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Romorantin, une ville à l'heure allemande

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Romorantin, une ville à l'heure allemande

Message par Invité le Mer 24 Nov - 21:17

Article tiré du magasine Le Journal de la Sologne n°149 (Printemps 2010)

Par Benjamin Vasset

De 1940 à 1944, Romorantin dut cohabiter avec les troupes d'Occupation et une présence allemande pressante et pesante. Comment les Romorantinais ont-ils vécu ces terribles années ? C'est la question à laquelle a répondu la Société d'Art, d'Histoire et d'Archéologie de Sologne à travers une étude minutieuse, d'une grande richesse documentaire. Récit d'une oppression qu'il fallut surmonter.

A 11 ans, on peut déjà comprendre que l'heure est tragique. En ce 19 juin 1940, Claude Blanchard navigue encore dans cet âge qui hésite entre enfance et adolescence. Pourtant, il voit tout. La défaite, soudaine. La dépossession, durable. Et un indescriptible sentiment de honte lorsqu'il voit arriver « Cette moto avec side-car montée par trois Allemands [qui] sillonnent la grande rue ». Un peu plus loin, à pied, d'autres militaires de la Wehrmacht s’occupent des soldats français arrivant pour se rendre », en cassant leurs fusils à même le trottoir. La France s'écroule. Désormais, Romorantin est occupée. Claude Blanchard revient à la maison, en état de choc.

S'ensuivent quatre ans d'Occupation, et quelques semaines de ressentiments supplémentaires. Quatre ans de privations, de réquisitions, de restrictions. De délation ? Difficile à dire. Il y eut bien quelques cas isolés. Après un attentat commis le 1er mai 1942 qui coûta la vie à un officier allemand, une dizaine de militants ou sympathisants communistes furent arrêtées par les autorités allemandes. Six des otages décédèrent à Auschwitz. Le 26 avril 1944, c'est Georges Footit qui est déporté en Allemagne. Ce réfractaire, détenteur de faux papiers, « a été dénoncé par un habitant de la rue des Verdons ».

Pour le reste, les Allemands n'ont pas besoin d'aides extérieures pour arrêter ceux qui menacent l'ordre public qu'ils instaurent peu à peu. Que ce soit pour vols, propos anti-allemands, transport d'armes, activité communiste, actes de résistance, ou... détention de poste de TSF (quand bien même l'on tiendrait, comme le dénommé Georges Pinon, le magasin Radio Sologne !), les Romorantinais subissent de plein fouet la sévérité de l'appareil répressif d'Occupation.

Les tanks sous la Halle
19 juin 1940. Deux jours auparavant, le maréchal Pétain a insidieusement demandé aux soldats français de cesser les combats. Quelques jours plus tard, Hitler lui fera signer, suprême humiliation, un armistice à l'endroit même où celui de 1918 avait été paraphé (Rethondes). Les troupes de la Wehrmacht se sont enfoncées dans un pays en plein chaos, où chacun, selon l'expression consacrée, a tenté de sauver ses meubles. L'exode. Des véhicules abandonnés un peu partout sur les routes.
A Romorantin, Antoine Charmaison, maire jusqu'en février 1941, relève plusieurs employés municipaux de leurs fonctions ; ils avaient abandonné leur poste le 18 juin sans qu'aucun ordre d'évacuation n'ait été donné.
19 juin, donc. Les Allemands se rendent maîtres de Romorantin. Les premières réquisitions ne se font pas attendre. Du garage de l'Étoile au camp de Pruniers, en passant par les usines Normant qui stoppent leurs activités pendant une semaine, les lourds bruits de
bottes nazies résonnent dans toutes les artères de la ville.
Le 24 juin, le mortifiant spectacle des tanks allemands garés sous la Halle est exposé aux Romorantinais.


La Halle où sont garés les chars allemands.

