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La Résistance dans le secteur de Gien

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Message par Invité le Mar 15 Jan - 1:46

Document maquis d'Ivoy:

La Résistance dans le secteur de Gien Ivoy10

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Message par Ourson le Mar 15 Jan - 3:07

Merci pour ce document.
Vous évoquez la possibilité que des résistants de Gien aient rejoint entre mars et juin 44 le maquis d'Ivoy, dans le Cher. Dans ce document, il est question du 23 août 44 et donc d'une opération des FFI.
J'ai trouvé aussi le témoignage d'un résistant du Corps-Franc 'Vengeance' de Briare, citant le regroupement des résistants de ce groupe dans un maquis 'Vengeance' vers juin ou juillet 44 (date peu précise) entre Thou et Faverelles, près de celui de Saint-Privé dans l'Yonne. Certains des résistants giennois pourraient aussi s'en être rapprochés.
La situation géographique du Loiret, aux limites du Cher, de l'Yonne et de la Nièvre est très particulière, ... ce qui ne facilite pas les recherches.

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Message par Invité le Mar 15 Jan - 3:59

"Vous évoquez la possibilité que des résistants de Gien aient rejoint entre mars et juin 44 le maquis d'Ivoy, dans le Cher. Dans ce document, il est question du 23 août 44 et donc d'une opération des FFI."

Effectivement, car dans le Loiret on nous a toujours affirmé que se sont les FFI de Bildstein (donc du Loiret) qui ont investit Gien... Mais je pense qu'il faut trouver d'autre document pour avancer... Rolling Eyes

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Message par Ourson le Mar 15 Jan - 4:23

Sur ce point, je suis totalement formelle : Ernest Bildstein n'a pas été ... que FFI (Surtout ne voyez surtout aucune appréciation péjorative au 'que FFI !).

Après son engagement dans les Corps-Francs de Claude Lerude, il a même participé avec un autre résistant giennois, à une ''session de formation des cadres de la Résistance'' à Cerizy-Belle-Etoile, près de Caen. (une dizaine de jours ? début décembre 43)
Il se rendait aussi, presque chaque semaine, à des réunions à Orléans pour y prendre les ordres

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Message par Invité le Mar 15 Jan - 7:32

"Ernest Bildstein n'a pas été ... que FFI."
Qu'est ce que vous voulez dire? Buckmaster... Question

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Message par Ourson le Mar 15 Jan - 7:38

Bonjour,

Je veux dire simplement qu'Ernest Bildstein était engagé dans la résistance avant les faits cités par Merovide.

Je l'ai précisé (afin d'éviter toute polémique) : ''aucune appréciation péjorative de ma part dans le ''..que FFI''.

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Message par Invité le Mar 15 Jan - 8:52

Faut pas me tendre des embuscades avec des mots pareils clown Wink

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Message par Ourson le Mar 15 Jan - 11:09

Je ne suis pas en guerre et ne tends aucune embuscade.
Si le fait d'avoir précisé qu'avant le débarquement Ernest Bildstein était engagé dans la résistance constitue une embuscade, la recherche d'informations paraît mal engagée.

Vous avez écrit ''les FFI de Bildstein'', ce qui correspond aux fonctions de commandement qui ont été données à Ernest Bildstein dans le cadre de l'organisation des FFI, au moment du débarquement.
Pour autant, il n'a pas reçu l'ordre de prendre ce commandement par 'hasard' mais bien parce qu'il était connu dans le département, sans nul doute de par son engagement antérieur dans la résistance.
S'il est interdit de chercher des précisions sur ce point,
je retourne study

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Message par Invité le Mar 15 Jan - 23:40

"Vous avez écrit ''les FFI de Bildstein'', ce qui correspond aux fonctions de commandement qui ont été données à Ernest Bildstein dans le cadre de l'organisation des FFI, au moment du débarquement.
Pour autant, il n'a pas reçu l'ordre de prendre ce commandement par 'hasard' mais bien parce qu'il était connu dans le département, sans nul doute de par son engagement antérieur dans la résistance.
S'il est interdit de chercher des précisions sur ce point,
je retourne study"


Alors, d'après le livre de Paul GUILLAUME, Au temps de l'héroisme et de la trahison, on sait que de 1943 au 16 janvier 1944, M. BILDSTEIN avec M. DEMAIRE développent le corps franc Vengeance de Gien. Après ils s'en vont comme vous avez écrit plus haut et reviennent au mois de mai 1944 et développent des sections de Résistance à Coullons, Poilly, Saint-Gondon, Cerdon, Autry-le-Châtel, Saint-Martin-sur-Ocre, Saint-Brisson. Ils sont en liaison avec le groupe d'Argent dans le Cher. Mais apparement aucun mot sur la création des maquis... Et rien sur avant 1943...Question

Voilà pour le moment, je retourne study

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Message par Ourson le Mer 16 Jan - 0:02

Bonjour,
Oui, c'est ce que je vous ai écrit et, si la période d'après juin 44 est assez bien décrite, celle d'avant ne l'est pas.
Si l'ouvrage l'abbé Guillaume apporte de précieuses indications sur le Loiret, François Wetterwald, à la page 45 de son ouvrage ''Vengeance, Histoire d'un Corps-Francs'',ouvrage rédigé à partir de rapports transmis à l'état-major du réseau, indique la formation de deux compagnies à Gien en 43.
Les réponses qu'il pourraient être intéressantes de trouver sont celles relatives au parcours des résistants de ces deux compagnies et certainement davantage par de possibles témoignages de familles plus que par des écrits.
Peu de temps aujourd'hui.

