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Témoignage d'une victime de l'exode de 1940

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Témoignage d'une victime de l'exode de 1940

Message par Fab le Mer 20 Oct - 1:02


L’exode de Daniel Audemare ou l’initiation à la guerre

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« Nous habitions Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher), repliés de Paris par crainte des bombardements, ma mère, Germaine Audemare, violoniste, née en 1892, et moi, âgé de neuf ans et demi, lors de l’exécrable exode de juin 1940.
Ma mère a beaucoup hésité à partir, les nouvelles étaient contradictoires, elle avait essayé bien en vain de joindre au téléphone manuel mon Père replié à Bordeaux avec son administration… En outre circulaient les rumeurs les plus ahurissantes : il m’avait été interdit, par exemple, de ramasser des bonbons, le long des chemins, œuvre de la cinquième colonne… on voyait l’ennemi partout en raison de la peur suscitée par les « boches » — rumeurs du type de celles propagées entre 1914 et 1918 sur les atrocités commises dans la zone occupée du nord de la France.
Depuis quelques jours, les voitures des réfugiés de l’Aisne et de Belgique passaient dans une sorte de convoi plus ou moins espacé sur la route nationale 817 (Vendôme — Château-du-Loir).
Ce flux était bientôt grossi par des unités militaires, camions Renault, cabine avancée, autochenilles Hotchkiss, surchargés de soldats français, non rasés, hâves, aux uniformes kakis délabrés, les jambes pendantes affublées de bandes molletières — je l’avais remarqué car même à neuf ans et demi, cela me paraissait particulièrement inconfortable —, des automobiles Peugeot 402 transportant les officiers en fuite, dépassant à vive allure le flot en question.
Et c’est cette fuite éperdue et hagarde qui décide ma mère à charger la Renault décapotable bleu-noir Reinastella des années 35-36. Un matelas avait été fixé sur la toile de la capote mobile en moleskine noire, pour se protéger des balles tirées par les stukas… Nous étions assez chargés, et ma mère avait déposé son violon sous le siège arrière, un Nicolas Dupuy du XVIIIe siècle.
Mon Parrain, Edouard, qui habitait à quelques centaines de mètres de notre maison avait trouvé de l’essence pour sa 11 CV Citroën noire — roues jaunes (à rayons larges). Nous étions bien pourvus de carburant en bidons de cinq litres en fer blanc, à tel point que nous sommes revenus avec la moitié du stock, même après en avoir donné un ou deux bidons.
Et nous sommes partis, tout d’abord en direction de Tours, nous avons abordé Château-Renault et là nous avons pris la route d’Amboise.
Arrivé à proximité du pont étroit (en pierres), nous avons attendu une heure avant de traverser. En effet, si nous avions voyagé jusque-là comme des touristes, les abords d’Amboise étaient assez encombrés. L’attente (assez courte finalement) pour passer la Loire était motivée par l’interruption par le génie militaire qui minait le pont… Une fois de l’autre côté, une alerte et quelques avions… Nous nous étions réfugiés dans les caves voûtées du château ; la voiture était restée garée sous les platanes immenses du quai de la Loire en aval du pont surchargé. Des bruits couraient selon lesquels entre Orléans et Blois, les ponts avaient sauté avec les véhicules, et peut-être même les « fuyards » dessus…
Nous sommes partis immédiatement en direction de Le Blanc. Là, nous nous sommes arrêtés dans la ville, nous avons garé l’auto dans une petite rue du centre ville et nous avons pris la rue entre le pont et la direction amont de la rivière. (Je me demande encore pourquoi nous n’avons pas continué notre chemin sans nous arrêter.)
Et d’un coup, les bruits de quelques avions et soudain le bombardement de la ville , à proximité du pont, où nous étions précisément. Les maisons s’écroulaient, la poussière était dense et nous étions allongés à terre, au milieu de la rue ; ma mère m’a touché pour voir si j’étais encore vivant. En effet, le bruit des déflagrations était inimaginable, et si je suis un peut sourd, cela date du bombardement de la ville de Le Blanc : en fait, un sifflement permanent. Une accalmie et nous avons rejoint notre véhicule intact. Nous avons traversé par le fameux pont et nous avons pris la direction du Dorat.
