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Libération d'Ouzouër-sur-Loire 1944

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Libération d'Ouzouër-sur-Loire 1944

Message par Invité le Lun 18 Oct - 2:28

Ouzouër-sur-Loire 1944

La joie, pourtant, ne fut pas sans mélange. Car un sentiment de culpabilité put parfois tempérer la liesse de Français qui n’oubliaient ni le traumatisme de la défaite de 1940, ni l’attitude, parfois peu glorieuse, des civils sous l’occupation. Habitant Ouzouër-sur-Loire, un petit village du Loiret, Alain Gaubert relate cette gêne :

J'ai huit ans, et j'habite un village du Loiret de 900 habitants. Un matin, il y a rumeur et attroupement sur la place. Une Jeep est là, avec un seul soldat américain. Imaginez que vous voyez pour la première fois ce véhicule, cet uniforme, et ce jeune homme qui ne parle pas un mot de français. Je ne pense pas que vous y arriverez. Il faut avoir vécu cette première fois stupéfiante. Deux grenades sont suspendues au tableau de bord, par la goupille je crois. La foule touche tout, vocifère. Quelques-uns montrent les grenades et le café en face. Ils veulent que le soldat détruise le café, parce que les Allemands s'y arrêtaient pour boire, et que sa patronne ne pouvait être qu'une salope et une collabo. Le soldat protège ses grenades comme il peut. Une dame arrive, et sort son anglais du Brevet. Le soldat s'épanouit. Une conversation difficile commence entre eux. Mon parrain s'approche. Lui et sa femme ont fait une résistance exemplaire, à peu près les seuls du village. Mon parrain, tout rouge, apostrophe la foule, lui demande ce qu'elle faisait pendant la guerre, et défend la patronne du café, qui était bien obligée de servir les Allemands.

Les jours suivants, les Américains passent nombreux dans le village, en convois. Tout le monde les applaudit. Ils nous jettent des rations, des bonbons, et même, je le jure, l'un d'eux jette un bonbon qu'il était en train de sucer. Quand ils s'arrêtent, ils sont avides de tomates, et crient "Calvados ! ". Mon parrain vide ses réserves d'eau-de-vie, marc ou prune. Tout le village est devenu gaulliste, résistant, anti-pétainiste. Je repense souvent à cette matinée, et surtout au jeune Américain solitaire. Quelqu'un a dit, en le voyant ainsi, qu'il avait du cran, ce jeune. Cet Américain, je voudrais lui avoir dit quelque chose, et que nous n'étions pas tous ces braillards qui s'achetaient une conduite héroïque à vil prix, et que je l'avais attendu, en écoutant tous les soirs "Ici Londres, les Français parlent aux Français", en confectionnant des petits drapeaux américains maladroits, et des drapeaux russes, anglais, français, que je distribuais à n'importe quel convoi qui s'arrêtait chez nous.

Tout ceci n'a rien d'original, mais c'est mon Américain. J'étais sûr qu'avec lui la liberté et le bonheur venaient de débarquer chez nous, que mon père reviendrait vite de son camp de prisonniers vers Stuttgart, et que mes grands-parents et ma tante reviendraient, eux, de ce lieu lointain dont je ne connaissais pas encore le nom, et dont ils ne reviendraient pas, et qui s'appelait Auschwitz.[b]

http://www.arte.tv/fr/Vos-souvenirs/2004820.html


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