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La campagne de France en 1939 et 1940 à CHALETTE SUR LOING et aux environs de MONTARGIS - 1939/1940

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La campagne de France en 1939 et 1940 à CHALETTE SUR LOING et aux environs de MONTARGIS - 1939/1940

Message par Fab le Ven 29 Oct - 11:28

I - LA GUERRE DE 1939

Samedi 26 Août. - On apprend, dans l'après-midi, que « les régiments de couverture » (affiche n° 6) sont appelés. L'Abbé Burget, Vicaire à Montargis, est averti au confessionnal. Il revêt aussitôt son costume d'officier et vient dire au revoir à l'un de ses amis « ou plutôt adieu, car je ne reviendrai pas... J'ai offert à Dieu ma vie pour les militants d'Action Catholique et j'ai senti qu'Il l'avait acceptée »!

Mercredi 30 Août. - Des familles de Lorraine ou de Paris arrivent en auto et cherchent un logement.

Vendredi ler Septembre. - La radio du matin annonce que les Allemands viennent d'attaquer la Pologne. Dans la rue, par petits groupes, on commente les événements.

Samedi 2. - C'est la mobilisation générale ! Des centaines d'hommes -s'arrachent à leurs familles en pleurs, et partent...

Dimanche 3 - A partir de 17 heures, nous sommes « en état de guerre ». Une compagnie qui monte au front, couche dans la Salle Ozanam , sur la paille ; les officiers ne veulent pas croire au conflit et espèrent encore que tout s'arrangera.

Lundi 4 Septembre. - Sur les 10 heures, la sirène d'alerte retentit et beaucoup sont persuadés que les avions allemands viennent pour bombarder Langlée ; les ouvriers ont tous fui dans les champs.
Le bruit circule, une heure après, qu'il y a de nombreuses victimes à l'usine; en fait, ce n'était qu'une fausse alerte.

Mercredi 6 Septembre. - A 11 heures du soir, 150 évacués de Montreuil-sous-Bois arrivent à la Salle Ozanam et vont coucher sur la paille, jusqu'au lundi 11 ; ils ont quitté leur logement très vite en entendant la mitrailleuse d'un avion et ils sont ici avec très peu de vêtements. Ils mangent quelques jours à l'école des filles. Puis, la municipalité les loge en diverses maisons : quelques-uns sont corrects et délicats, mais d'autres sont exigeants; et ceux qui les ont acceptés avec charité les voient repartir avec joie. La plupart retournent chez eux en octobre et novembre. Quelques-uns resteront jusqu'à l'exode.

Jeudi 14 Septembre. - En la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, l'Abbé Burget tombe en terre sarroise. Il avait reçu l'ordre d'avancer avec ses hommes, en territoire ennemi. Arrivant devant un champ de mines, il voulut les désamorcer lui-même pour ne pas exposer ses soldats. Il réussit pour plusieurs. L'une qui éclata le blessa légèrement, il refusa d'aller à l'arrière pour être pansé et il continuait sa tâche quand une autre mine sauta et le tua net.

Dimanche 7 Octobre. - Sous la présidence de Monseigneur l'Evêque, un service de Requiem est célébré dans l'église de Montargis, pour l'âme de l'Abbé Burget. Il est le premier prêtre tué, de France, et la première victime de la guerre, du Loiret.

Octobre-Avril. - La guerre continue, sans incidents sur le front français. « La drôle de guerre », disent les gens ! Des prisonniers politiques et des civils allemands sont internés à la verrerie de Cepoy .
Trois Châlettois, mobilisés, meurent de maladie : MM. Ludovic Garnier, Creuzet et Arliguie.


II. - L' EXODE

10 Mai 1940. - Les Allemands attaquent la Belgique. A 5 heures du matin, on entend le bruit d'un avion allemand et le-tac-tac d'une mitrailleuse.

11 Mai.- A 11 heures du matin, tout-Montargis est remué par l'éclatement de deux bombes qu'un avion lâche à Saint-Firmin-des-Vignes.

13 Mai. - Des réfugiés belges arrivent en auto.

24 Mai. - Deux à trois mille réfugiés sont au stade, couchant dans les sous-sols du vélodrome et dans les classes de l'école de plein air. D'autres sont à Châlette, dans les baraquements qu'on vient d'installer, route de Paris. Ce ne sont plus des Belges, mais des gens de l'Aisne et de la Marne.