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Message par Invité le Ven 18 Jan - 2:38

J'ai retrouvé une documentation, que l'on m'avait envoyé sur le parcours de M.BILSTEIN et il parle de ses débuts: study

La Résistance dans le secteur de Gien Bildst11

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Message par Ourson le Ven 18 Jan - 7:49

Bonjour à tous,

Merci pour ce document qui confirme bien la constitution d'une compagnie.
Je suis pas assez habile pour le mettre en ligne, et j'en suis vraiment désolée, mais dans le témoignage d'un résistant de ce Corps-Franc, je lis :
- septembre 43 : recrutement immédiat d'un groupe de 12 hommes. Le lieutenant Bildstein, en sa qualité d'Officier de réserve, prend le commandement de la 41ème compagnie alors en formation.
- Reconnaissance de terrains de parachutage et de cantonnement possible du maquis à La Jouanne (Les Choux) et de cantonnement possible de maquis (Mac Gueule) Gien.
[...]
- décembre 43 : prise de commandement de la 1ère section de la 41è compagnie (groupe Chauveau et groupe Perronnet).
[...]

Ce document montre que plusieurs sections de ce réseau étaient constituées localement - je veux dire, sud-est du Loiret. Pour Briare, j'ai trouvé le nom de Georges Hayer, receveur buraliste.

Sauriez-vous combien de résistants pouvait compter une compagnie ?

Plus loin, ... (toujours pour cette seule section ; il s'agit donc bien de la Cie Bildstein) :
- janvier 44 : Liaison avec Marchand (transmission de renseignements, particulièrement en ce qui concerne la caserne de Gien et son annexe Bois d'Emblay (plan général, matériel, rendement).
[...]

Existerait-il d'autres traces, d'autres témoignages de résistants sur cet aspect du renseignement ?

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Message par Invité le Sam 19 Jan - 3:09

- Les Choux c'est possible, il s'agit d'un secteur avec des bois.

- Gien (Mac Gueule)----c'est quoi SVP???

J'ai trouvé les noms de 10 personnes ayant appartenu à la compagnie:

André LELIEVRE / mort le 18 août «la côte des vignes» à Saint-Gondon
André DEROIN / mort le 18 août «la côte des vignes» à Saint-Gondon
Georges SEVERE / mort le 18 août «la côte des vignes» à Saint-Gondon
Maurice ESPINASSE / instituteur / rescapé du 18 août «la côte des vignes» à Saint-Gondon
M.GAUDICHON
M.DEMAIRE / chef de section
M.DESHAYE / chef de section
M.AUGER
M.D. PRIGNIAU / 37ans mort le 27 août 1944 à Coulons
M.J.BRUNEAU / 21 ans mort le 27 août 1944 à Coulons

Après il est fait état de l'existance du maquis de Coulons avec 50 personnes sous ses ordres...
Arrow study



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Message par Ourson le Sam 19 Jan - 7:07

Bonjour,

Mac gueule, c'est un lieu-dit, entre Gien et Les Choux. Ils cherchaient en septembre 43 un endroit où pourrait être implanté un maquis. Je ne sais si ce maquis a ou non été formé.
C'est 8 mois plus tard, le 30 mai 44, que sur ordre de l'Intelligence Service, ils passent au sud de la Loire.
Le maquis s'est d'abord installé au Petit-Piat à Coullons puis toujours à Coullons, aux Etourbes, la ferme de la famille de M. Muntzer. D'autres maquis ont été installés : Cerdon, St-Gondon, Poilly ...
Il m'a été dit qu'ils avaient pris la décision de former de 'petits' maquis. Mais tous ces maquisards étaient de la Cie Bildstein dans les combats de la libération.

Les noms cités dans mon précédent message apparaissent dans le document évoqué et aussi dans un fonds d'archives de l'abbé Guillaume, avec précision des dates d'engagement. Ce fonds est déposé aux AD 45, site de la rue d'Illiers.
Dans son ouvrage l'abbé Guillaume ne pouvait relater tous les événements et encore moins citer tous les noms. Ou alors, il lui aurait fallu 10 volumes !
Ses notes permettent de voir la multitude de renseignements qu'il a collectés.
Je suis giennoise d'origine et certains noms ont éveillé ma curiosité. Des personnes que j'ai côtoyées dans mon enfance !
C'est sur la période d'avant le maquis de Coullons que j'aimerais trouver des précisions, en rapport par exemple avec les renseignements transmis sur la caserne.

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Message par Invité le Lun 21 Jan - 6:39

Sur la carte cela s'écrit pas «Mac Gueule» mais «Moque Gueule», c'est une zone boisée propice à un camp et voisin de la «Jouane».

Avant 1943, on apprend que Claude LERUDE a fait parti des Scouts Routiers et a dirigé un Chantier de Jeunesse en 1940 de 200 personnes. Je pense que c'est dans ses deux milieux qu'il faut chercher le début d'une activité clandestine. La plupart des maquis n'apparaissent pas avant le printemps 1944. Et Claude LERUDE ne fait pas parti de «Vengeance» avant 1943, alors que le mouvement a déjà commencé quelques actions. Il s'agit donc de multiples parcours individuels à la base. Je pense aussi qu'il faut remonter aussi le parcours de Henri DESHAYES, qui proposera a BILDSTEIN de s'occuper de Gien.

Je ne peux plus rien apporter pour le moment sur le sujet, merci pour vos informations... study

A plus tard,

Cordialement,

merovide

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Message par Ourson le Mar 22 Jan - 7:24

Bonjour Merovide,

Vous décrivez parfaitement la situation et les parcours individuels antérieurs sont effectivement importants.

Je tiens à le redire : pas d'embuscade à l'horizon ... Il y avait d'autres réseaux dans ce secteur du département, réseaux tous très actifs : les FTP et une section du groupe Chanzy à Bonny, Résistance, le Front National, ..., Libération-Nord du Dr Ségelle, de Jean Joudiou, et de Paul Frézot (la renommée dans le monde sportif de son frère Emile n'est plus à faire mais toute la famille était bien connue des giennois) ...
Pas de ''concurrence'' entre eux. Ils luttaient tous pour la même cause.