Au niveau administratif et militaire, l'Occupation se symbolise par la levée du drapeau à croix gammée sur certains édifices. La maison Aillot, place du château, abritera la Kreiskommandantur, c'est-à-dire l'autorité militaire départementale allemande, tandis que l'hôtel d'Angleterre sera le siège de la Soldatenheim, le foyer des soldats.

D'autre part, l'installation de cette administration et de ces troupes venant d'outre-Rhin (entre 800 et 1 200 soldats allemands ont transité plus ou moins durablement à Romorantin) nécessite un bouleversement de la capacité d'accueil de la ville.
Pour Hélène Leclert, l'auteur de la recherche, il s'agit d'ailleurs d'un envahissement. Une solution s'impose : les réquisitions de logements.
Dès l'été 1940, Antoine Charmaison fournit une liste de toutes les maisons romorantinaises susceptibles de loger des officiers. Souvent, celles-ci connaîtront des pillages ou des transformations, comme à l'hôtel du Lion d'Or, où le maître des lieux doit réinvestir près de 35 000 francs à la Libération pour des travaux de rénovation.


L'Hôtel Dieu sera réquisitionné par les allemands le 21 Juin 1940.

L'obligation de se soustraire
Les demandes des Allemands n'attendent pas. D'ailleurs, dès le 2 septembre 1940, les autorités nationales demandent aux premiers magistrats municipaux de collaborer avec la puissance occupante de façon « courtoise et loyale », tout en faisant en sorte que les populations civiles distinguent bien « les ordres qui émanent des autorités françaises et ceux qui émanent des autorités d'occupation ».
Difficile équation que tente de résoudre Antoine Charmaison, un premier magistrat qui doit jongler avec de multiples sollicitations germaniques dans des délais très courts. Hélène Leclert parle à son sujet d'un édile « soucieux de bien faire, subissant parfois avec exaspération les ordres auxquels il doit obéir ».
C'est ainsi qu'il lui faut par exemple trouver dans l'urgence, le 22 juillet 1940, des logements pour 8 sous-officiers, 21 officiers et 7 soldats fraîchement débarqués. Dans des circonstances qui se révèlent exceptionnelles, l'aide qu'apporte Antoine Charmaison aux Allemands est avant tout pragmatique. Révoqué par le préfet, qui, à cette époque, nomme et destitue les maires, il retrouvera d'ailleurs son poste à la fin de la guerre.
À l'instar de l'administration municipale, la police française devait également se plier aux intimations allemandes. Mais « suivre » ne veut pas dire collaborer, et « police » n'est pas synonyme de « milice ».
Comme l'évoque Hélène Leclert, il était impossible pour ces fonctionnaires de « pouvoir se soustraire aux ordres ». Que sous-tendait leur manque de zèle, stigmatisé par la Kommandantur, sinon une certaine forme de résistance passive à l'égard de l'occupant ? De toutes les manières, les missions de cette police romorantinaise restaient conscrites à des actions de proximité : enquêtes sur le marché noir, verbalisation des infractions à la circulation, surveillance en cas d'activisme terroriste...