4 Juin. - Bombardement de la région de Paris.

Lundi 10 Juin. - Les réfugiés qui arrivent sont maintenant de la région nord de Paris. Des troupes aussi évacuent et certaines s'installent deux jours à la Salle Ozanam. Des Montargois et Châlettois commencent à partir.
Paul Reynaud annonce l'entrée en guerre de l'Italie. Rouen est pris. Dans la bataille qui dure depuis un mois, bien des soldats sont tombés vaillamment. Citons les Chàlettois :
Alix Prangé, mort dans les eaux de Norvège, Pierre Renoux, tombé à Dunkerque ; Gustave Dumet et René Malissard, blessés mortellement en Champagne. M.Joblet-Duval, du Château de Lancy.
Citons également les soldats tués, de Vésines : MM.Jean Guigneno, Robert Isselin, Robert Klein, Robert Jumeau, Paul Boitte, Jean Moura, Paul Dieudonné, René Dumas et Octave Bailly.

Vendredi 14 Juin. - La radio de midi apprend que les Français ont abandonné Paris et que les troupes se replient en « bon ordre » sur la Loire.
Dans l'après-midi, Langlée paie ses ouvriers, donne un pneu à chacun et annonce que les bureaux sont évacués à Limoges . La gendarmerie, la police, les administrations, les banques ont l'ordre de partir.
Toutes ces nouvelles provoquent un affolement général. Beaucoup essaient de prendre un train et attendent des heures sur la place de la gare. D'autres ont surchargé leurs automobiles de matelas et de linges. D'autres partent en vélo ou à pied, en poussant une remorque. D'autres enfin obtiennent la permission de monter sur un camion militaire ou sur un bateau du canal.
Hélas, sur ces routes de l'exode, certains Châlettois vont beaucoup souffrir. Plusieurs vont mourir de fatigue ou d'émotion, comme M.Vareigne et M.Aymon. D'autres seront blessés, comme M.Camus et Mlle Simone Mandroux. D'autres, enfin, seront tués par les avions italiens qui tirent sans pitié, sans faire attention aux femmes et aux enfants. C'est ainsi que tombent M.Suard, Mme Houy, sa mère, Mlle Bellemont, la fille de son associé et Mlle Suzanne Perly. Du Lancy : Mme Cousin et M.Roland Lefèvre. De Vésines : Mme Robin, MM. Lagarde et Choulga.
Une Jociste de Montargis est tuée par la mitrailleuse d'un avion, en allant chercher du lait pour des enfants.

Samedi 15 Juin. A 1 heure du matin, les mairies reçoivent l'ordre d'évacuer les enfants, les malades, les vieillards. A 3 heures du matin, le garde-champêtre de Cepoy circule avec sa sonnette pour avertir les gens ; à Montargis. l'ordre est affiché.
Toute la nuit, les réfugiés n'ont cessé de passer, en pleine obscurité, dans une cohue épouvantable de camions et d'autos, de cyclistes et de piétons.
Au matin, la plupart des maisons sont désertes et les magasins fermés pendant que l'incendie d'un dépôt d'essence, près de Saint-Gobain, fait monter vers le ciel un opaque nuage noir. Dans l'après-midi, à diverses reprises, des avions allemands mitraillent ça et là les convois militaires et lancent des bombes autour de Montargis : vers midi, une première vague d'avions jette une vingtaine de bombes, à midi 45, une deuxième vague en laisse tomber de 35 à 40. A 16 h. 1/2, les balles des mitrailleuses sifflent au-dessus des maisons de la rue Kléber et un éclat de fusée tombe dans la venelle Emile-Zola. A 17 h., les tirs sont surtout fournis du côté de Ferrières et Mignères.
Parmi les réfugiés qui descendent sans arrêt de la région parisienne, beaucoup n'en peuvent plus et cherchent un refuge dans les baraques de la route de Paris ou dans les maisons abandonnées. Certains s'arrêtent surtout pour voler et pendant trois jours, nous assistons, souvent impuissants, au pillage des magasins et des maisons particulières. Que ces réfugiés aient pris la nourriture qui leur était nécessaire, que les soldats aient cherché des costumes civils pour n'être pas prisonniers, tout cela se concevait et n'était plus un vol mais quand ils s'emparaient du linge, des draps ou des bijoux des autres, il n'y avait aucune excuse.
Citons un fait rare : une famille s'installe dans une maison de la rue Lazare-Carnot et y demeure 8 jours. En repartant, elle laisse sur la table une lettre d'excuse et de remerciements, ainsi qu'un billet pour payer le lapin et les légumes qui ont été mangés.
Samedi midi, la D. C. A. qui est à Mignères tire sur les avions qui passent. Ceux-ci descendent pour mitrailler, pendant que les gens entassés dans les trains qui stationnent en gare, se cachent sous les wagons ; mais voici que l'un de ces trains s'ébranle : deux ou trois personnes sont écrasées ; une dizaine sont mutilées et dirigées sur l'hôpital de Montargis.
Vers 17 heures, deux pillards sont fusillés par la police de la route.