J'essaie ici d'écrire ce que je sais des parcours individuels (et qui serait à compléter) :
- des 'giennois' du corps-franc de Gien (en souhaitant que d'autres familles de résistants de ce Corps-Franc se signalent ! C'est en ce sens que j'ai engagé ce sujet sur votre forum qui apparaît dans toutes les recherches sur le Loiret.) ;
- de Claude Lerude, qui fut le fondateur de tous les corps-francs 'Vengeance' du Loiret puis responsable de la région VIII

Ernest Bildstein était instituteur. Il était pour l'armée Lieutenant de réserve, déclaré invalide à 100 % en raison d'une pleurésie contactée en service. Ses opinions apparaissent dans le fait qu'il était ''instituteur alsacien replié'' (On dit alsacien, y compris pour les instituteurs lorrains, car tous dépendaient de l'Académie de Strasbourg). Il fut nommé en octobre 1940 à l'école du centre à Gien. M. Pierre, lorrain lui aussi et ami d'Ernest Bildstein, était directeur de l'école de Coullons. La coopérative scolaire et postscolaire de l'école était l'Abeille de Gien.
Voici quelques extraits du portrait qu'en dresse M. Roger Dupré, un de ses élèves [documents aimablement transmis par le fils de M. Dupré] : C’est à la rentrée des classes d’octobre 1940 que monsieur Bildstein arrive dans notre école. C’est mon instituteur au cours moyen. Une bien triste rentrée dans une ville dont le coeur est en ruines : certains de nos maîtres sont prisonniers, ainsi que des pères de nos petits camarades.[...]
Son regard franc et sincère dès le premier contact sait retenir toute notre attention. [...] Avec beaucoup d’entrain, il fait participer la classe à une soirée donnée au profit des Prisonniers de guerre, l’hiver 1940-1941. Le spectacle de chants a lieu à l’Artistic Cinéma abrité dans un baraquement place du château. Dès le printemps 1941, il crée au sein de l’école un petit groupe de scoutisme, jeux et promenades à la campagne, accompagné d’autres maîtres. Il y consacre tous ses jeudis. Aux grandes vacances d’été 1941, il organise un séjour à Sainte-Geneviève-des-Bois dans une ferme. [...]


Henri Deshayes, né en 1918, effectua son service militaire à Orléans. Dans son cahier de soldat il indique : 26 août 1939 départ par route de Rebréchien (45), colonnes à roues 5h30, colonnes à chenilles 6h00. [... récit au jour le jour] ; lundi 3 juin 1940, embarquement jetée de Dunkerque sur petit bateau de pêche ; sommes survolés par des bombardiers allemands. Nous en sommes quittes pour un plat-ventre de plus. Reste de la traversée très calme, sommes protégés par 4 avions britanniques.
Ces soldats français seront rapatriés le 7 juin 1940 par Brest, puis Tarbes, Coarraze-Nay le 22 juin 1940. Démobilisation le 20 octobre 1941.
Rapatriés en zone libre, ces soldats ne seront pas comme leurs camarades prisonniers de guerre en zone occupée envoyés dans des camps en Allemagne.
Il se destinait certainement au métier d'instituteur : sur le registre matricule, il est précisé 'Etudiant', puis 'Instituteur'. Durant la période d'occupation, il occupa un emploi de secrétaire de mairie à Gien. Il était basketteur à l'Abeille de Gien.

Sans aucun doute possible, tous deux se sont connus à l'Abeille.

Claude Lerude est né le 30 juin 1920 [Hommage à Claude Lerude – F. Wetterwald ; site de Marc Chantran] et s'est engagé dans le 131e RI.
Aux AD 45 dans un témoignage d'André Guyot qui fut l'adjoint de Lerude pour le Loiret, écrit que celui-ci était influent dans un cercle d'officiers et qu'il amena ainsi nombre d'entre eux vers le réseau 'Vengeance'. (Suite à des arrestations comme dans tous les réseaux, je crois avoir retenu que Georges Wilkinson, puis Jean-Louis Pagon -Colonna- leur succédèrent mais vous référer à des sites serait plus sûr.

Sur le site en ligne du Musée de la Résistance, on lit que Jean Joudiou, né le 22 février 1921 à Ladon, est à partir de 1941 instituteur à Châteauneuf-sur-Loire. En 1941 (ou 1942), il prend la direction des camps de jeunes des Châtelliers.

C'est donc un autre point commun à tous ces résistants que d'avoir encadré des groupes de jeunes : école, camp ou chantier de jeunesse, association sportive.

Un secrétaire de mairie et un lieutenant de réserve, tous deux membres d'une même association, peut être la raison qui amena Claude Lerude à les faire recruter pour organiser le Corps-Franc de Gien.

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Message par Ourson le Lun 11 Mar - 5:52

L'abbé Guillaume n'avait pas tort d'écrire qu'après quatre ou cinq ans les récits ont perdu leur objectivité parce que les témoins confondent inconsciemment et en toute bonne foi le témoignage personnel avec ce qu'ils ont entendu dire par d'autres, et ce qu'ils ont lu sur la question [...] Les étonnements, voire les certitudes enracinées de nos jours par la lecture d'écrits plus récents prouvent qu'il est indispensable de revenir aux premiers témoignages.

Les premiers témoignages recueillis sur Ernest Bildstein sont parus dans 'Témoignages sur Ernest Bildstein' avec indication à la première page, en sous-titre, : Les résistants de la première heure.
  Ce livret a été  imprimé à Gien mais sans indication de date, certainement à l'occasion de l'inauguration du monument à la mémoire d'Ernest Bildstein et des résistants tombés à la montée des vignes le 18 août 1944, monument érigé à Coullons à l'initiative de M. Aubel et d'anciens du maquis.
Ce livret  regroupe une notice biographique, les témoignages de M. Pierre, Instituteur lorrain replié à Coullons, de M. Marcel Petit, Instituteur au Cours Complémentaire de Gien, de Henri Deshayes, compagnon de résistance du Corps-Franc 'Vengeance', de Maurice Espinasse, compagnon du maquis et des extraits du discours prononcé le 13 septembre 1944 par F. Rivierre, pasteur à Châtillon-sur-Loire.

