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LE CAMP DE FRETEVAL

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LE CAMP DE FRETEVAL

Message par Invité le Lun 25 Oct - 1:23

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L'EXTRAORDINAIRE AVENTURE DE LA FORÊT DE FRÉTEVAL MAI - AOUT 1944

"Le présent opuscule a pour but de faire connaître à la nation, une des aventures les plus extraordinaires de la dernière guerre. La modestie des nombreux membres de la Résistance du Loir-et-Cher et de l'Eure-et-Loir qui y ont participé, a seule empêché jusqu'à présent la publication de ce fait d'armes unique dans les annales de la guerre. Unique il l'est dans bien des points. Plus de cent cinquante aviateurs alliés, Américains, Anglais, Canadiens, Australiens, Sud-Africains, Néo-Zélandais et Belges ont vécu dans des camps parfaitement organisés en pleine France occupée dans la forêt de Fréteval, entre Vendôme et Cloyes pendant plusieurs mois au nez et à la barbe des troupes ennemies. Ces aviateurs dont les appareils avaient été abattus au-dessus des territoires occupés représentaient la valeur de quatorze escadrilles de chasse. Ils reprirent après la Libération, leur place dans les unités combattantes. Ce fut sans aucun doute un appoint précieux à la victoire finale. Unique encore, le fait que cette opération, qui nécessitait le concours de très nombreux membres de la Résistance, fut restée absolument secrète au point que les habitants des villages entourant la forêt ignorèrent, jusqu'aux derniers jours, la présence de cette véritable armée alliée à proximité de chez eux. Unique enfin et combien réconfortant pour les responsables de savoir qu'au cours des mois qui s'écoulèrent jusqu'à l'achèvement heureux de la mission, la perte d'aucune vie humaine n'a été à déplorer aussi bien dans les rangs de la Résistance que dans ceux des aviateurs alliés. C'est l'historique succinct et véridique de cette aventure héroïque que nous vous proposons ci-dessous. Toutes les personnes qui y ont participé sont citées sous leur véritable nom afin qu'elles puissent en témoigner.

LE RAPATRIEMENT EN ANGLETERRE DES AVIATEURS ABATTUS

Pendant toute la durée de la guerre, et ce, à partir de 1941 où les raids alliés au-dessus des territoires occupés et de l'Allemagne commencèrent à s'intensifier, le grand souci de l'État-major fut de pouvoir récupérer ces spécialistes indispensables qu'étaient les aviateurs alliés dont les appareils se trouvaient abattus en cours de mission et qui parvenaient à s'échapper. Un service spécial appelé « M.I. 9 » (Military-Intelligence 9) fut créé au sein de l' « Intelligence Service » et reçut pour mission d'organiser conjointement avec la Résistance locale des différents pays et par l'intermédiaire d'agents envoyés d'Angleterre, des filières d'évasion et de rapatriement vers les Iles Britanniques. Une de ces filières, dont tous les membres étaient Français et Belges, portant le nom de « Comète » fut la plus importante et parvint à reconduire au combat des centaines d'aviateurs. Le processus de rapatriement des aviateurs était le suivant : ils étaient d'abord recueillis par des habitants de la région prenant de ce fait d'énormes risques. Grâce aux réseaux d'information créés par la ligne « Comète » ces personnes étaient bientôt connues. « Comète » prenait alors en charge le ou les colis (c'était le nom employé pour désigner les aviateurs ainsi récupérés) et les acheminait vers des centres tels que Liège, Bruxelles, Lille ou Reims. Ils étaient ensuite regroupés dans la région parisienne avant d'être conduits à la frontière espagnole, que des guides spécialisés leur faisaient franchir. Ils gagnaient ensuite Gibraltar ou Lisbonne. Des avions de transport de la R.A.F. terminaient enfin le voyage. Tous ces déplacements, combien dangereux étaient effectués presque uniquement par voie ferroviaire et sous la conduite de convoyeurs dévoués, Français et Belges, beaucoup de ceux-ci payèrent de leur liberté et souvent de leur vie l'aide précieuse qu'ils apportèrent aux aviateurs. En janvier 1944 cependant, lorsque la date et le lieu du débarquement furent connus de certains initiés, le « M.I. 9 » eut à faire face à de nombreux problèmes. Il était évident en effet, que les attaques qui allaient se concentrer sur les moyens de communication en France occupée désorganiseraient complètement les chemins de fer, arrêtant ainsi le transport d'aviateurs vers la frontière espagnole. Nul ne savait quel serait le comportement des autorités allemandes, au moment du débarquement et il était à craindre une surveillance renforcée de la police et même peut-être l'incarcération des hommes valides. En outre, les membres de la ce moment d'autres tâches vitales à Résistance qui, en grande partie formaient le noyau des convoyeurs auraient à accomplir. Il fut donc décidé de concentrer les aviateurs récupérés dans un lieu, assez proche des côtes normandes, où les pertes en personnel navigant allaient être lourdes. La région déterminée par un triangle formé par les villes de Vendôme, Le Mans et Chartres devait servir de terminus aux différentes lignes d'évasion organisées. La proximité des plages de débarquement permettait d'espérer que la Libération se ferait dans les plus courts délais, réduisant ainsi les risques. Pour mener à bien cette délicate mission un officier aviateur belge, Lucien Boussa alias « Cousine Lucienne », servant dans les rangs de la R.A.F. depuis le début de la guerre, fut pressenti par le « M.I. 9 ». Ce choix avait été dicté aux autorités de l' « Intelligence Service » par le fait que cet officier parlant français était parfaitement au courant de tout ce qui concernait la R.A.F. et avait donc la possibilité de déceler les éléments douteux qui auraient pu s'infiltrer dans les lignes d'évasion et faire échouer tout le plan prévu. Après avoir suivi pendant trois mois une instruction spéciale, Lucien Boussa, à qui il avait été adjoint un opérateur radio, François Toussaint, quitta l'Angleterre par un aérodrome proche de Londres et après différentes péripéties parvint à Paris le 13 mai 1944. Le débarquement était proche, il n'y avait plus de temps à perdre. A son arrivée à Paris et ainsi que le prévoyaient ses instructions, l'officier belge se mit en rapport avec l'un des responsables de la ligne « Comète », le baron Jean de Blomaert, qui entra dans la clandestinité en 1940. Toujours insaisissable il opérait sous plusieurs noms d'emprunt, ce qui lui valut de la part des Allemands le surnom de « Renard ». En avril 1944, de Blomaert se rendit à Londres où il mit au point le réseau d'évasion avec les chefs du « M.I. 9 ». Ensuite il rentra en France ayant pour mission de rassembler les aviateurs dans les zones dominées par le maquis d'où les fugitifs pourraient être acheminés petit à petit vers la Bretagne, de là en Angleterre par bateau. C'est à ce moment que Lucien Boussa, parti d'Angleterre, arriva à Paris, porteur d'un urgent contre-ordre des services secrets britanniques « L'invasion est proche, n'évacuez plus les aviateurs. Cachez-les sur place».