Dimanche 16 Juin. -La matinée est assez calme. Toutes les boulangeries de Montargis et Châlette sont fermées, mais quelqu'un a eu l'idée, le samedi soir, d'aller jusqu'au camp de Mignères et a constaté qu'il y a là des milliers de boules de pain abandonnées.
Vers midi, après le passage d'un dernier train, le pont du canal, à Bûges, sur la ligne de Corbeil, saute.
Dans l'après-midi du dimanche, des hommes de bonne volonté, de Montargis, Vésines et Châlette, vont plusieurs fois à la station de Mignères. C'est un spectacle assez pittoresque de voir dans la même benne municipale des prêtres et des laïcs qui n'ont pas précisément les mêmes idées ; ils sont tous unis par le même désir de rendre service. Ils rapportent du pain, du chocolat, des conserves qui seront distribués au Foyer Jociste de Vésines, dans la cour Ozanam, à la Salle Lavigerie.
Vers 16 heures, des tanks allemands sont à la limite de Montargis, route de Courtenay: des gens qui les aperçoivent les prennent d'abord pour des Anglais et leur font fête...
A 16 h. 30 exactement, le premier tank entre sur la Place des Bénédictines, à la Chaussée, suivi immédiatement de six autres. L'officier qui dirige ce premier tank tire en l'air trois coups de revolver en criant : « Heil Hitler- ». puis s'adressant aux femmes apeurées : « Ne craignez pas, Mesdames, leur dit-il, il ne vous sera fait aucun mal, mais rentrez chez vous... »
Les soldats qui sont autour de la place, épuisés de fatigue, se rendent sans combat : un seul cherche à fuir en vélo dans la rue de Châteaurenard ; une rafale de mitrailleuse le blesse grièvement et il s'effondre dans un bâtiment attenant à la maison de M. Sassier.
Vers 17 h. 1/2, les tanks repartent tandis que les premiers se dirigent vers la mairie, les autres inspectent le quartier : la rue de Châteaurenard, la rue Paul-Doumer, l'avenue Cochery et la rue Carnot, où ils surprennent près de 200 soldats... Dans la soirée, !es prisonniers sont enfermés pour la plupart dans l'école maternelle de la Chaussée (les jours suivants on les met à l'église Sainte-Madeleine). D'autres troupes motorisées, venant du chemin latéral et du stade, descendent le pont de la forêt où un nègre, caché près de la pâtisserie Hurier, se défend jusqu'au bout.
Pendant ce temps, les tanks qui s'avancent vers la mairie s'arrêtent sur le pont du «Vieux Saint-Charles» ; le ler tank lance un obus qui s'engouffre avec fracas dans la maison de Mme Guillaume et presqu'aussitôt un 2ème obus balaie le pont du.canal, tuant deux soldats et blessant une vieille dame de la rue du Pont-de-l'Ouche, Mme Bonnesson. Celle-ci, inquiète de ne pas voir rentrer son mari, était partie le chercher et ils revenaient tous deux quand l'obus la blessa mortellement, et lui légèrement. L'officier qui commande ce premier tank avance lentement ; un instant, il met en joue M. Proust, le ferblantier, qui était à sa fenêtre, fumant sa cigarette ; un peu plus loin il mitraille un soldat qui est sur le pont de la Mairie et un autre qui essaie de fuir sur le Loing.
Un nouvel épisode est à placer rue de Vaublanc et sur le pont de la Société Générale ; il y a, là aussi, une salve de mitrailleuse et quelques coups de fusils ; un noir et une fillette de trois ans sont blessés mortellement.
Vers 19 heures, il y a un court combat à la Gloire, où arrivent presqu'en même temps un tank venant du Pâtis et une auto-mitrailleuse allemande débouchant de la rue Kléber ; des officiers aviateurs français tirent sur le tank qui répondit ; l'automitrailleuse tire 2 ou 3 fois ; des fantassins allemands jettent quelques grenades, des obus passent au-dessus des têtes et un avion allemand, rasant les toits, surveille la scène... Quand tout fut terminé, quelques automobiles brûlaient ; un cheval, un mulet et quelques moutons jonchaient le sol ; à l'entrée de la rue Gambetta, un des officiers aviateurs a été tué et sur la route de Paris (à la limite de Châlette) un soldat et une vieille femme, Mme Declacquemont, sont également tués, un autre soldat blessé. Des traces de balles ou d'obus se voient longtemps à l'entrée de la maison de M. Cherbuy, sur la mosaïque du magasin de M. Couté, dans les glaces de celui de M. Guénichot et sur le socle de la statue de la Gloire.