Afin de permettre aux membres de ce site de mieux connaître le parcours d'Ernest Bildstein dans la résistance, et le réseau 'Vengeance', j'ai retranscrit deux de ces témoignages.[/i]

Ci-dessous, celui de Maurice Espinasse : La mort glorieuse d'Ernest Bildstein

    Je n'ai connu Ernest Bildstein que comme camarade de la Résistance et Compagnon du Maquis et c'est à ce titre que j'apporte  mon témoignage sur lui.
    Tant qu'il fut un Résistant sédentaire* et qu'il demeura instituteur à Gien, je n'eus aucune relation avec lui. Puis ce furent les recherches de la Gestapo et Ernest Bildstein quitta Gien, partit pour la Haute-Savoie  mais revint bientôt dans la région giennoise avec le désir de réunir ses anciens camarades et de former ainsi  une nouvelle organisation résistante solide.
   Il fallut d'abord reprendre le contact avec les Chefs et c'est alors qu'il reçut la tâche délicate d'organiser la Résistance au sud de la Loire. A ce moment, j'entrai en tant qu'agent de liaison, en relation avec lui.
    Tout de suite nous nous comprîmes ; dès notre première rencontre nous eûmes confiance l'un dans l'autre. L'ancien chef de la région venant d'être arrêté par les Allemands je rattachai aussitôt à Bildstein tous les groupes connus de moi qui dépendaient de ce chef et les plaçai sous son commandement.
   Dès lors  nos entrevues fréquentes  ne firent qu'augmenter notre camaraderie et notre confiance mutuelle et scellèrent bientôt entre nous   une véritable et profonde amitié dépassant de beaucoup le cadre de la Résistance.
    Ernest, parti de zéro, créa un Maquis avec trois ou quatre camarades. Ses débuts furent difficiles et pour deviner quelle confiance et quelle foi animaient Ernest il suffit de savoir que, pendant plus de quinze jours, cet embryon de Maquis eut pour toute arme et pour toutes munitions une mitraillette et 180 cartouches environ.
    Or, nous étions déjà en Juin 1944 et il fallait faire vite car nous sentions que l'heure H approchait. Ernest demanda au Responsable régional l'attribution de parachutages. En attendant, nous nous mîmes à la recherche d'armes à récupérer car, par ailleurs,  l'effectif de notre mouvement augmentait et il fallait armer tous les hommes.
   Je fus chargé plus particulièrement de cette recherche et je me souviens de la joie d'Ernest à qui j'apportai mousquetons et fusils cachés en 1940 puis à qui je promis un fusil-mitrailleur, le premier, le seul, et en bien médiocre état pourtant.
  En Juillet, le Maquis prit forme,  installé définitivement dans une ferme de Coullons, les « Estourbes ». Nos sections sédentaires*, sections de réserve, s'accroissaient sans cesse, les armes arrivaient peu à peu. Ernest commença alors à faire parler de lui dans la région giennoise, sous le nom de Lieutenant Rémi.
   Maintenant qu'il s'estimait assez fort et qu'il sentait la Libération approcher, Ernest avait deux soucis principaux : lutter contre le Boche et lutter contre le marché noir, car il aimait par-dessus tout la France et la Justice.
    Il commença par lutter contre le marché noir et les profits scandaleux. Plusieurs commerçants du secteur eurent droit à notre visite, durent payer des amendes ou se virent confisquer leurs voitures ; nous imposâmes aux bouchers, par voie d'affichages, de baisser le prix de la viande et de ne plus excéder 80 fr. au kilo. Ernest menait cette lutte impartialement, sans aucun souci de personnalité, d'une manière juste, impitoyable, courageuse.
    Mais cela n'était tout de même que secondaire ; avant la lutte contre les mauvais français, il y avait la lutte contre le Boche, et le désir de montrer à l'occupant détesté que nous étions là. C'est pourquoi, au matin du 14 juillet, les monuments aux Morts des Communes de la région giennoise portaient un drapeau tricolore fièrement juché.
    Avec le mois d'Août commença la lutte véritable contre les Allemands. Ceux-ci se retiraient et circulaient sur nos routes. Nos liaisons devenaient de plus en plus périlleuses, nos transports d'armes extrêmement difficiles. Mais nous nous sentions si près du but que plus rien ne nous effrayait. Ernest en particulier fit preuve, à ce moment, de qualités magnifiques : audace, sang-froid, clairvoyance. Je veux rappeler à ce sujet quelques faits qui en témoignent eux-mêmes.
   A cette époque là, nous eûmes une mission à accomplir près de Montargis. Ernest décida d'y aller en automobile, seul avec un chauffeur, en plein jour. Le matin, quand il partit, je lui proposai de l'accompagner : il refusa. Et comme je lui objectais qu'il aurait du mal à se défendre seul s'il était attaqué par les Allemands : « Nous tenterons de forcer les barrages si nous en rencontrons, me dit-il, si cela est impossible, si malgré tout nous sommes arrêtés, c'est que nous aurons affaire à des forces par trop supérieures et je ne combattrai pas car je ne dois pas risquer la vie de mon chauffeur (il avait requis une voiture et son chauffeur et celui-ci possédait un bon de réquisition qui devait le protéger vis-à-vis des Allemands). « D'ailleurs, ajouta-t-il, je n'emporte pas d'armes. Vois-tu, simplement ce revolver pour me brûler la cervelle au cas où je serais justement dans une situation désespérée car je ne veux pas tomber dans les mains des Boches vivant ». Il partit et revint, sa mission terminée, après avoir forcé deux barrages de police allemande.