Ainsi après avoir traversé la Creuse, nous prîmes la direction de Bellac, le soir vers 9 h — il faisait encore jour —, nous étions en quête d’un gîte ; et à Oradour-Saint-Genest (Haute-Vienne), nous avons cherché où coucher, rien, plein de monde partout. Nous avons continué quelques kilomètres pour atterrir à notre point final : « la Grande Intrade », petit et même tout petit hameau sans eau, ni électricité. Comme il n’y avait bien sûr, rien de libre non plus, c’est d’office que nous avons investi une petite maison occupée par une très vieille dame proche des 90 ans qui nous donna une chambre avec lit et draps blancs, en lin râpeux, mais frais et confortables. Pas de cuisinière pour faire la cuisine et c’est dans l’âtre que ma mère a fait cuire une omelette aux lardons, puis des œufs à la neige au goût de fumée, précisait-elle en évoquant cet épisode quelques années plus tard.
Cette vieille paysanne était un peu folle et se levait la nuit pour brandir sa canne et essayer de chasser les « processions de cochons ». Je me souviens très bien qu’elle brayait sans cesse en invectivant les pauvres bêtes. Elle était connue pour ses pertes de lucidité.
Nous sommes restés environ quinze-vingt jours dans cette localité.
Il n’y avait pas beaucoup de maisons, seulement quelques « réfugia » (sic), comme disait l’homme du coin.
Une maison avait été réquisitionnée, plusieurs mois auparavant, pour une famille alsacienne, toute entière, qui y avait trouvé refuge. La grand-mère, très grosse et vêtue comme une paysanne alsacienne, jupe noire jusqu’à terre et fichu noué sur le dessus du crâne. Elle distribuait tous les jours aux enfants des goûters à 4 heures pile ! Du pain et de la « gonviture » (sic) - « C’est très pon, tu sais Tâniel, le pain avec gonviture », me disait-elle à voix haute.
Une ferme nous approvisionnait : lait, volailles, légumes, le fermier était métayer de par son statut. Nous allions faire les courses à Oradour-Saint-Genest, au Dorat, et au grand marché-foire de Bellac. Tout fonctionnait localement. Je passais mon temps à sillonner les chemins creux, et circulais dans un rayon de quatre kilomètres au maximum.
Après quelques jours, des troupes françaises arrivèrent et s’installèrent dans les prés.
Nous avons appris l’armistice par la rumeur et par la même occasion, que c’était le Maréchal Pétain qui l’avait demandé et fait signer. Le désordre était tel que tous les réfugiés poussèrent des « ouf » de soulagement, et ce qui m’avait frappé, c’est le ricanement unanime et tragique au sujet des propos de Paul Rey naud que l’on avait entendu à la radio quelques semaines plus tôt : « La route du fer est coupée… »
Aucune autorité administrative n’est venu visiter les villages où les réfugiés stationnaient, seul un prêtre est passé pour soutenir ces gens très éprouvés. La seule consolation, le soleil brillait…
Dès la nouvelle de l’Armistice, nous allions aux renseignements pour savoir si nous pouvions rentrer ; puis, au bout de quelques jours — je ne me souviens pas du nombre exact — nous sommes partis, par le même chemin me semble-t-il. Je ne sais plus à quel endroit, nous avons passé la « Demarkation Linie », mais seulement, que le passage fut rapide, après que l’on (les Allemands) nous ait délivré un petit papier, les gendarmes (deux seulement) français jetèrent un œil glauque dessus, et que les soldats allemands nous firent un signe, celui de passer : un des premiers AUSWEISS… ; et nous de reprendre la route. De rares soldats déambulaient dans les agglomérations, le soir même nous étions à Montoire, en zone maintenant occupée !
Quand nous sommes arrivés, la maison avait été ouverte par effraction, petit désordre, peu de dégâts. Quelques petits objets avaient disparu, dont une chaînette en or, celle de mon baptême, oubliée dans l’affolement. Un petit détail « amusant », ma mère avait abandonné un lot de boîtes de sardines bretonnes, et… nous avons retrouvé des sardines allemandes au même emplacement…, les boîtes étaient rouges (sombre) avec une croix noire dessus (genre croix de fer…).
Nos voisins nous dirent qu’il fallait apposer sur notre grille d’entrée une pancarte avec la mention, en allemand, « Bewohntes Haus », maison habitée.
Toute la vie routinière recommença au ralenti, bientôt plus de café, nous avions des réserves intactes de café pour deux mois, dix à douze litres d’huile Lesieur, deux bouteilles de gaz, Butagaz, bleues, lesquelles durèrent jusqu’en 1944, puisque le gaz n’était utilisé que pour le café (orge grillé) ou pour les « urgences ».
Nous ne sommes retournés à Paris qu’en septembre 1941… Entre temps, l’entrevue de Montoire, la population n’en fut pas informée, mais ces jours-là, nous sommes, comme tous, restés enfermés dans nos maisons, volets clos… »

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