L'auto-mitrailleuse repart par la rue Gambetta et autres rues de Châlette ; des échanges de coups de feu ont lieu alors dans la prairie que longe la rue Lazare-Carnot. Des tanks, des cavaliers et des fantassins allemands circulent un peu partout dans Montargis, poussant quelques pointes dans Châlette.. Un homme est tué près du Garage Renault, un soldat près du Pont de Puiseaux... A 16 heures, quelques avions ont mitraillé des convois militaires sur la route de Paris.
Ce qu'il faut signaler encore, c'est le combat de tanks qui a lieu près de l'église de Vîllemandeur, vers 18 h. 30. trois petits tanks français se placent en chicane, en face le presbytère, pour barrer la route d'Orléans à douze tanks allemands. De part et d'autre, il y a rafales de mitrailleuses et échanges d'obus, dont les maisons voisines portent quelques traces. Après 20 minutes de combat, un officier et un cycliste français sont abattus et les autres se rendent. Quelques centaines de mètres plus loin, deux nègres ayant tiré, la mitrailleuse donne : sept soldats sont tués ainsi qu'une femme et une jeune Martiniquaise.
Dans la soirée et toute la nuit, on entendit des coups de feu ; le canon tonnait au sud de Montargis, et les ponts de Cepoy, de Bûges, de Ste-Calherine sautent ; on se demande avec inquiétude ce que sera le lendemain, mais les troupes françaises sont trop épuisées et désorganisées pour accepter la bataille ; 400 soldats qui se sont groupés autour d'un lieutenant et qui passent la nuit route de Paris, auprès du centre d'accueil , se constituent prisonniers le lendemain.
Signalons encore quelques détails du dimanche : vers 16 heures, un avion allemand lança 3 bombes sur un détachement militaire qui passait dans Puy-la-Laude : l'une tomba dans la fontaine, une autre dans la prairie, la 3e éclata sur la route mais sans faire de victimes. Dans la soirée, les soldats cantonnés à Cepoy faisaient sauter le pont du canal pour retarder l'avance ennemie et l'explosion endommageait les maisons voisines. C'était peine inutile, car le lendemain, à 11 heures, les Allemands arrivaient à Cepoy... venant de Girolles.
Au moment où les Allemands arrivaient dans la Chaussée, une dame se dirigeait en auto sur la Fondation ; en apprenant que les tanks ennemis étaient tout près, elle essaya de tourner mais une salve de mitrailleuse sur les roues immobilisa l'auto. Diverses personnes qui étaient rue de Loing, près de l'église, virent passer, vers 17 h. 1/2, 24 tanks aIlemands qui tournèrent à la rue Gambetta. Une demi-heure après, c'étaient 3 tanks français qui essayaient de gagner la route d'Orléans : ce sont eux, sans doute, qui furent attaqués et défaits à Villemandeur.
A la même heure, un jeune religieux, sergent de chasseurs, venait de Bois-le-Roi et de Paucourt, à la tête du « train de combat » de son bataillon, composé de 12 voitures et de 25 hommes. Vers 17 h. ils arrivaient au stade quand ils aperçurent une auto-mitrailleuse allemande. Aussitôt ils font demi-tour et au carrefour de l'Etoile ils prennent, à travers bois, la direction de Cepoy, n'ayant pour se guider que la carte d'un calendrier des postes. Par le Carrefour du Renard, ils atteignent le passage à niveau qui est au nord de la balastière Lemaire : ils traversent la route de Paris, prennent le chemin de la Mauviette et gagnent successivement le Petit-Lancy, Cepoy, la route de Bûges, Corquilleroy et Gondreville, où ils arrivent à 21 heures.
Au sortir du village, ils voient flamber une partie des magasins de Mignères. Par Villevoques, Moulon et Ladon, ils sont vers 3 heures du matin au pont de Presnoy, le seul pont où l'on puisse encore traverser le canal d'Orléans. Lorsqu'ils arrivent aux Bordes, vers 5 heures du soir, on leur dit que le pont de Sully est sauté ; ils décident alors de traverser Gien, mais quand ils entrent dans Ouzouer, les Allemands, qui sont cachés dans les maisons, les reçoivent à coups de mitrailleuses : un des soldats tombe ; pendant une demi-heure le combat continue à la nuit tombante. Le jeune sergent espère encore s'échapper, mais au petit jour il s'aperçoit que les Allemands les entourent de tous les côtés il leur faut se rendre.