   Quelques jours plus tard, Ernest, apprenant que la Kommandantur quittait Gien et qu'avec elle partaient deux traîtres Français, agents de la Gestapo, décida que nous procéderions, le lendemain même (le temps pressait, le départ était prévu pour le lendemain soir) à l'enlèvement de ces deux individus. Il dressa alors avec nous un plan d'une précision merveilleuse et d'une sûreté telle que les deux hommes ne pouvaient nous échapper. Et le lendemain matin en effet, nous « cueillions » les traîtres, l'un dans la rue, l'autre chez lui, nous les assommions, les jetions dans nos voitures et repartions à toute allure vers le maquis, sans souci de la police allemande.
    Dans ces jours-là également, Ernest revenant en voiture d'une mission avec 3 ou 4 camarades, croisa un camion allemand sur la route Gien-Bourges. La vitre arrière ayant été enlevée, Ernest se tenait avec un F.M. À l'arrière de l'automobile. Il tira une rafale sur le camion qui prit feu et tua 2 ou 3 des occupants.
    Et, après ces quelques faits tout à l'honneur du Lieutenant Rémi, j'en arrive naturellement au 18 août qui devait être fatal pour ce pauvre Ernest.
   Ce matin-là, nous devions faire en automobile une sortie assez dangereuse, nous allions établir une liaison à Saint-Brisson, à une vingtaine de kilomètres du Maquis, alors que les Allemands en pleine retraite sillonnent les routes.
    La veille au soir, ayant vu Ernest fatigué, je lui ai proposé de faire son tour de garde moi-même et effectivement j'ai pris la garde à minuit, au lieu de le réveiller à 2 heures pour me remplacer, je l'ai laissé dormir et je suis resté à mon poste jusqu'à 4 heures. Puis ayant transmis la garde à un autre camarade, je me suis couché également très fatigué. A 7 heures Ernest me réveille : « Dépêche-toi, me dit-il nous avons du travail ce matin ». Je me lève, nous faisons notre toilette et nous déjeunons ensemble puis nous partons au rendez-vous fixé au chauffeur avec sa voiture, en emmenant avec nous un camarade (André) Robichon et des armes (2 F.M. Et une mitraillette). Le chauffeur nous avertit aussitôt que Coullons est occupé par plusieurs centaines d'Allemands et qu'il ne faut pas traverser le village. Nous partons, nous avons fait à peine 4 ou 5 km quand, en arrivant à un croisement de route nous voyons un Allemand isolé en vélo. Notre voiture stoppe brusquement, nous bondissons sur la route l'arme en avant. L'Allemand lève aussitôt les bras et Ernest lui ordonne de monter dans notre voiture. Nous faisons demi-tour et revenons au Maquis avec notre prisonnier, notre premier prisonnier qui est accueilli avec des cris de joie et de triomphe par tous nos camarades. Enfin, nous repartons vers St-Brisson en évitant Coullons, ce qui nous oblige à prendre une route nationale sur une distance de 5 km, de St-Gondon à Poilly.
    Pourtant l'aller se passe bien, nous arrivons vers 11 heures.
    En revenant de St-Brisson, nous nous arrêtons à St-Martin où un commerçant nous a offert sa voiture. Nous rentrons chez l'instituteur, un de nos camarades, qui nous offre une coupe de champagne et nous buvons à la Victoire. Mais notre présence dans ce village est remarquée et deux hommes décident de partir avec nous dans la Maquis. L'un d'eux sait conduire ; c'est donc lui qui prendra le volant de la voiture qu'on nous donne. Ernest repart dans son automobile avec son chauffeur, et notre camarade Robichon, tandis qu'il me confie le commandement et la responsabilité de la deuxième voiture où j'ai pour compagnons 2 hommes, puis bientôt trois  (car au moment du départ un troisième se décide à nous accompagner) que je ne connais pas et pour arme un fusil-mitrailleur. Nous repartons donc vers le Maquis et de nouveau, après hésitations et réflexion, nous évitons Coullons pour reprendre la même route qu'à l'aller. « Sur les 5 km de route nationale, nous fit Ernest, attention, nous irons très vite, et si nous rencontrons un convoi, nous ne l'attaquerons pas. Défense de tirer ! »