Jean de Blommaert

POURQUOI LA FORÊT DE FRÉTEVAL ?

Par l'intermédiaire des responsables de la ligne « Comète », Lucien Boussa entra en contact avec le chef départemental des Forces Françaises de l'Intérieur d'Eure-et-Loir « Sinclair » (Maurice Clavel). Ce dernier venait de prendre le commandement et ignorait les possibilités offertes par les groupements de résistance placés sous ses ordres. Il sollicita l'avis du responsable du bureau des « Opérations aériennes », André Gagnou alias Legrand (nommé maire de Chartres à la libération), et de deux chefs du « Mouvement Libération », Pierre Poitevin dit « Bichat« et R. Dufour alias « Duvivier ». Ces derniers conseillèrent à « Sinclair » de s'adresser à « André » (Omer Jubauit), responsable militaire de « Libé Nord » pour la région de Châteaudun. Cet homme allait se réveler la clef de l'organisation à créer de toute pièce ainsi qu'un collaborateur loyal et dévoué. Gendarme à Cloyes depuis 8 ans, sur le point d'être arrêté pour ses actions clandestines contre l'occupant, il avait quitté sa brigade (le 10 janvier 1944) en compagnie d'un de ses collègues, Robert Hakspille dit « Raoul ». Tous deux avaient été prévenus de leur arrestation imminente par Jean-Felix Paulsen de Châteaudun, qui régla par la suite le montant de leurs mensualités jusqu'à la Libération. Ces militaires recherchés pour désertion avaient réussi en quelques mois à grouper de nombreux résistants. Ils connaissaient parfaitement la région et le degré de patriotisme de tous les habitants. Changeant chaque jour de refuge, ils furent hébergés par de nombreux patriotes. Prévoyant les opérations que leur groupement serait amené à effectuer au moment de la Libération, ils avaient contacté tous les propriétaires et les gardes de la forêt de Fréteval, repéré différents emplacements dans les bois, comprenant des points d'eau, des caches d'armes, qui pourraient servir pour constituer des maquis, demandé le concours des fermiers, meuniers, boulangers des environs pour le ravitaillement. Aussi lorsque Jubault fut convoqué au poste de commandement de « Sinclair » à Boisville (Eure-et-Loir) et fût mis au courant de ce qu'on attendait de lui, il accepta la mission qui lui était confiée en priorité, sur les actions de harcèlement projetées contre l'ennemi et, le 18 mars 1944, l'officier de la R.A.F., Lucien Boussa, son opérateur radio, François Toussaint, accompagnés de « Sinclair » et de Sylvia Montfort, prirent le train à destination de Châteaudun. A la gare, les attendait un groupe de résistants, composé de Omer Jubault, Maurice Serun, Lucien Bézault et Robert Poupard. L'attente fut longue, le train bombardé en cours de route avait trois heures de retard. Les quatre voyageurs annoncés en descendirent. C'est vers quatorze heures, sous un soleil de plomb, que le petit groupe, muni de bicyclettes, partit en direction de la forêt de Fréteval, distante de vingt kilomètres. Une halte avait été prévue dans les bois de Montigny-le-Gannelon, où Joseph Neillier, restaurateur dans cette localité, apporta un casse-croûte. Le repas achevé, la petite troupe échelonnée se remit en route. Elle arriva sans encombre chez Hallouin, garde-chasse du Marquis de Levy-de-Mirepoix, au lieu-dit « Bellande », commune de Villebout (Loir-et-Cher). Le pavillon du garde, caché derrière un petit bois, était un lieu idéal, pour abriter un agent secret : Lucien Boussa s'y installa. Par mesure de sécurité, Jubault conduisit l'opérateur radio à 10 kilomètres de là, chez le docteur Chauveau, à Moulineuf, commune de Romilly-sur-Aigre. La liaison allait être assurée par Ginette Jubault et son frère Jean, enfant de troupe à l'école de Tulle, qu'il avait abandonnée pour aider ses parents; Mme Jubault servant de relais à l'organisation clandestine de son mari.



LES DIFFICULTÉS

Au cours de la semaine qui suivit l'arrivée du colonel Boussa, trente aviateurs récupérés furent confiés à la nouvelle organisation. Hébergés à Paris, chez des patriotes qui ne pouvaient plus les nourrir, il fallait les évacuer d'urgence vers la campagne où, avec de l'argent, il était possible de se procurer lait, beurre, oeufs, viande, farine et légumes chez les agriculteurs. Il est difficile d'imaginer, pour ceux qui n'ont pas connu cette époque, ce qu'était la vie en France sous l'occupation allemande. Tout était rationné en quantités nettement insuffisantes. Se nourrir, se chauffer, se vêtir, se déplacer, en un mot chacun des éléments de la vie quotidienne posait à chaque instant d'insolubles problèmes. On ne connaissait plus ni le café, ni le riz, ni le chocolat. Le vin n'était distribué qu'aux travailleurs de force. Pas de combustible, pas d'essence. Imaginez alors les difficultés que représentaient l'accueil d'un évadé inconnu, ne parlant pas le français, d'un aviateur tombant par hasard à la charge d'un isolé sans la moindre notion des réseaux de Résistance. Dès qu'un patriote recueillait un aviateur allié, son premier soin était de le débarrasser de sa tenue militaire et de lui faire endosser des habits civils. Opération assez compliquée à l'époque. Il était très difficile de se procurer des vêtements, ceux-ci n'étant délivrés qu'avec des bons. Le patriote était de ce fait dans l'obligation de vêtir lui-même son protégé. L'un et l'autre étant souvent de taille très différentes, il n'était pas rare de voir un grand gaillard portant un pantalon arrivant à mi-jambes et une veste écourtée dont les manches ne dépassaient guère le coude. Le problème des chaussures était encore plus ardu. Certains aviateurs étaient chaussés de bottes qu'il fallait supprimer en hâte, afin d'éviter qu'ils ne soient repérés. D'autres qui avaient parcouru à pied de longues distances, portaient des souliers très usagés. Pour remédier à cet inconvénient, Daniel Lance, tanneur à Vendôme, fournit clandestinement le cuir nécessaire à un fabricant d'Amboise. Les chaussures terminées étaient distribuées aux aviateurs, dans les plus brefs délais.