Le Lundi 17 Juin, les combats vont continuer dans la région nord-ouest de Montargis. Les troupes allemandes qui, le dimanche après-midi, ont occupé Beaune-la-Rolande et Corbeilles, reprennent le lundi matin leur marche en avant et se heurtent à la 41e Division d'Infanterie Française. Celle-ci devait se replier sur Châtillon-Coligny et Briare, mais le général Bridoux, qui se sentait encerclé à Bazoches-sur-le-Betz, donna l'ordre de changer de direction.
Dans la nuit du 16 au 17, la division passa le Loing sur les ponts, de Dordives et de Souppes. Pour atteindre la Loire à Sully, un seul pont restait libre : celui de Presnoy (ceux de Bûges, de Cepoy et Sainte-Catherine ayant sauté le dimanche à 20 heures). L'artillerie de la division (13e et 213e) fut chargée de le défendre. L'infanterie était formée des 101, 103, 104 R. I., d'une Partie du 8e chasseurs pyrénéens et d'un régiment formé à Aschères avec des permissionnaires. Elle manquait de moyens de transport.
De Château-Landon, la division descendit sur Préfontaines, Treilles, Gondreville. Des reconnaissances avaient signalé le Q.G. allemand à Sceaux, des troupes à Corbeilles et, en fin de matinée, à Ladon : un groupe de motocyclistes fut chargé d'enrayer leur marche. Le général aurait voulu aller à Lorris pour pousser son artillerie sur la Loire, mais son chauffeur fut tué à 800 mètres de Gondreville. Revenu à pied au village, il en organisa la défense, et les issues furent barrées.
Deux sorties furent tentées : l'une, sur la route de Gondreville à Villevoques, échoua : un officier d'artillerie y fut tué.
Deux bataillons du 101e passèrent entre la station-magasin de Mignères et le Parc du Génie ; ils eurent quelques tués dans les bois de Villevoques et furent faits prisonniers à Chevry (sur St-Maurice).
L'artillerie allemande, installée à Treilles et à Girolles, commençait à bombarder Gondreville : quelques maisons et l'église furent atteintes. Il était 5 heures du soir. Pour éviter un massacre inutile, le général se rendit. Il y eut environ 4.000 prisonniers, dont plus de 2.000 à Gondreville.
Un jeune prêtre fut tué à Préfontaines.
À Corquilleroy, le lundi à 9 h., deux soldats allemands en vélo traversent le bourg presque vide, allant vers Gondreville ; d'autres arrivent une demi-heure après en auto et en vélo. Sur la route de Château-Landon, au hameau de la Vieille-Poste, trois pièces d'artillerie sont mises en position et tirent sur Gondreville où se trouvent encerclés les Français de la 4le division. Au hameau des Héraults, entre la route de Château-Landon et celle de Gondreville, les Allemands s'installent dans deux fermes, montent dans les greniers, retirent quelques tuiles et placent leurs mitrailleuses. Le bois de Tirepeine et les boqueteaux qui bordent la route de Gondreville sont harcelés.
Vers 16 heures, la bataille est finie. Près de la mare des Tonneliers, les Allemands rassemblent 7 à 800 prisonniers cernés dans les bois environnants ; ils les groupent ensuite près du monument aux morts et dans l'église. Au cours de ces combats, un officier allemand et 8 soldats sénégalais sont tombés.
L'artillerie allemande bombarde surtout Gondreville, mais quelques obus sont également dirigés sur Villevoques où plusieurs maisons sont atteintes. Pendant qu'une vieille dame, Mme Deplaix, est cachée toute tremblante dans sa cave, un obus écrase sa grange et remplit de projectiles tout l'intérieur de sa maison. C'est aux alentours de midi.