   Et nous nous engageons sur cette route Nationale. La voiture d'Ernest roule en tête, la mienne une centaine de mètres derrière. Nous allons à une allure folle, le compteur marque jusqu'à 120 à l'heure. Soudain, à la sortie d'un virage au lieu dit « la Montée des Vignes », à 2 km de St-Gondon, j'aperçois au milieu de la route deux Allemands, le vélo à la main et levant l'autre bras en signe de reddition. La première voiture freine brusquement et s'arrête. La mienne qui a de mauvais freins, est obligée de doubler l'autre et ne peut s'arrêter que 80 m plus loin environ. Je vois Ernest qui est descendu de voiture braquer sa mitraillette sur les deux Allemands. Nous descendons tous des voitures sauf le chauffeur d'Ernest qui reste à son volant. A ce moment éclate un coup de feu et je m'aperçois que mon chauffeur a reçu une balle dans la poitrine. Je cherche qui a pu tirer et je distingue soudain, à 15 mètres de moi, dans la direction de St-Gondon, des têtes allemandes et des fusils dépassant des deux fossés. Je comprends qu'il y a eu embuscade et je me place avec mes camarades derrière la voiture mais mon chauffeur reçoit une nouvelle balle qui lui déchire le mollet et il tombe mort. Derrière, Ernest a compris le danger et s'est caché derrière un arbre ainsi que notre camarade Robichon. Il a donné l'ordre au chauffeur de faire faire demi-tour à la voiture et celui-ci a exécuté l'ordre. Les balles continuent à siffler mais Ernest ne tire pas et parlemente en Allemand avec les deux soldats ennemis qui étaient sur la route et qui se sont glissés eux aussi dans les fossés. Je m'en étonne et je décide de tirer après avoir donné l'ordre aux deux hommes vivants de ma voiture d'essayer de se sauver. L'un réussit à gagner les haies voisines, l'autre est atteint par une balle et tombe. Resté seul de ma voiture, je tire. D'une première rafale, je tue un Allemand et en blesse deux autres. Puis, apercevant un ennemi qui m'ajuste, je braque mon F.M. dans sa direction, mais il tire avant moi et je reçois la balle dans la main droite. Je reprends le combat en tirant de la main gauche, mais à ce moment, je constate que le levier d'armement de mon F.M. est brisé et que, par conséquent, mon arme est inutilisable. Ernest a vu ma blessure : je me retourne, il me fait signe d'essayer de m'échapper : « Vite, me crie-t-il. ». Je bondis par-dessus le fossé, une balle déchire mon pantalon et me blesse légèrement à la jambe ; je m'abrite derrière une haie et en rampant, je m'approche d'Ernest. Je le vois se découvrir un peu pour viser, mais, à cet instant précis, il reçoit une balle en pleine poitrine et s'affaisse sans un cri, sans un mot. Ernest est mort. J'ai du mal à le croire, je l'observe pendant quelques secondes : pas un mouvement, pas un soubresaut, ses yeux sont clos, il n'a pas souffert. Je comprends qu'il n'y a plus rien à espérer. Ernest tué, Robichon parti, je reste seul vivant sur le lieu du combat et les Allemands tirent toujours dans ma direction. Je n'ai plus qu'à essayer de me replier. En rampant, je m'éloigne puis je me mets à courir. Les Boches me voient et essaient de m'atteindre. Par chance aucune balle ne me touche.
   La suite ne concerne plus que moi puisque j'ai dû quitter ce pauvre Ernest étendu sur le bas-côté de la route, une petite tache rouge sur sa poitrine. Je me souviens que, quelques minutes après, alors que je venais de mettre une certaine distance entre les Allemands et moi, je me suis arrêté et j'ai eu envie de revenir en arrière vers Ernest, je ne pouvais me résigner à laisser son cadavre aux mains de l'ennemi. Seul le sifflement des balles à droite, à gauche, au-dessus de moi, ce sifflement obsédant et sinistre, m'a poussé à continuer mon repli.
    Je garderai longtemps en moi le souvenir d'Ernest Bildstein, d'une part, camarade franc, loyal, généreux, compréhensif, d'autre part chef courageux et patriote ardent.
   Je me souviendrai toujours avec émotion de ces rendez-vous où nous nous rencontrions à la tombée de la nuit alors que j'étais agent de liaison. C'était en Juin ou Juillet 1944. Vers 10 heures du soir, nous nous retrouvions en pleine campagne, dans un bois de chênes. Nous nous allongions dans l'herbe et nous parlions à voix basse. Je lui rendais compte de la vie de mes groupes, de mes découvertes d'armes. Ernest me donnait des directives et puis me parlait des camarades restés là-bas au Maquis. Je lui apportais les nouvelles aussi, écoutées à la radio de Londres. Lui me confiait ses espoirs de voir bientôt la France libérée et de pouvoir retourner dans son Alsace natale. Parfois, il me disait sa fatigue, sa lassitude. Moi, qui connaissais son état de santé, je lui conseillais de se reposer, mais il ne voulait rien entendre, il s'agissait d'abord de sauver la France et de chasser le Boche, après l'on verrait.
   La dure vie du Maquis n'était hélas guère favorable à une amélioration de sa santé. Ernest couchait comme nous sur la paille, tout habillé, roulé dans une couverture et n'aurait pas accepté que son sort fût meilleur que le nôtre.
    Nous l'aimions tous, nous ne voulions pas d'un autre chef, nous avions en lui une confiance entière, absolue, c'était lui le plus atteint de nous tous par le mal physique et pourtant c'était lui qui avait le plus de dynamisme et de force intérieure. Il était l'expression du patriotisme le plus pur et le plus ardent. Il symbolisera toujours, à mes yeux, l'esprit même de la Résistance française sous l'occupation allemande.
   Ernest était le meilleur d'entre nous et le meilleur d'entre nous, hélas, s'en est allé.