Le confort relatif du Camp de Frèteval

LE CONVOYAGE DES AVIATEURS

Au début, les aviateurs descendirent à la gare de Châteaudun, conduits le plus souvent par de courageuses convoyeuses. D'un relais installé dans une petite épicerie, tenue par M. et Mme Coeuret, il fallait ensuite les diriger par des chemins détournés jusqu'aux environs de Cloyes. Daniel Cogneau, de Châteaudun, accepta la responsabilité des convoyages. Il accomplit cette mission, sans interruption, pendant trois mois, avec des membres de sa famille. Il fut aidé dans sa tâche, par Maurice Serein, Lucien Bézault, Robert Poupard, Abel Méret, Solange et Jean Méret, Lucien Thibault, Maurice Gaillard, Jean Gagnebien, Renée Paulsen et Louis Bellier, de Châteaudun; Pierre Dauphin, Marcel Huard, Jacques Gouzy, Paul Roger et Charlette Marolles, de Bonneval; M. Penot, de Saint-Martin; les docteurs-vétérinaires Dufour, de Chartres et Renaudon, de la Loupe; Joseph Neillier, André Saillard et Eugène Legeay, de Montigny-le-Gannelon; Ginette et Jean Jubault, Robert Hakspille et Marius Villedieu, de Cloyes; Pierre Van Bever, de Saint-Hilaire-sur-Yerre; Emile Demoulière et Jules Gallet, de Saint-Jean-Froidmentel; Gustave Barbier, de Morée ; Kleber Olivier, de Danzé; Henri Roger de Courtalain et aussi des habitants de Combres et de Chassant, où M. et Mme Bacchi assuraient l'hébergement provisoire. Pour déjouer la surveillance de l'ennemi, il fallait en effet changer constamment de convoyeur, d'itinéraire, de mode de locomotion. Tous les moyens furent utilisés, à pied le plus souvent, à bicyclette, en automobile, en voiture à cheval, surtout après la destruction de la voie ferrée. A partir de ce moment, les aviateurs furent acheminés à pied depuis Dourdan (Seine-et-Oise). Un relais fut installé à Montboissier (Eure-et-Loir) chez Gaston Duneau, qui allait les chercher à la ferme Leroy à Sazeray, près de Voves. Il les amenait par petits groupes souvent à travers champs, munis de fourches et de binettes pour donner l'impression qu'ils étaient ouvriers agricoles. Ce patriote évacua ainsi un grand nombre de rescapés. De Montboissier, Pierre Dauphin et Marcel Huard les conduisaient à un nouveau rélais, situé à Chénelong, près de Gohory, chez Fougereux. Les convoyeurs de Châteaudun intervenaient alors avec leurs moyens de transport pour faire parcourir le moins péniblement possible les quinze derniers kilomètres à ces hommes épuisés. Les premiers aviateurs reçus furent conduits par Jubault chez des patriotes qui acceptèrent de les héberger. Cinq d'entre eux furent placés chez Armand Guet, cultivateur aux Audrières, commune de Cloyes, cinq autres furent logés dans une maison isolée, habitée par Pierre Van Bever et la veuve Tessier, au lieu-dit « Le Rouilly », commune de Saint-Hilaire-sur-Yerre. Dubouchage, briquetier au Rameau, commune de Langey, en prit également cinq, deux furent héberges chez Chesneau, à Chanteloup, deux chez René Jacques, au passage à niveau 103, deux chez Jeanne Demoulière, chef de gare, à Saint-Jean-Froidmentel, tandis que neuf furent pris en charge par Gustave Barbier, Mmes Guérineau, et Martinez Pedro, habitant à la Corbonnière, commune de Morée et enfin, cinq chez Fouchard, fermier à Bellande. Ces aviateurs restèrent environ quinze jours chez ces braves gens. Ces derniers savaient cependant à quoi ils s'exposaient, puisque le 20 février 1944, dix patriotes de Vendôme avaient été déportés pour avoir accueilli chez eux, l'équipage d'un avion allié abattu. Ce fait connu dans toute la région incita les résistants à agir avec une très grande prudence et ce fut certainement là un facteur important dans la réussite de l'entreprise.

