échelon supérieur. Puis c’était la rédaction de ces comptes rendus volumineux, ne laissant aucune question dans l’ombre, dont la précision était célèbre dans le Comité Directeur des Corps Francs Vengeance.

Il était partout, allant en personne inspecter des locaux prévus pour des émissions clandestines de radio, des terrains de parachutage ; allant presque chaque semaine à Paris traiter avec ses supérieurs de questions particulières, exposant des idées souvent originales. Mais, une fois la discussion close, il devenait un exécutant discipliné, même si la décision prise était en désaccord avec ses propositions personnelles.

Il organisa lui-même des expéditions, donnant sans cesse l’exemple à ses adjoints. Citons, en particulier, une mission de reconnaissance dans une caserne allemande d’Orléans, menée en suivant un égout de la ville, et qui resta célèbre dans la mémoire de ses amis.  


Avec l’O.R.A.

Claude Lerude avait à l’époque 23 ans... 23 ans et  des responsabilités écrasantes ; et n’oublions pas qu’à toute cette besogne de prospection et d’organisation, s’ajoutait une tâche 16 d’administrateur, qui, en raison des difficultés que nous avions à équilibrer nos budgets sans cesse croissants, aggravait encore ses soucis.
Quand fut décidée la création de l’Armée Secrète, qui, plus tard, devait donner naissance aux F.F.I., des contacts plus étroits furent réalisés avec les autres organisations de la Résistance. La VIIIe Région des Corps Francs Vengeance appartenait à la Région P de l’A.S. et en constituait la subdivision P3. La direction de cette subdivision, ainsi que celle des départements en faisant partie, fut confiée aux Corps Francs Vengeance, qui possédaient les éléments les plus importants en effectifs paramilitaires.

Claude Lerude fut surtout en contact, par goût personnel, avec l’Organisation de Résistance
de l’Armée (O.R.A.), mouvement de Résistance créé par des officiers ayant appartenu à l’année d’armistice et dirigée par le général Giraud et, pour la zone nord de la France, par le général Revers. Claude Lerude rendit à cet organisme de très grands services. Il mit même, au mois de décembre 1943, le chef de Vengeance en rapports directs avec le général Revers et avec son état-major, ce qui permit d’encadrer plus efficacement les troupes de Vengeance qui, par la suite, devaient s’intégrer complètement aux  F.F.I.  Paul VIII a donc joué un rôle considérable dans la formation de l’Armée Secrète sur le territoire de sa Région.

Après avoir été un élément capital de l’organisation de la Résistance dans sa Région, Claude Lerude ne cherchait pas à tirer de son travail intensif un avantage personnel quelconque, puisque, pour la période des combats de la Libération, il n’avait accepté qu’un rôle très modeste, celui de directeur des liaisons du département du Loiret, avec le grade de lieutenant... Modestie que bien des chefs de la Résistance pourront méditer.  


L’arrestation

Les activités de Paul VIII allaient bientôt prendre fin...

Des misérables, agents de la Gestapo, s’étaient glissés dans les Corps Francs depuis des  mois déjà, s’infiltrant à tous les postes auxquels ils pouvaient accéder à l’occasion des contacts que notre organisation avait eus avec le mouvement Ceux de la Libération. Les 15 et 16 janvier 1944, une vague d’arrestations déferla sur nos rangs.  

Le 16 janvier, à Orléans, devait avoir lieu une réunion de tous les cadres de la VIIIe Région. Heureusement, les ordres furent mal compris et une  partie seulement des collaborateurs de Paul VIII vint au rendez-vous. Alors que Claude Lerude et cinq de ses compagnons étaient réunis au domicile du chef régional, rue de Coulmiers, des inspecteurs de la Gestapo cernèrent la maison et les six hommes furent arrêtés.

Claude eut la permission, avant d’être emmené, d’embrasser sa mère et sa grand’mère. À celle-ci, qui ne comprenait pas grand chose à tous  ces événements, Claude dit : « Adieu, grand-mère, je pars pour faire comme mon oncle Marcel », (faisant allusion à un jeune oncle tué en 1917). Car il était persuadé qu’il serait bientôt fusillé. Il fut sur-le-champ conduit à la prison d’Orléans.  


En prison

Claude Lerude devait rester à la prison d’Orléans jusqu’au 25 mars, date à laquelle il fut transféré à la prison de Fresnes.  

Pendant de longues semaines, les interrogatoires se poursuivent, presque sans arrêt, avec les méthodes habituelles à la Gestapo. Il subit une piqûre spéciale, la torture de la lumière électrique ; certains interrogatoires vont durer 48 heures ; une fois, il demeure 50 heures sous la lampe électrique...  
Cependant, il est l’objet de certains égards ; il peut recevoir de nombreux colis et même, à quatre reprises, la visite de sa mère. Il peut écrire aussi, rare faveur, mais qui va nous permettre de connaître un peu ses pensées pendant cette période. Il a d’ailleurs organisé sa vie, méthodiquement, comme ce qu’il a toujours fait, partageant son temps entre la prière, l’étude et même la culture physique !...  