M.ESPINASSE,                    
Secrétariat à la Police à Orléans.  


Maquisards, résistants sédentaires et clandestins : article de Joël Drogland, (Extrait du cédérom, La Résistance dans Yonne, AERI, 2004).
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Message par Ourson le Lun 11 Mar - 11:02

Ernest Bildstein maquisard est évoqué dans le témoignage précédent. Henri Deshayes apporte son témoignage sur Ernest Bildstein, Résistant. (Dans le livret, l'ordre chronologique est respecté.)

    Ernest Bildstein, Résistant

    Au mois de septembre 1943, en demandant à Ernest Bildstein de prendre le commandement de la section de Gien du mouvement « Vengeance », je connais par des conversations antérieures ses profonds sentiments anti-allemands et je suis certain de la réponse qui me sera faite.
    Mes espoirs ne sont pas déçus et à partir de ce moment le lieutenant Bildstein assure la direction militaire de la 41e compagnie alors que le capitaine Defaucamberge gère les affaires générales du secteur Gien-Briare.
    Aussitôt, le recrutement commence. Une, deux, puis trois sections sont formées. Un tel accroissement nécessite une excellente organisation et pose de nombreux problèmes relatifs à l'armement et à la subsistance des maquis éventuels. Inlassablement, tout en continuant d'occuper son poste d'instituteur au cours complémentaire de Gien, Bildstein s'occupe de tous les détails. Presque chaque semaine, il va à Orléans pour y rencontrer le chef départemental (1) qui lui communique ses instructions.
    Quelques jours passés avec lui pendant une réunion clandestine d'officiers en Normandie (2) m'apprennent à mieux apprécier encore ses qualités de chef et me font découvrir en lui un véritable ami. Pendant ce séjour, Ernest rencontre le chef national de « Vengeance » (3) avec qui il s'entretient longuement : le contact est établi avec les camarades de Bretagne. Des consignes précises sont données : il faut avant tout se procurer des tickets d'alimentation pour venir en aide aux résistants et aux réfractaires.
    La prise des tickets de la Mairie de Gien est mise sur pied, et le 23 décembre plus de 8 000 feuillets semestriels et cartes sont soustraits (4). Cette parfaite réussite est pour lui le symbole d'une victoire certaine et il me confie sa joie, ses espoirs de pouvoir rapidement intensifier la lutte contre l'occupant.
    Dans sa fièvre d'action, il reste d'une prudence extrême. Il s'attache à constituer des groupes isolés ; ses ordres donnés amicalement sont toujours clairs et précis. Il prévoit un plan de regroupement au nord de Gien.
    Malgré toutes les précautions, la gestapo entre bientôt en action contre notre groupe. Le 16 janvier 1944, le capitaine Defaucamberge, chef de secteur de « Vengeance » est arrêté à Orléans au cours d'une réunion d'officiers (5).
    A partir de ce moment, Ernest, redoublant de prudence, fait cesser toute activité aux hommes de sa compagnie ; lui-même évite, pour se rendre, soit à l'école, soit à sa chambre rue Paul Bert, de prendre toujours le même itinéraire. Serge Chevassus, agent de la gestapo, interprète à la Kommandantur le salue ; il sait ce que cela veut dire.
    Puis arrive la fin de Janvier. Se sentant de plus en plus surveillé, il songe à quitter Gien et pense d'abord pouvoir se cacher quelques jours à Arrabloy (6) ; mais à l'annonce de nouvelles mesures coercitives contre les Alsaciens-Lorrains, il décide de partir en Savoie. Le Dimanche 30 Janvier il vient me faire ses adieux. Il sait que je risque d'être inquiété. Il me recommande prudence et courage et me quitte plein de confiance.
    Un congé régulier de maladie justifie son départ de Gien. Très fatigué, il se repose quelques jours à Coullons puis part pour la Savoie.
    Dès son arrivée en gare de Grenoble, Bildstein est arrêté par les miliciens, son identité est contrôlée, on lui demande le but de son voyage. Ne perdant pas son sang-froid, il déclare qu'il est pensionné de guerre, réformé à 100 % et qu'étant fatigué, il vient se faire soigner dans la région. On ne le croit pas et il est conduit dans un hôpital pour y être radiographié. C'est seulement après cette opération qu'il est libéré.
    Quelques jours après, il entre dans un groupe de résistants et commande une section de 20 volontaires.
    Ernest a des nouvelles de Gien ; il est au courant des événements (7) qui ont suivi son départ : il sait que bon nombre d'arrestations ont échoué et que plus que jamais les rescapés sont décidés à poursuivre la lutte. Il s'ennuie en Savoie et m'écrit : « Je m'ennuie loin de vous. J'ai bien trouvé d'autres camarades de basket mais je regrette notre ancienne équipe des bords de Loire et c'est parmi vous que j'espère disputer le match final. »
    Demairé m'a rejoint le 2 mai et depuis, chaque jour j'espère le retour d'Ernest.
    13 Mai ! Demairé est à Gien depuis la veille. C'est pour moi jour de Fête. Mon père et celui de l'institutrice qui m'héberge sont venus jardiner et surtout me voir. C'est une magnifique journée de printemps. J'ai le droit de mettre le nez à la porte et je prends mon repas au rez-de-chaussée dans une pièce voisine de la classe. Les élèves sont rentrés. La porte est soigneusement fermée. André, l'institutrice, assise à son bureau, surveille la route et la porte d'entrée. Quel est donc cet homme qui semble chercher quelque chose ? Il regarde l'école. La grille grince. Il entre dans la cour. Prévenu aussitôt je regagne ma chambre et Andrée va au devant de celui qui vient d'arriver. Elle le fait entrer dans la cuisine et appelle « Henri ! Descendez ! » Un homme aux traits tirés, au sourire fatigué, aux joues creusées est devant moi. « Qui est-ce ? » Rapidement, il enlève les lunettes bleues qui masquaient son regard, et je reconnais ses yeux qui n'ont pas changé et me sourient.
    « Me voilà enfin revenu parmi vous, mais qui est à côté ? N'y a-t-il rien à craindre ? » Les présentations sont rapidement faites – Et c'est alors qu'Ernest nous raconte sa vie en Savoie.
Il nous dit les longues nuits passées dans la neige, les difficultés qu'il a eues pour revenir, les privations. Depuis 1 mois, il n'a pas mangé de pain et s'est nourri presque exclusivement d'écorces et de racines. Je le reverrai toujours osant à peine toucher à un morceau de pain blanc qu'on m'avait envoyé. Il le mange par toutes petites bouchées répétant sans cesse « Mais, c'est du gâteau, mais c'est du gâteau, comme c'est bon.».
Le repas terminé, Ernest fatigué monte se reposer, mais, dès 5 heures, il redescend et est prêt à rendre service - « Vous avez beaucoup de cahiers, dit-il à Andrée et il vous faut aller au ravitaillement à Gien. Nous allons vous aider. Nous soulignerons les fautes et vous n'aurez plus qu'à noter, cela vous avancera un peu. ».
    Toujours Ernest cherche du reste à se rendre utile. « Chez mes cousins en Savoie, nous dit-il, j'ai dû plus d'une fois aider au ménage et m'occuper des petits. Je suis maintenant une ménagère accomplie. Donnez-moi un torchon, vous allez voir ! »
Ernest se rétablit vite. Aussitôt il entreprend une randonnée au sud de la Loire au cours de laquelle il rend visite à ses amis intimes et notamment au Pasteur de Châtillon-sur-Loire.
La liaison avec le commandement départemental amorcée depuis un mois est rétablie. (Cool
A la fin de mai, les officiers de l'Intelligence Service nous donnent l'ordre de passer au Sud de la Loire et affirment que nous aurons un parachutage très prochainement. Ernest rayonne. Le 1er Juin, il passe la Loire à Gien accompagné de Demairé et loge au Petit-Piat (Coullons) où je le rejoindrai quelques jours plus tard. Je ne resterai du reste pas toujours avec eux. Hébergé par des amis, je vais les voir chaque semaine et partage leur vie pendant quelques jours. Le maquis grossit et s'installe chez M. Muntzer à la Détourbe.
Ernest est alors en pleine activité. Il est nommé chef du secteur sud de la Loire. Il rétablit les liaisons, participe aux travaux des champs, prend la garde comme les hommes, effectue de nombreuses missions sans jamais se plaindre.
    C'est au cours d'une de ces missions qu'il trouve une mort glorieuse le 18 août 1944.
L'annonce de l'embuscade jette la consternation parmi les camarades du maquis au sein duquel il avait su créer une atmosphère de camaraderie et de confiance qui ne renaîtra jamais après sa mort.
    Tous, nous l'aimions et sa droiture, son honnêteté scrupuleuse lui valaient l'estime générale.
    Je connaissais particulièrement ses sentiments.
   Quelquefois nous nous éloignions du cantonnement et nous causions longuement en nous promenant sous bois. Quelques jours avant sa mort, devant l'avance alliée, il me confiait encore son espoir de se retrouver bientôt près de ses vieux parents et de son frère pour qui il se tourmentait tant.
    Patriote fervent, il aimait son Alsace natale et souhaitait ardemment d'y retourner et de reprendre sa place, à la tête d'une classe de petits Alsaciens-Lorrains auxquels il apprendrait à aimer la France.
Avec lui disparaît mon plus récent mais aussi mon meilleur ami.