CREATION DU CAMP N°1 ET LA VIE DANS CELUI-CI

En raison de l'ampleur prise par l'opération Lucien Boussa, qui était tenu de visiter journellement les aviateurs disséminés dans la région pour s'assurer de leurs conditions d'hébergement et risquait d'être arrêté au cours de ses continuels déplacements, fit appel aux dirigeants du réseau « Comète ». Deux jours plus tard, Jean de Blomaert, accompagné de Philippe d'Albert Lake, arrivaient à Bellande pour le seconder. En accord avec Jubault et le garde Hallouin, il fut décidé de grouper les « pensionnaires » dans un camp pour faciliter la surveillance et le ravitaillement. Les intéressés se rendirent en un lieu situé à huit cent mètres du pavillon de chasse. L'emplacement se révélait parfaitement apte à la création d'un camp. Le bois relativement touffu allait dissimuler toute activité qui se déroulerait sous ses frondaisons. Une source d'eau pure jaillissait à cent mètres à peine. La légère déclivité conduisant à la lisière du bois, permettait une surveillance facile des abords immédiats. D'autre part, la ferme de Bellande, située à proximité de chez Hallouin, exploitée par les époux Fouchard et leurs filles Micheline, Simone et Jacqueline, serait le point de convergement et servirait de centre d'abattage et d'entrepôt pour le ravitaillement. Chacun se mit au travail. Tandis que Lucien Boussa et ses deux amis, aidés par les cinq aviateurs de la ferme Fouchard aménageaient le futur camp, Jubault visitait les cultivateurs en vue d'obtenir des bâches pour construire des tentes. De leur côté, Jean Félix Paulsen et le docteur Dufour qui avaient la possibilité de circuler en automobile en raison de leur profession, amenèrent à plusieurs reprises du matériel de campement, des ustensiles de cuisine, des vivres et du tabac. Le 10 juin 1944, tous les aviateurs jusqu'ici hébergés chez des patriotes, avaient rejoint le camp. Une quinzaine de tentes étaient déjà plantées et la vie s'organisait parmi les locataires de ce village d'un type spécial. Trois sentinelles postées en lisière du bois surveillaient les alentours et prévenaient par un système d'alerte rudimentaire, l'approche des personnes non identifiées. Toujours croissant, le ravitaillement des camps d'aviateurs à été un véritable cauchemar pour les patriotes. On verra cependant que le réseau mis sur pied par Jubault pour les maquis était important. Il devait fonctionner efficacement jusqu'à la Libération. Des fermiers, membres de la Résistance, amenaient eux-mêmes des animaux vivants, de la viande fraiche, des légumes, du beurre, des oeufs à la ferme de Bellande, notamment Armand Guet, cultivateur aux Audrières; Maurice Tessier, cultivateur à la Durandière; Cornuau, cultivateur à Autheuil; Ducroc, régisseur à la Convertière; Laubry, marchand de bestiaux à Morée; Andre Barrault, cultivateur à Saint-Calais; Croissant, cultivateur à la Flocherie; Robert Guérineau, boulanger à Romilly-sur-Aigre; Maxime Plateau, cultivateur à la Touche (dans la ferme même où Emile Zola a écrit son roman La Terre), Henri Oudeyer, cultivateur à Cloyes et Henri Beaujouan à Douy. Grâce à la farine fournie par le minotier Étienne Viron, le pain fabriqué par Théophile Trécul de Fontaine-Raoul, était amené au camp par Micheline Fouchard. Avec sa charrette à cheval, cette jeune fille parcourait chaque jour, quatre kilomètres à travers la forêt où elle fut une fois mitraillée par des avions alliés. Pour varier le menu, des parties de pêche nocturnes, furent organisées dans le Loir, par André Saillard et Eugène Legeay, de Montigny-le-Gannelon. Des cuisiniers s'improvisèrent et devinrent très vite de véritables « chefs ». Pour éviter toute fumée révélatrice, les fourneaux étaient alimentés au charbon de bois, fabriqué en forêt par Henri Lefèvre de l'Estriverde et livré à Bellande par son épouse.


La "cuisine" du camp de Fréteval

Les différentes corvées inhérentes à toute vie militaire en commun furent organisées et acceptées avec bonne humeur. Dès six heures du matin, réveil et mise en marche des foyers pour le premier service du petit déjeuner. Corvée d'eau, toilette et mise en ordre des tentes et de leurs abords. Si le camp était difficilement décelable de la route, il était par contre visible par des avions survolant la région et, dans cette hypothèse, les appareils alliés devenaient aussi dangereux que ceux de l'ennemi. Il était donc absolument vital que tous les matins, les tentes fussent recouvertes de branchages frais. Les tables et les sièges étaient fabriqués de troncs et de branches. Les lits étaient faits avec du treillage tendu entre quatre pieux. Les matelas étaient composés d'herbes sèches. Le temps libre était consacré, par chacun suivant sa fantaisie. Les uns améliorant le confort de leur tente, d'autres se livrant à des travaux de sculpture sur bois, à la couture, d'autres enfin cherchaient un coin ensoleillé pour y rêver à l'aise au jour qu'ils croyaient très proche de leur libération. Pour assurer un certain confort aux habitants du camp, Albert Barillet, coiffeur à Cloyes, se rendait chaque semaine près d'eux pour y exercer son art. Des cas extraordinaires de regroupement se produisirent. C'est ainsi que des équipages presque complets furent reconstitués au fur et à mesure des arrivées. De tels moments étaient toujours fêtés joyeusement.

CREATION D'UN NOUVEAU CAMP

Survint le débarquement et avec lui le nombre d'aviateurs arrivant à Bellande augmenta. Il devint bientôt évident qu'un agrandissement du camp qui comptait à ce moment plus de soixante-dix unités et vingt-cinq tentes était un risque trop grand. Pour examiner le problème, Lucien Boussa convoqua Étienne Viron et les principaux responsables, chez le garde Hallouin. Ils décidèrent de créer un second centre d'hébergement. Jubault proposa de l'installer à Richeray, commune de Busloup, en bordure de la forêt; emplacement qu'il avait choisi auparavant pour son maquis. Il s'y rendit accompagné de Jean de Blomaert. Situé à dix kilomètres de Bellande, le lieu se révéla favorable, bien que les Allemands aient constitué de nombreux dépôts de munitions dans les sous-bois gardés par un petit détachement. Au point de vue commodité il jouissait également d'une source et d'une habitation forestière. Commandé par Jean de Blomaert, le « camp no 2 » fût installé sur le modèle du premier avec lequel il restait en contact permanent. Le garde Rideau et son épouse, aidés de René Avrain participèrent journellement au ravitaillement des aviateurs, dont une partie fut fournie par les époux Deryther. Malgré la présence toute proche des occupants, jamais aucun incident ne se produisit. Il est vrai que les consignes de calme et de silence étaient particulièrement sévères: ne pas essayer de passer en Angleterre par ses propres moyens; faire le moins de bruit possible. Élever un tant soit peu la voix risquait d'être fatal. La radio était l'un des centres d'intérêt de la vie des camps. Chaque fois que des informations importantes étaient captées, un bulletin était épinglé sur un arbre, servant de tableau d'affichage. Les messages les mieux accueillis étaient ceux qui annonçaient les parachutages. Malheureusement, pour des raisons diverses, un seul fut effectué au profit des aviateurs pendant toute la durée de leur séjour en forêt. Ce jour-la, quelques hommes se rendirent dans les champs aux endroits prévus à quelques kilomètres du camp, munis de lampes torches rouges dont les faisceaux formaient un triangle indiquant au pilote, la direction du vent au sol. Ils assuraient ainsi une réception parfaite des médicaments, vivres, cigarettes et argent français, toutes choses très importantes pour la circonstance et le moral des « campeurs ». Après le parachutage, les hommes aillaient redresser dans les champs, les épis couchés par les containers faisant ainsi disparaître toute trace de l'opération.