Voici ce qu’il écrit à sa mère :  

- « Comme toujours, la vie est toujours plus dure pour celle qui reste que pour celui qui est parti. Ici, c’est fort supportable, grâce surtout à tes colis... Je suis avec un autre étudiant et nous dissertons philosophie, c’est mieux que la solitude... Ces événements sont peut-être un bienfait ; je fais une retraite forcée, je réfléchis : laquelle des deux voies qui s’offrent à moi est-elle celle qui m’est destinée. J’ai fait mon devoir, je peux bien penser un peu à moi, à nous deux, puisqu’une fois de plus, la vie nous retrouve côte à côte dans des circonstances encore nouvelles, car je te sens près de moi et cela
m’aide à chanter, la vie est belle... Remercie ceux qui pensent à moi ; mais je ne veux pas être plaint ; je savais ce que je faisais et je ne suis pas une pauvre victime : la vie est belle quand on est d’accord avec son intelligence, en harmonie avec l’intelligence qui gouverne le monde. Rassure les deux grand-mères, ce sont elles qui sont à plaindre. Quant à nous, l’amour n’a jamais dépendu de l’espace total ou relatif, il est libre... » (23-1-44).

- « ...Pour moi. rien : je me porte bien -me repose,  comme tu peux penser- c’est un apaisement. Il faut savoir prendre la vie comme un  don joyeux et dont il faut tirer parti. Perdre la vie n’est rien, pour un soldat, perdre sa vie, voilà le vrai malheur... Le malheur, c’est que je n’ai rien à dire : le rythme de la vie dans sa monotonie, est très bref, et les nuits succèdent aux nuits très vite. Vie toute de l’esprit qui ne se prête guère à ce genre de courrier. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la prison élargit l’esprit... Décidément, ces années auront été fertiles en situations imprévues : qui aurait pu croire que le jeune chef scout de 1937 se verrait sans gêne ni remords, menottes aux mains, dans les rues de la ville... Je voudrais ne pas être plaint : d’abord la vie est le mieux qui soit possible en prison, ensuite, c’est la juste conséquence de mes actes... Les hommes font la guerre, les femmes  sentent le mal et réagissent en fonction de lui, les enfants s’acheminent vers leur destin sans comprendre ; et quelques années après, ils sont tous dans l’éternel présent dont ce que nous appelons le réel n’est que l’apparence ou le symbole... » (25-1-44).  

- « Il ne faut perdre aucune de ses facultés et essayer de rester un homme complet. C’est, un peu, le même problème que dans les oflags : ne pas considérer la vie comme terminée, mais se préparer à de nouvelles tâches... La prison est un entraînement à tous les retournements de situation, l’acceptation de toutes les disciplines et à se retrouver soi-même dans sa nudité... » (29-1-44).

- « ...Amitié à mes scouts, aux anciens. Leur amitié me réconforte, et moi, une fois de plus, je leur dis : le Scoutisme était une chic affaire, nous n’avons pas fait fausse route... Chanter... Cette prison est le domaine du chant ; c’est le seul moyen que l’on ait de se sentir une communauté, et, de par Dieu, c’est une communauté bien française... Merci pour le missel qui est arrivé bien à point pour donner une ossature à ma vie religieuse, car on finit par ne plus pouvoir se contenter d’une religion purement
intellectuelle... » (16-11-44).

« ... Cette semaine, anniversaire de Papa ; je songe particulièrement à toi, à nous trois ; sa bague, sa montre avec moi dans la cellule me rappellent le brillant soldat qu’il fut ; peut-être que lui n’aurait pas été un vaincu et n’aurait pas fini la guerre comme prisonnier, mais il aurait été le premier à lutter ; n’est-ce pas sous le nom de Paul, d’ailleurs, que j’ai mené le combat, Paul, ce nom que l’on ne prononce jamais entre nous, mais que tu as su laisser présent à mon éducation... Plus tard, cette obsession du
prisonnier dont la grande ennemie est l’imagination ; tout paraît facile... »

- « ...Les semaines passent l’une après l’autre avec une vitesse effarante -sept semaines déjà que je suis ici. Les jours passent assez lentement car l’étude les remplit, et les semaines semblent vides et rapides car rien ne les  marque... Tu vois, je ne me considère pas comme hors du monde, mais du monde. Et maintenant que je suis en permission, -c’est une vraie permission que d’être  dégagé de ses occupations militaires- j’ai tout loisir de penser à la famille, aux amis, de redevenir le civil qui peut
rendre service et songe à l’état d’esprit de ses proches... Confiance, car la vie reprendra, se reconstruira dans un monde qu’il faut espérer meilleur, dans un monde qu’il faudra créer. Une fois de plus, il faudra jouer sa liberté et sa vie ; mais la liberté par delà la mort restera toujours notre. On ne subit pas la vie, on la fait ; elle est comme on la voit et non comme on la sent : elle est dans le futur et non dans le passé. Vive la vie, elle est bonne... Adieu à C... avant qu’elle ne rejoigne le couvent... elle va connaître la vie avec sa crasse, mais avec son sens et tout en restant libre d’elle-même.
Je la plains de n’avoir pas encore de passé, et je l’envie aussi : ne pas être esclave de son passé... Non seulement la vie est belle, mais nous sommes sur terre pour découvrir Dieu à travers le sensible. Ne sors pas du réel... » (27-11-44).