Les Allemands parlent aux Français
Et les Romorantinais, comment vivent-ils, eux, l'Occupation au jour le jour ?
Ils se trouvent d'abord confrontés à la réalité la plus prégnante de la présence allemande, à savoir la langue.
Avec l'arrivée des premières divisions allemandes à l'été 1940, ils voient fleurir sur les murs de leur cité des affiches d'information en allemand. Un premier contact particulier avec la langue de Goethe : très vite, le sens des mots Achtung (attention), Verboten (interdit) et Tod (mort) est appréhendé par la population locale...
L'Occupation, ce sera aussi s'accommoder des restrictions de libertés. De l'heure du couvre-feu (fixée de 23h à 5h du matin) aux laissez-passer obligatoires pour franchir la ligne de démarcation, la vie des Romorantinais, pendant 4 ans, sera dictée par les réglementations allemandes, qui iront même jusqu'à interdire la présence de drapeaux français lors des enterrements.
On est battu ou l'on ne l'est pas : à Romorantin comme partout ailleurs, les Français doivent textuellement s'adapter à une « heure allemande », qui oblige ainsi Antoine Charmaison à préciser que, le 9 juillet 1940, deux entrepreneurs français doivent être envoyés à la Kommandantur, « à 7h30, heure française ».
Autre habitude née de l'Occupation, la peur des bombardements. Ainsi, toute la ville de Romorantin doit se plier aux formalités de la direction départementale de Défense Passive, basée à Blois. Un système d'alerte, d'abris souterrains (tranchées, caves) et de sensibilisation de la population est mis en place pour minimiser les dangers en vue d'une éventuelle attaque aérienne. Entre le 20 juin 1940 et le 10 avril 1944, aucun bombardement ne viendra pourtant troubler la très relative « quiétude » de la sous-préfecture.
Ceci explique peut-être l'indiscipline grandissante dont font preuve les Romorantinais pendant les alertes au fur et à mesure que la guerre avance. Chacun y va ainsi de son stratagème pour détourner les directives imposées :
« Le mercredi 14 juin 1944, à 10h10, les policiers ont intercepté un habitant de Vernou porteur d'un brassard de la Défense Passive "emprunté pour pouvoir circuler pendant l'alerte" »...


Et pourtant, La vie continue
Malgré le danger direct qui guette un pays occupé, malgré les rationnements en nourriture et en énergie, force est de constater qu'à Romorantin, la vie ne s'arrête pas. Si des manifestations perdurent ou se créent pour « oublier la guerre », comme le dit Hélène
Leclert, certaines activités sont là pour juguler les problèmes liés à celle-ci.
Ainsi, les professionnels de la santé, de l'hôpital-hospice jusqu'aux médecins, en passant par les sages-femmes, les infirmières et le comité de la Croix-Rouge de Romorantin, se chargent de panser les plaies quotidiennes.
En ces temps délicats, un réseau de solidarité, le Secours National, voulu et développé par le gouvernement de Vichy, tâche de rendre l'existence moins insupportable aux plus démunis. Attestation de cette générosité : les collectes de vêtements, la distribution de biscuits, chocolats ou vitamines aux enfants sous-alimentés, ou... les opérations de Parrainage des Vieux.
L'aide aux réfugiés de la part des Romorantinais témoignera aussi de cette entraide qui
fit tache d'huile entre 1940 et 1944.
En dehors de cela, la vie culturelle à Romorantin suit, tant bien que mal, son cours : on joue toujours de la musique grâce à l'action de l'Union Musicale, on se rend aux cinémas apprécier les films qui passent au travers de la censure, comme Hôtel du Nord, en mars 1941. On va admirer les quelques cirques - où, lors d'une représentation, un lion arrache un bras à un officier allemand - qui se produisent encore.
Ainsi, comme le dit un témoin dans l'étude d'Hélène Leclert, « c'était la guerre avec ses privations, ses tickets, et pourtant la vie festive continuait ». Sauf que, en 1942, 3 juifs seront arrêtés, 2 seront déportés et connaîtront un sort identique à 6 millions d'autres israélites. Sauf que, en quatre ans, 52 Romorantinais auront perdu la vie.


Le dernier épisode de l'occupation allemande prendra place , pour Romorantin, en Septembre 1944 avec le passage de la colonne du général allemand Elster, qui rencontrera les envoyés des forces américaines pour poser les conditions de sa reddition.


Major General nazi Erich Elster, entouré de son Etat Major, discutant des termes de sa reddition et de ses 20000 hommes avec le Lt. Col. J. K. French, à Romorantin le 15/09/1944









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Re: Romorantin, une ville à l'heure allemande

Message par Invité le Mer 24 Nov - 23:53

Très belle article! cat

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Re: Romorantin, une ville à l'heure allemande

Message par Fab le Jeu 25 Nov - 22:14

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photos prises à Romorantin lors de l'occupation allemande.
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