LES BLESSÉS ET LES MALADES

De nombreux aviateurs blessés, le plus souvent atteints de brûlures, étaient hébergés et soignés par des membres de la Résistance. M. et Mme Dubouchage, briquetiers au Rameau, donnèrent leurs soins à l'un d'eux pendant trois semaines. Mme Duprez, propriétaire à Villebout, octogénaire très alerte pour son âge, parlant parfaitement l'anglais, transforrna ses appartements en hôpital et avec l'aide de sa dame de compagnie, eut jusqu'à la libération, une moyenne de cinq « pensionnaires » en traitement. Le docteur Teyssier de Cloyes et son fils Louis allaient chaque jour visiter ces malades. Dans les camps des tentes-ambulances furent installées. Les malades et les blessés y étaient soignés par des camarades ayant certaines notions d'infirmiers. Le docteur Teyssier venait régulièrement prodiguer ses soins et faisait évacuer sur l'hôpital. clandestin, eux qu'il jugeait utile de soigner dans des lits. Pendant un certain temps, le convoyage de ces malades, était effectué à la tombée du jour, par une jeune fille de 16 ans, Ginette Jubault, accompagnée de son frère Jean.

MESURES DE PROTECTION LORS DE L'ARRIVÉE AUX CAMPS

A l'exception des docteurs et du coiffeur, très peu de personnes étaient autorisées à entrer aux camps. Des consignes très sévères étaient appliquées et lorsque de nouveaux récupérés étaient signalés, un comité d'accueil, présidé par un homme d'une stature peu commune, muni d'un énorme gourdin, les faisait stopper dans un bois distant d'un kilomètre du point de destination. Là, il leur faisait subir un interrogatoire serré, lieu de leur chute, mission, détails techniques sur leur appareil, etc., avec des précisions telles, qu'un agent de l'ennemi dont les services pouvaient avoir découvert la filière, n'aurait pu répondre sans être confondu. Fort heureusement le gourdin en question, n'eut jamais l'occasion de servir.

LES INCIDENTS

Cependant les incidents et les contretemps ne manquèrent pas. L'un d'eux aurait pu faire échouer toute l'entreprise sans le sang-froid d'une convoyeuse nommée « Virginia », américaine de naissance, appartenant au réseau « Comète » qui avala un document compromettant (plan pour aller à Bellande). Elle avait amené à pied depuis Dourdan (Seine-et-Oise) jusqu'à la ferme de Villentière, commune de Civry-Saint-Cloud (Eure-et-Loir), six aviateurs. L'un de ces rescapés extenué, resta à la ferme pour se reposer. Les cinq autres installés dans une charrette conduite par Jean Méret, prirent la direction du camp. Robert Poupard se tenait aux côtés du conducteur, tandis que Daniel Cogneau et « Virginia » précédaient le convoi à quelque distance l'un de l'autre. Tout se passa normalement jusqu'à Marboué, où la convoyeuse fut interpellée par des gendarmes allemands qui lui demandèrent un renseignement. Ne connaissant pas la région, elle ne put répondre à la question posée et fut trahie par son accent. Arrêtée, elle échoua à Ravensbruck, où elle faillit mourir de faim. Elle paya de sa liberté, le travail qu'elle avait fourni au profit des aviateurs. Dès qu'ils eurent connaissance de l'arrestation de « Virginia », les occupants de la voiture s'enfuirent dans tous les sens. Par mesure de prudence, Daniel Cogneau ordonna à Jean Méret de rentrer rapidement avec sa charrette puis se rendit à Villentière, pour évacuer immédiatement l'aviateur qui s'y trouvait. La fermière ne le connaissait pas, mais des qu'elle fut informée de ce qui se passait, lui confia un cheval et un véhicule pour transporter le rescapé jusqu'au camp. Le lendemain, Daniel reconduisit l'attelage à la brave femme, mais les recherches pour retrouver les cinq fuyards avaient été laborieuses. Deux furent découverts le jour même par Maurice Serein, Lucien Bézault et Robert Poupard, qui fouillèrent toute la région. Un autre, par hasard à trente kilomètres de là, par M. Prieur, place du marché à Bonneval, qui le ramena et le confia à la famille Marolles du même lieu. Ceux-ci le remirent par la suite à Jules Gouzy, qui chargea son fils Jacques, de le conduire à bicyclette, par des chemins détournés, jusqu'à Cloyes oû Jubault devait l'acheminer à Bellande. La femme de ce dernier, chargé de la liaison, étant absente, le convoyeur emmena son protégé à la ferme Méret, qui était un lieu de regroupement. Les deux derniers s'étaient réfugiés chez des gens, considérés comme étant des agents de l'ennemi. Aucun résistant n'osait pénétrer chez eux. Le brave facteur, qui effectuait sa tournée, se proposa d'y aller. Il apprit alors que les soi-disant collaborateurs étaient des patriotes traqués par l'ennemi et qu'ils avaient ravitaillé les deux aviateurs dans un bois voisin où ils furent