Traversée de Gien par le 241ème RALD

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Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par BILATE le Sam 20 Jan - 0:42

M'intéressant au parcours militaire de mon père entre Septembre 1939 et août 1940, temps pendant lequel il servit au 241ème RALD comme brigadier monté et chef des avant-trains, je me souviens du récit de sa traversée de la Loire à Gien en juin 1940.

Il faut savoir que le 241ème R.A.L.D a été très éprouvé durant sa retraite avant d’arriver devant Gien.

En effet le 7 juin 1940, depuis Bussy (Oise) jusqu’à la traversée du village de Lagny (Oise), tous ses éléments hippomobiles ont été pris sous un violent bombardement aérien pendant toute la journée, se retrouvant ainsi coincé dans ce village qui n’offrait que très peu de rues adjacentes. Si bien qu’une fois que la tête et la queue de convoi furent bombardées, le régiment se trouva pris au piège dans la rue centrale, permettant ainsi à l’aviation ennemie de poursuivre son œuvre destructrice sans danger. La capacité de « D.C.A » d’un tel régiment était inexistante et par ailleurs l’aviation française était absente, comme le remarque le récit de cet épisode que l’on trouve dans le dossier des Archives du S.H.D de Vincennes. Dans cette affaire le régiment perdit par exemple 19 canons sur les 24 qu’il possédait en dotation. Sur les deux groupes (V et VI), Le VIème groupe n’a plus un seul canon et se voit contraint de disparaître de l’organigramme. Les hommes qui restent, ainsi que le matériel, vont compléter un Vème Groupe aux capacités bien réduites lui aussi. Le nombre de tués reste très faible, avec 9 hommes, ainsi que 17 blessés, mais on compte 270 disparus. A côté de cela les pertes en chevaux (797 tués ou disparus) et en matériel de toute nature sont très importantes.

On le voit donc, c’est un régiment aux capacités de tir très amoindries qui continue sa retraite vers Gien, mais l’encadrement reste très présent et l’ordre règne dans les formations restantes, d’après la lecture des J.M.O. La fatigue de tous est extrême car depuis des jours le repli se fait par la route, sous les attaques d’une aviation ennemie très active et une pression des troupes terrestres de l’adversaire qui les talonnent de plus en plus prés. A cela se rajoutent la peur et la tension, car de nombreux obstacles restent à franchir (pont, routes de plus en plus encombrées), sans oublier une désorganisation des échelons supérieurs qui se fait jour.

Mon père, âgé de 27 ans, est brigadier et chef de pièce à la 13ème Batterie qui appartient au Vème groupe, sous les ordres du Capitaine Mahu, officier d’active commandant la batterie et âgé de 33 ans, du Lieutenant Despréaux, instituteur officier de réserve et officier de tir âgé de 23 ans, ainsi que du Sous-Lieutenant Oldra, âgé de 27 ans officier d’active et officier de batterie. La batterie a sauvé deux pièces, soit deux canons Schneider de 155 C (Court), chacun avec leur train ainsi que leur caisson. Le canon pesant 3300 kg est accroché à un avant-train ou essieu à deux roues au timon duquel, de part et d’autre, sont attelées 4 paires de chevaux dont la ligne des chevaux de gauche est montée par 4 conducteurs. Il s’y ajoute le caisson, contenant 28 coups en ordre de route ou 32 en ravitaillement. En ordre de route il est attelé à 6 chevaux, dont trois sont montés, deux conducteurs non-montés, les paquetages étant sur le chariot du caisson. On peut estimer la longueur de l’attelage du canon à 17 m, et celui du caisson à 12 m. Comme on s’en doute un tel attelage est lent (5 km/h), pas facile à camoufler pendant une progression sur route, encombrant et difficile à manier lorsqu’il faut se frayer un passage dans les embouteillages. Ces encombrements sont nombreux, et les retards accumulés par le 241ème RALD laissent à penser au Capitaine Mahu, rédacteur du J.M.O de la 13ème Batterie, qu’ils causeront la perte de l’unité :
« Le Vème groupe marche derrière le 41ème (R.A.C ?). Dans les bois de Saint-Sépulcre, sans se soucier de ce qu’il a derrière lui, la CR2 du 41ème fait boire cheval par cheval, obligeant le 241ème à rester à découvert pendant 1h30. Le régiment ne peut doubler les voitures du 41ème (étant au) qui occupe le milieu de la route. Ce retard amènera la perte du 241ème devant le pont de Gien. » (J.M.O 13ème Batterie)

Le 41ème Régiment d’Artillerie de Campagne est le régiment qui a donné naissance au 241ème RALD. Les deux régiments appartiennent à la 23ème Division d’Infanterie incluse à la VIIème Armée. Il faut savoir que d’après un récit du fils d’un soldat du 41ème R.A.C (récit sur internet), ce même régiment aurait été le dernier à traverser le pont de Gien. Alors peut-être en effet le retard qu’il a occasionné au 241ème RALD aura-t-il été fatal à ce dernier. Selon le Capitaine Mahu, la destinée tragique de la colonne hippomobile se serait donc jouée du fait d’un retard de 1h30 subit le 15 juin au soir qui fit arriver le régiment à 400m du pont juste avant 20h30 le 17 juin, moment où explose ce même pont, au lieu de 19h30 s’il n’y avait pas eu ce retard dû au 41ème R.A.C …
Le 16 juin 1940, le Vème groupe reçoit « l’ordre de franchir la Loire et de se mettre en batterie près de Poilly (nom complet Poilly-lez-Gien) par La Pichoterie, Saint-Germain-des-Prés (Loiret), Montbouy, Châtillon-Coligny, Sainte-Geneviève-des-Bois, Les Bézards, Gien. » (J.M.O 241ème RALD).