Vers 11 h. 30, les Allemands étaient à Bûges et à Cepoy ; un civil, étranger à Vésines, qui était venu regarder sur le pont de Bûges, fut tué par la sentinelle allemande. Puis, vers 12 h. 30, Vésines subit un bombardement de sondage qui, Dieu merci, ne fit aucune victime. Trois obus tombèrent sur la maison de M. Julien, un sur l'épicerie Laumel, et trois autres sur le chemin du Bouy, tout près de la chapelle, et à quelques mètres de la première pierre de la nouvelle église...
L'après-midi du Lundi, Vésines était occupé comme l'était déjà Châlette et Montargis.
Il y eut un court combat au Petit-Lancy en fin de soirée. Il pouvait être 17 heures quand les Allemands, qui étaient à la recherche des soldats français, en aperçurent quelques-uns dans le chemin de la Mauviette (chemin qui prolonge la rue Camille-Desmoulins et relie le chemin des Sables à la route de Paris). C'était surtout des Noirs commandés par un chef français et installés en face la « Suiferie », dans la carrière et le petit bois. Tout de suite, la mitrailleuse donna et le combat dura peut-être une demi-heure. Sentant la résistance inutile, le chef français décida de se rendre, ainsi que la plupart des soldats ; quelques Nègres ne voulurent rien savoir et réussirent à se cacher dans les bois où, pendant une huitaine de jours, on les aperçut terrés dans leur trou et avides de se procurer un peu de nourriture. Après le combat on retrouva le cadavre d'un civil à l'entrée du chemin de la Mauviette, et le corps de deux soldats français dans le parc du château de Cepoy.
Pendant ce temps, que devenait l'agglomération montargoise ? Des Allemands circulaient partout, l'arme au poing, pour arrêter les soldats français. Le ravitaillement devenait plus difficile car les ponts de Sainte-Catherine, de Bûges et de Cepoy étaient sautés. Un camion allait à Mignères, où il était rempli de boules de pain et au pont de Bûges, par la passerelle, le pain était transporté du camion à un autre.
Dans la matinée du lundi, un conseil de guerre se tient au Cercle Lavigerie pour parer aux besoins les plus urgents : M. Mazet se charge de la question de l'eau, M. Dumoutiers accepte de faire enterrer les 30 ou 40 morts qui gisent un peu partout. M. le Curé de Montargis prend le problème du pain, il fait le tour des boulangeries et dans la journée, plusieurs sont en état de marche. Enfin M. l'Abbé Foucher se charge de rouvrir l'hôpital où commencent à affluer des blessés français et allemands. Il fait appel au dévouement du docteur Chadli et il demande à des soeurs enseignantes, qui ont échoué à Montargis, de devenir infirmières pour une huitaine de jours.
A Châlette, il y a surtout des réfugiés qui se sont installés dans les maisons, au Centre d'accueil et plus de 150 dans la Salle Ozanam.
Peu à peu, ces réfugiés vont repartir chez eux ; il n'y a pas de train, mais on monte dans un camion qui passe ou l'on prend place dans le service d'autos que des Arméniens débrouillards ont organisé.
Peu à peu, les Châlettois qui ont fait l'exode reviennent, mais ceux qui sont allés de l'autre côté de la ligne de démarcation doivent attendre le bon plaisir des Allemands et certains ne pourront rentrer qu'en août ou septembre.

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