découverts avec beaucoup de difficultés et rejoignirent leurs camarades chez Abel Méret. Ensuite les cinq rescapés furent acheminés à Bellande en automobile par Lucien Thibault, de Châteaudun, mais le mauvais sort continua de s'acharner sur eux. En cours de route les ressorts surchargés de la voiture s'affaissèrent. Le conducteur fit descendre ses passagers puis retourna à son garage où il changea de véhicule. Après toutes ces péripéties, le voyage se termina sans dommage. A quelque temps de là, lors de la reconnaissance du « camp no 2 », de Blomaert et Jubault s'égarèrent dans la forêt et passèrent à proximité d'une habitation forestière occupée par les Allemands. Le chef de poste qui parlait français les questionna pendant près d'une heure. Ce fut leur tenue d'emprunt qui les sauva. Le 22 juillet 1944, Maxime Plateau, qui fournit une grande partie du ravitaillement destiné aux camps de la forêt, fut arrêté à la suite d'un parachutage d'armes effectué sur la commune de Saint-Hilaire-la-Gravelle (Loiret-Cher). Torturé, emmené dans un camp de concentration, il n'a rien révélé. Si l'arrestation de « Virginia » avait occasionné bien des ennuis aux convoyeurs, l'alerte avait aussi été vive à Bellande. Tout d'abord, il avait été envisagé d'aller la délivrer, mais devant les difficultés à surmonter, cette idée fut abandonnée. Dans Ie camp proprement dit, les sentinelles avaient été renforcées et les aviateurs avaient pris leurs dispositions pour s'enfuir à la moindre alerte. Mme Hallouin se souvient qu'elle fut chargée de préparer un grand feu dans la cheminée et de l'allumer, si les Allemands arrivaient. La fumée qui s'en dégagerait était le signal convenu pour indiquer le danger. Mme Hallouin ajoute: nous avons passé des moments difficiles, j'ai prié le Bon Dieu bien souvent mais nous avons eu vraiment de la chance. Tous les convoyages ne rencontrèrent pas les mêmes difficultés, cependant quelques-uns méritent d'être signalés. C'est ainsi qu'un jour, Mme Furet garde-barrière entre Châteaudun et Cloyes; voulut retenir chez elle, le jeune Jean Jubault, qui convoyait un groupe d'aviateurs, sous le prétexte qu'il était suivi par des hommes de mauvaise mine. Pour ne rien révéler à la brave dame, l'enfant enfourcha sa bicyclette et continua sa route. Plus tard, Robert Poupard, qui effectuait un convoyage entre Châteaudun et Douy, s'aperçut après le virage situé au sommet de la côte de Thoreau, que ses « colis » ne suivaient pas. Il fit demi-tour et constata qu'ils s'étaient engagés dans l'allée du château occupé par les Allemands et parvint heureusement à rejoindre le premier juste devant les grilles sans attirer l'attention des occupants. Dans le courant de juillet, le docteur Dufour prit en charge au café-restaurant de Crucey (Eure-et-Loir) quatre aviateurs, dont l'un avait la face horriblement brûlée. Il les installa dans sa petite Simca 5 CV. En arrivant à Lugny, il aperçut devant le monument aux morts, une patrouille ennemie qui stationnait. Ne perdant pas son sang-froid, le conducteur arrêta sa voiture en bordure d'un champ de blé, y fit cacher ses protégés et se mit à démonter une roue de son véhicule. Quelques instants plus tard, les Allemands passaient sans s'occuper de lui. A Illiers, nouvelle émotion. Des avions alliés survolaient la ville et les occupants galopaient de tous les côtés faisant signe à Dufour de stopper, ce qu'il se garda bien de faire de crainte que ses passagers ne soient contrôlés. Le reste du parcours se déroula sans autre incident, mais il n'en avait pas moins frôlé la catastrophe. Enfin Daniel Cogneau et Lucien Bézault, sans le vouloir, firent passer les cinq rescapés qu'ils accompagnaient à pied, devant une musique militaire allemande qui s'était mise à jouer inopinément sur la place de Saint-Denis-les-Ponts. Le défilé des aviateurs, échelonné à cent mètres les uns des autres, parut interminable aux convoyeurs qui se demandaient si les ennemis n'allaient pas intervenir. II n'en fut rien heureusement. Mais certainement que les héros de cette aventure s'en souviennent encore. Des scènes touchantes se produisirent. Un aviateur était hébergé depuis quelque temps par deux petits vieux qui l'avaient découvert dans un champ, mangeant des pommes de terre crues. Ils le soignèrent tant et si bien que lorsque Daniel Cagneau se présenta pour l'évacuer, ils lui demandèrent où il allait l'emmener, lui firent mille recommandations. C'est à regret qu'ils consentirent à le laisser partir, on aurait cru qu'il s'agissait du fils de la maison. Au moment du départ, le petit vieux prit son paquet de tabac (rationné à l'époque) en fit deux parts égales et en remit une à l'aviateur.