- « ...L’avenir s’annonce, non pas sombre, mais compliqué. Je m’aperçois ici, au contact d’hommes de diverses opinions, qu’il y aurait moyen de s’entendre si chacun cherchait à exprimer ses points de vue en quelques propositions de base et si, pour nous, catholiques, le clergé consentait à admettre l’évolution d’idées et que toute nouveauté n’est pas un mal... » (6-3-44).


La déportation

Le 25 mars, il quitte la prison d’Orléans en compagnie d’un de ses cousins et de quatre gardiens.
Ils sont internés à Fresnes, dans la même cellule, pendant trois jours, puis séparés. Il dut être transféré au camp de Compiègne à la fin d’avril.
À leur arrivée au camp, il y eut un bombardement sur Paris, La Chapelle et Noisy-le-Sec, et on ramena les prisonniers à Paris une quinzaine de jours.
Le 18 mai. c’est le départ pour l’Allemagne ; on entasse les déportés à 140 dans des wagons à bestiaux. Ils errent pendant huit jours, puis arrivent au camp de Neuengamme, près de Hambourg. Comme ses compagnons, Claude est dépouillé de tout ce qu’il possède encore ; il est revêtu de la tenue rayée des bagnards allemands et on lui attribue le matricule 30.313. Il est employé comme maçon.
Il souffre cruellement de la faim, et son état physique est rapidement atteint. Mais le moral demeure inchangé. Un de ses camarades de camp écrit : « Claude travaillait avec moi, nous étions maçons ; nous nous arrangions très bien. C’était un très bon "copain", aimé de tous ; il était serviable et rendait service chaque fois qu il le pouvait. » (Yves Cuillours).

Il peut écrire deux fois à Orléans, et voici une de ses lettres :
« La vie des Chantiers de Jeunesse m’a déjà habitué à celle d’ici. Bonne santé, avec de bons camarades catholiques. Envoyez des paquets avec des vêtements de travail et de la nourriture. Je pense à tous mes garçons, à mes saintes femmes (grand’mères et maman), et à tous les miens. Je ne suis plus avec ma famille, mais ce temps ne sera pas perdu. Merci pour tous... » (25 juin 1944)

Il fut envoyé dans un Kommando près de Brunswick.
La vie des camps... De multiples témoignages ont appris, depuis le retour des prisonniers, ce qu’étaient les camps de la mort nazis.
La faible santé de Claude ne pouvait lui permettre de supporter cette épreuve... Au mois de novembre, il tombe malade : l’affection la plus commune des bagnes allemands : œdèmes des membres inférieurs. Dès lors, il ne va plus travailler que très irrégulièrement. Il passe la plupart de ses jours à la « chambre chaude », où sont entassés tous les inaptes au travail, avec une nourriture encore réduite, Mais il continue à s’occuper des autres, et notamment de deux jeunes déportés de 14 et 15 ans.  

Le 20 mars 1945, il est transféré, après un voyage de huit jours, au camp de Webbeling, entre  Hambourg et Berlin.
Mais il est perdu, dans un état de faiblesse extrême ; il va pourtant lutter encore pendant de longues semaines. Il est admis à l’hôpital, avec des œdèmes généralisés ; mais, comme il était d’usage, il ne reçoit aucun soin. Un de ses anciens camarades de la lutte clandestine le voit, le 20 avril, allongé au soleil sur une civière. Il espère toujours dans son retour, ne vivant plus que pour cela, avide de savoir ce qui s’était passé à Vengeance depuis son arrestation. (Capitaine Caron).  

Le camp est libéré par les troupes américaines le 2 mai 1945.

Un hôpital est immédiatement organisé dans la ville la plus voisine, Ludwiglust. Claude y est transporté le 3 mai. Le médecin français, le docteur P. Faure, peut enfin lui donner les soins que nécessitait son état ; mais il était trop tard : il a une néphrite aiguë,  avec des complications : pleurésie et insuffisance cardiaque...
Malgré le traitement, il va s’affaiblissant de plus en plus. Le 5 mai au soir, un aumônier français, le Père Audrain, prend  possession de son poste à l’hôpital ; en traversant une des salles, il est appelé par Claude Lerude qui reçoit l’absolution. Il charge le religieux d’un message pour les siens ; il est très courageux. Le 6, il reçoit l’Extrême-Onction, le 7, au matin, il était mort...

Il fut enseveli, sur une place de Ludwiglust, dans  le cimetière créé par les Alliés pour les
déportés.

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