Henri DESHAYES,          
10, rue Clémenceau, Gien.



Ces annotations ne figurent pas dans le texte d'origine.
1. Claude Lerude
2. Réunion clandestine organisée début décembre 43 par Claude Lerude à Cerisy-Belle-Etoile près de Caen, en zone occupée, et qui regroupa pendant une dizaine de jours une cinquantaine de résistants des Corps-Francs 'Vengeance' venus de diverses régions (Centre, Bretagne, région parisienne, ...)
3. François Wetterwald
4. C'est une équipe d'Orléans qui, sur ordre de Claude Lerude, se charge de l'opération. Ainsi, les résistants sédentaires locaux ne pouvaient être soupçonnés.
Les complices locaux, Raboliot et Raoul, permettent à 'Michel' de rester caché à la Mairie. Celui-ci ouvrira à minuit la grille à l'équipe orléanaise qu'il attend.
5. Albert Marchand, domicilié à Gien, Ingénieur aux Ponts et Chaussées et en charge du renseignement est également arrêté lors de cette réunion.
6. Andrée Poupa, dès son engagement dans le Corps-Franc, a accepté la mission de cacher si besoin des résistants recherchés. Elle est aussi agent de liaison et aidera au ravitaillement des maquis.
7. Lussac est arrivé à Gien dans la journée du 2 février 44. Les perquisitions ont débuté dans la nuit du 2 au 3 février.
8. Jean-Louis Pagnon 'Colonna' ; Claude Lerude arrêté, les rescapés de son équipe ont assuré la relève.

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Message par Ourson le Dim 31 Mar - 11:16

Cette photo date de bien plus tard que 1943, d'après la mort d'Ernest Bildstein et de trois de ses camarades lors de l'embuscade de la montée des vignes le 18 août 1944.
Ce défilé a eu lieu après que les troupes alliées soient arrivées. Gien fut libérée par le départ de l'armée d'occupation et, fort heureusement, sans nouveau combat. Dans bien des villages, la population qui pourtant espérait la libération, vivait dans la crainte des représailles contre les civils (Saint-Gondon, Sully, ...)
En 43, pas trop de défilés de résistants dans les rues ... Ils restaient 'sédentaires' tant qu'ils le pouvaient sous la couverture de leur emploi et passaient peu à peu dans la clandestinité;

Il pourrait être intéressant d'ouvrir des sujets sur les autres mouvements de Résistance du secteur mais ce sujet porte sur les Corps-Francs 'Vengeance' du secteur. Ci-dessous, quelques noms de résistants du CFV de Gien. Fin 43, ils étaient une cinquantaine d'engagés.

Ernest Bildstein ''Lieutenant Rémi'' - Instituteur ;
Henri Deshayes ''Raboliot'' - Secrétaire de mairie ;
Jean Chauveau ''Charles Prunier'' - Préparateur en pharmacie ;
Georges Henry ''René Delacroix'' - Réfractaire STO
Jean Bidault ''Green'' - Maçon ;
Paul Michelet ''Louis Prunier'' - Quincailler à Gien
Robert Auger ''Robert Dieudonné'' - Instituteur ;
Georges Henry ''René Delacroix'' -Réfractaire STO ;
Andrée Poupa - Institutrice ;
André Perronnet ''Martinien'' - Employé de commerce ;
Pierre Joly ''La fleur des rauches'' - coiffeur ;
Robert Olivier ''Raymond Duffour'' - Peintre ;
Robert Branger ''André Mourlon'' - Peintre ;
Léon Cornille ''Raoul'' - concierge de la mairie ;
Pierre Poupa ''René David'' - Employé de bureau (administration) ;
Jean-Baptiste Florent - Réfractaire STO
René Thivin ''André Duvallon'' - Agent SNCF ;
Emile Lemitre ''Arthur'' - Boucher rue Clémenceau ;
Henri Rogale ''Vix'' - Contrôleur dans une administration (vient du CFV des ateliers d'Orléans)
André Siméon - Boiseur ;
...
Albert Marchand pour le Service Renseignements ; et des gendarmes, des policiers, des agents PTT

2 compagnies CFV 'Vengeance' sur ce secteur militaire :
Chef du secteur : Cdt de Faucamberge ''L'épervier'' - Commandant d'aviation ;
Officiers : Lieutenant Bildstein et Lieutenant Debenne

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