LE POSTE DE COMMANDEMENT DU COLONEL BOUSSA A LA GARE DE SAINT-JEAN-FROIDMENTEL

Dès la première quinzaine de juillet, par mesure de sécurité supplémentaire, en raison du trafic effectué à la ferme de Bellande, pour le ravitaillement des camps, Jubault conseilla à Lucien Boussa d'installer son poste de commandement à la gare de Saint-Jean-Froidmentel. C'est là qu'il rédigea ses messages transmis à Londres par son opérateur radio. Jeanne Demoulière, qui exerçait les fonctions de chef de station et son mari, grand mutilé de la guerre 1914-1918, étaient des patriotes surs. Ils avaient à plusieurs reprises hébergé des aviateurs avant de les confier à des chaînes d'évasion. D'autre part, la gare de Saint-Jean, située sur la ligne Brétigny-Vendôme, était à cette époque très fréquentée par des personnes venant se ravitailler dans les campagnes environnantes et il en résultait un continuel va-et-vient bien fait pour masquer les allées et venues provoquées par le poste de commandement de l'officier allié. Cependant le danger était grand de l'autre côté de la voie ferrée, les Allemands occupaient le château de Rougemont. De son côté et pour la même raison, l'opérateur radio, François Toussaint, changea plusieurs fois de refuge. Après avoir vécu un mois environ chez le docteur Chauveau à Moulineuf, il s'installa chez Robert Guérineau, boulanger à Romilly-sur-Aigre. Roberte, la fille de ce dernier, fut chargée de porter les messages pendant cette période. L'opérateur radio logea ensuite au domicile de M. Houmaire, d'oû il partait effectuer ses émissions chez des patriotes de la région, notamment chez Gustave Barbier et Jules Gallet et même jusqu'à la ferme de André Barrault à Saint-Calais. (Ces derniers eurent à leur charge pendant un mois trois prisonniers russes évadés.) Georges Blin, meunier à Vétille et Maxime Fouchet, hébergèrent également François Toussaint et c'est M. Dauvilliers, ingénieur électricien, qui effectua les réparations du poste de radio de l'opérateur. Un adjoint de Jubault, Pierre Guillaumin dit « Gilbert » fut chargé d'assurer la liaison permanente entre Lucien Boussa et les camps de la forêt. Il participa au ravitaillement complémentaire de ces derniers. Il s'acquitta de sa tâche avec intelligence et dévouement. Il fut en outre chargé du convoyage des aviateurs récupérés dans la région par le mouvement des « Francs-Tireurs » et « Partisans-Français ». Les responsables régionaux de ce groupement notamment: Armand Lhuillery, Charles Sandré, Guy Fortier et Paul Fenin, morts pour la France à Cormainville après avoir été odieusement martyrisés, Jehanno dit « Kid » et Maxime Fouchet amenèrent une vingtaine d'aviateurs à la gare de Saint-Jean-Froidmentel où ils les remirent au commandant des camps. L'un de ces aviateurs, Stanley Laurence, abattu au-dessus de Beauvais, se dirigeait à pied vers l'Espagne lorsqu'il fut recueilli par Jacques Pikeroën, instituteur à Mervilliers (Eure-et-Loir) où il resta quinze jours avant de rejoindre la forêt de Fréteval. Dans un livre intitulé: La lutte des Francs-Tireurs et Partisans Français en Eure-et-Loir, édité en 1946, un responsable, Roger Blanvillain, raconte un de ces sauvetages auquel participaient sous des noms d'emprunt, Roger Cochereau de Cloyes, Louis Lemoues de Châteaudun et Bernard Avisseau de Marboué. En juin 1944, un soir l'eau tombe à torrents, nous sommes tous les cinq: Jean, Jean-Pierre, Géo, Marcel et moi, installés autour de la table dans notre maison abandonnée du Lorry, notre P.C., discutant sur la bataille aérienne qui eut lieu dans l'après-midi au-dessus de Châteaudun. Un de nos amis d'un pays voisin, vient soudain nous avertir que deux aviateurs alliés descendus l'après-midi, ont été vus dans un bois voisin. Aussitôt Jean, le chef de notre P.C., nous distribue les rôles: « Marcel, tu vas aller à Conie, sûrement que tu seras renseigné chez ton copain, si tu as un parachutiste, amène-le de suite » - « Jean-Pierre, tu viendras avec moi, nous allons fouiller le bois » - « Roger et Géo, vous resterez ici, prenez la mitraillette et le mousqueton et tenez-vous sur vos gardes, les boches peuvent rôder, n'ouvrez à personne sans avoir le signal convenu. » Ils sont partis, Géo et moi nous nous tenons prêts. Une demi-heure après leur départ, nous entendons des pas dehors et deux voix. Les pas s'éloignent et un quart d'heure après, quelqu'un frappe à la porte selon notre code, c'est la tante de Marcel qui nous annonce qu'un homme est venu chez elle (sa maison est à côté), en lui annonçant d'un air mystérieux : « J'ai un colis pour Marcel, un colis encombrant ! Savez-vous où est Marcel? » Évidemment la réponse c'est non. Nous nous demandons ce que cela veut dire. Elle s'en va. Dehors il pleut toujours. Une demi-heure après, Jean et Jean-Pierre reviennent accompagnés par deux grands gaillards en gris, deus aviateurs anglais, ils ont l'air étonnés et peut-être inquiets, lorsqu'ils nous voient, Géo et moi, flanqués de nos armes. Mais leurs figures s'éclairent et enfin leurs premières paroles arrivent, « Aoh! French Résistance ! » Inutile de dire avec quelle force nos mains furent serrées. Les pauvres sont trempés des pieds à la tête et notre premier soin est de sécher leurs vêtements, mais nous comprenons qu'ils sont inquiets sur le sort de leurs camarades de bord. Jean nous explique comment il réussit à les trouver : « J'avais beau gueuler : « French Résistance, camarades ! » Pensez-vous, ils se débinaient de plus belle, je me demandais si on les aurait, ils ont été longs à comprendre que l'on était des « vrais ». L'explication des fameux pas dans la cour est donnée à l'instant par un nouveau coup frappé à la porte et par une voix criant : « Roger, Marcel, ouvrez nom de Dieu; vous allez me faire crever ! » Aussitôt je me précipite et j'aperçois un autre ami d'un pays voisin tout ruisselant d'eau. « Vous êtes rosses les gars, tout à l'heure j'ai frappé, j'ai été à côté chez la tante de Marcel, impossible de vous avoir, mais vous avez raison de vous méfier, je vous amène quelque chose de difficile à transporter, j'ai un parachutiste qui à une entorse, je suis avec mon copain René; on l'a installé sur un vélo et à nous deux on le pousse, nous venons de faire six kilomètres, le pauvre type se demande si cela va durer longtemps, il doit avoir mal, aidez-nous à le transporter. » Nous le rentrons en le soutenant tant bien que mal et il retrouve ses deux copains, tous trois sont du même appareil. Nous l'allongeons sur notre unique lit et Jean-Pierre lui masse la cheville, évidemment les discussions vont bon train avec ses deux copains. A ce moment, Marcel arrive avec un autre aviateur, un jeune de 20 ans. Avec quelle joie il retrouve les trois autres. Nous comprenons qu'ils nous remercient de les avoir réunis, ce qu'ils nous expliquent avec force gestes. Nous les installons pour qu'ils puissent dormir. Nous autres, nous irons dans le foin du grenier. Jean décide de rester en bas toute la nuit. Le lendemain après avoir réussi à parler, grâce a une interprète que nous avons fait venir, fixés sur ce que nous ferons pour les faire filer, nos quatre amis prennent la vie du bon côté, si bien qu'un moment, eux, en anglais, et nous en français, tous ensemble, nous chantons El Rancho grandei. Ils sont si bien adaptés que l'un d'eux nous dit dans un français très écorché : « Avez-vous thé? Moi aime beaucoup thé! » A quoi Jean-Pierre lui répond en lui désignant notre petit sac d'orge grillé : « Mon pauvre vieux, on n'est pas à Londres ici. » La nuit suivante, Jean emmena les trois valides jusqu'à notre camp de regroupement (vingt-cinq kilomètres, en deux étapes), lui marchant devant, eux derrière suivant à courte distance, habillés avec des habits civils, plus ou moins appropriés à leur taille. Leur camarade blessé resta avec nous une semaine après quoi, il les rejoignit, emmené en plein jour par un camion ... Si certains aviateurs ont parcouru de longues distances avant d'être regroupés dans la forêt, il en est un par contre, qui fut recueilli à proximité du camp par Kléber Olivier, qui était à cette époque employé à la ferme Fouchard a Bellande, où il était chargé d'abattre les animaux destinés à l'alimentation des camps. Il conduisit lui-même l'aviateur près de ses camarades. Le dernier rescapé amené au camp avait été découvert par des résistants, opérant en Sologne, d'où il avait été acheminé chez M. de la Malène, aux Diorières, commune de Chauvigny-du-Perche. Lorsqu'il arriva les Allemands quittaient le pays, aussi son séjour dans la forêt fut de courte durée.

LA LIBERATION DES CAMPS

Le plus dur était l'attente. La radio annonçait continuellement l'avance des troupes alliés, mais on attendait en vain dans la région de Fréteval. L'impatience grandissait, les troupes allemandes en pleine retraite, sillonnaient la région. Parfois des mitraillages partaient de la route vers la forêt. Les aviateurs ne disposaient d'aucune arme, pour éviter toute issue tragique en cas d'arrestation. Pour assurer la sécurité, Lucien Boussa demanda à la Résistance, de fournir de petits détachements armés, chargés de patrouiller autour des camps. Ce qui fût fait, mais ils n'eurent jamais à intervenir. Au début du mois d'août, il n'était plus question que de Libération. Ayant appris par la radio que les alliés se trouvaient aux environs du Mans, à soixante-dix kilomètres de Fréteval, le commandant décida de s'y rendre pour hâter la libération des camps. Piloté par Etienne Viron, dans la voiture duquel il avait pris place, ils arrivèrent après un voyage mouvementé de cent kilomètres à joindre les premières lignes américaines. Se faisant connaître, Lucien Boussa fut conduit a l'État-Major où, par un hasard extraordinaire, il rencontra le chef du « M.I. 9 », Airey Neave qu'il avait quitté quelques mois plus tôt en Angleterre. Le 10 août, des arrangements furent pris et il fut décidé que le 13, une colonne protégée par des commandos britanniques, viendrait chercher les « pensionnaires » de la forêt. L'extraordinaire aventure allait se terminer. Le 12 août, se considérant déjà comme libérés, les aviateurs se rendirent en groupe dans les villages de Saint-Jean-Froidmentel et de Busloup. Les habitants ébahis se virent entourés de jeunes gens parlant anglais. Aussitôt les drapeaux furent arborés et pour fêter la fin de ce cauchemar, les villageois s'empressèrent de sortir de leurs caves, les bouteilles fines gardées précieusement pour la circonstance. La Libération de ces localités se fêta tard dans la nuit. Le lendemain 13 août, la colonne annoncée, arriva au « camp No 1 ».


La libération du Camp de Fréteval le13 Août 1944 en présence de Jean de Blomaert

Ce n'est pas sans émotion et sans regret parfois, que les aviateurs jetèrent un dernier regard sur cette immense forêt qui les avait abrités pendant de longs mois. Quelques membres de la Résistance, prévenus de ce départ, étaient venus faire leurs adieux. Jusqu'au dernier moment, la chance avait souri aux rescapés. Tous reprirent leur service dans le personnel navigant. Par la suite, trente-huit d'entre eux, allaient perdre la vie dans les opérations aériennes, au-dessus de l'Allemagne. Le fait d'avoir pu acheminer plus de cent cinquante aviateurs jusqu'à la forêt de Fréteval, de les y avoir cachés et nourris, constitue un tour de force de la Résistance. Mais que tous ces hommes aient pu demeurer, de mai à août 1944, dans cette région ouverte aux patrouilles constantes de l'occupant allemand, reste inexplicable.

Nous ne voudrions pas terminer cette page d'histoire sans ajouter le nom de Mme Hallouin de La Proutière, commune de Montigny-le-Gannelon, morte en déportation pour avoir hébergé des patriotes qui aidaient les aviateurs de la forêt, et celui de Jean Chauveau de Cloyes, qui fournit des papiers officiels volés aux Allemandes pour être utilisés par des convoyeurs de « Comète ». Il fut capturé le 15 août 1944 et subit le même sort que les martyrs de Cormainville.

Nous nous sommes efforcés dans cet opuscule de citer toutes les personnes de la région qui ont participé au convoyage, à l'hébergément et au ravitaillement des aviateurs alliés. Néanmoins certaines peuvent être oubliées, nous leur demandons de bien vouloir nous en excuser.

Vingt ans après, le colonel Boussa voulut revoir cette région qui l'avait accueilli sous l'occupation. Il fut très heureux de retrouver un grand nombre de ses amis de la clandestinité. Il avait conçu le projet de faire éditer un livre retraçant l'aventure de la « Forêt de Fréteval » dont le produit servirait à l'érection d'une stèle commémorative. Ce projet n'ayant pas été réalisé, un comité composé de vingt-sept membres désignés ci-dessous fut constitué le 20 mars 1966, pour recueillir les fonds nécessaires à l'édification du monument qui sera inauguré le 11 juin 1967. Le destin n'a pas voulu due le colonel Boussa contemple l'oeuvre qu'il avait si ardemment desirée. La mort l'a surpris brutalement à Cloyes, le 12 mars 1967, dans ce petit coin de France ou tant de souvenirs lui étaient chers, alors qu'il était venu spécialement de Belgique pour assister à une importante réunion du Comité. D'émouvantes funérailles lui ont été faites en présence des représentants du gouvernement français de l'armée, et des pays alliés. La soeur de M. le Marquis de Levy de Mirepoix, Mme la Vicomtesse de Beaudignies, propriétaire du bois où avait été installé le « camp No 1 » à fait don du terrain où est édifié le Mémorial. Les conseillers généraux d'Eure-et-Loir et du Loir-et-Cher, répondant à l'appel du Comité, ont voté chacun une subvention de 10 000 F; le Conseil Municipal de Chartres 5 000 F, les communes des deux départements, de nombreuses personnes de la région, et quelques associations ont accordé des sommes importantes. La stèle oeuvre de l'artiste dunois Divi a été confiée au ciseau de Baglan de Pontijou (Loir-et-Cher), la mise en place et la gravure à Houdebert de Vendôme, le terrassement à Rendineau de Saint-Hilaire-la-Gravelle, le drainage à Delaunay et la maçonnerie à Rougeaux de Cloyes. Grâce à la bonne volonté, à la compréhension et à la générosité de tous, la céremonie d'inauguration aura lieu Ie 11 juin 1967, comme prévu. Cette manifestation à caractère international, placée sous le haut patronage de MM. les Ministres de l'Intérieur, des Forces Armées et des Anciens Combattants doit se dérouler en présence des Ambassadeurs des pays alliés, avec la participation d'aviateurs ayant séjourné dans les camps de la forêt de Fréteval. Le Mémorial et ce modeste opuscule permettront de rappeler aux générations futures les sacrifices consentis par leurs aînés pour la cause de la paix et de la liberté.




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