Depuis Lagny le groupe a fait plus de 200 km en 9 jours, sous les tirs de l’aviation, avec des haltes et des cantonnements de fortune, sans compter les mises en batterie ou les positions hasardeuses « en débouché à zéro », comme le franchissement très « chaud » du pont au confluent de l’Yonne et de la Seine à Montereau-Faux-Yonne le 14 juin !

En fait le groupe, dont la 13ème batterie, marche depuis le 15 juin 12h30, avec une halte de 16h à 21h que les hommes pensaient tous prolonger après cette marche de 35 km ! Eh bien non, voilà qu’il faut repartir en toute hâte pour traverser la Loire à Gien, soit 45 km. Une étape totale de près de 80 km qui doit donc les mener de l’autre côté de la Loire. On ne doit pas perdre de vue que pendant les haltes les hommes doivent d’abord s’occuper des chevaux avant de penser à eux ! Il faut les faire boire, les nourrir, vérifier les harnachements, parfois les dételer donc par la suite les atteler. Tout cela est indispensable et diminue d’autant la durée du repos réel des hommes !
On peut donc imaginer l’état de fatigue extrême de tous, en effet les restes du VIème groupe ont rejoint le Vème hippo. La B.H.R et l’état-major du régiment avec le reste des véhicules automobiles a réussit à atteindre Gien et passer le pont, où elle attend les deux groupes.

C’était sans compter sur les encombrements à l’approche de Gien. En effet à 18h30 le 16 juin, la colonne hippo (V et VI groupes), arrivant de Sainte-Geneviève-des-Bois, est stoppée net aux Bézards en débouchant du GC 36 (aujourd’hui D56) sur la N 140 (aujourd’hui D2007 puis D940) à environ 10 km de Gien ! Lisons la description de la situation faite par le Capitaine Mahu qui tient le J.M.O de la 13ème Batterie :
« À 18h30, après une marche très pénible, la batterie groupée arrive au carrefour route Bleiq Route N. de Gien à 8 km de cette ville (Il doit s’agir du croisement situé aux Bézards, voir J.M.O 241ème). La colonne se heurtant à un embouteillage total de la route sur laquelle se trouve 3 colonnes constituées d’un mélange de voitures autos civiles, militaires et voitures hippos. Le service d’ordre est inexistant. Le capitaine fait déboiter la colonne dans un pré, parallèlement à la route, ce qui permet de progresser de 2 km. Il est 20h. »

On s’aperçoit que plus rien ne fonctionne pour essayer d’organiser les flux, seul le « chacun pour soi » prévaut. L’avantage de posséder des chevaux va permettre une progression à travers champs, mais il faut bien reprendre la route !

Entre 20h le 16 juin et 5h le 17 juin, la colonne est complétement engluée, figée, sans pouvoir avancer ! On peut lire dans le J.M.O de la 13ème Batterie :
« Le capitaine Gerhardt et le capitaine Mahu font constituer deux colonnes, une de droite, une de gauche, les voitures civiles sont mises sur le côté. Ces colonnes devraient s’écouler normalement et rien ne progresse. Il est impossible de trouver un officier du service d’ordre. »
Le désordre règne toujours.

Le 17 juin de 5h à 19h, la colonne progressera de 6 km supplémentaires. Le J.M.O indique même que la tête de cette dernière est à 400 m du pont ! A nouveau bloquée elle entendra l’explosion du pont à 20h15 (selon d’autres sources 20h30), fin d’un rêve, celui de traverser. Début d’un cauchemar : comment poursuivre la retraite et échapper à la capture ?

En effet, il faut savoir que quelques heures auparavant, vers 15h30, l’arrière de la colonne a été attaquée ! La panique se serait emparée de fantassins français que nos artilleurs virent refluer en jetant leurs armes, selon le J.M.O, et en criant que l’ennemi était là. Il semble que les officiers de la colonne hippomobile aient bien mené leurs artilleurs qui, revenant sur l’arrière de leur colonne, armés de leurs mousquetons et ayant mis leurs mitrailleuses en batterie, firent feu en direction des taillis d’où provenaient les tirs ennemis. Ils furent aidés spontanément par un groupe de soldats tchèques (1er R.I tchèque ?) et de militaires français du 7ème Régiment du Train. Cette riposte suffit à calmer les tirs ennemis.

Ce petit espoir, mêlé de peur et peut-être aussi d’un regain de fierté, sembla se confirmer par la remise en route de la colonne dont les voitures se dégagèrent et progressèrent vers le pont. Il devait être aux alentours de 16h ou 17h (hypothèse personnelle).
A l’approche du pont, enfin un service d’ordre est présent, mais l’affolement général ne parvient pas à être régulé. En lisant le J.M.O on en a la certitude :
« Le capitaine Mahu se rend au passage à niveau où il prie le capitaine, qui règle la circulation, de donner la priorité aux voitures hippos de la 23ème DI et d’arrêter les camionnettes, qui pour se frayer un chemin, foncent sur les chevaux les obligeant à s’arrêter. »

Nous avons vu en préambule combien une pièce d’artillerie hippo., ainsi que les autres attelages étaient encombrants, en conséquence il devenait impossible de progresser contre les véhicules automobiles. Dans ces conditions, la colonne s’étire sur 800 m, les officiers l’encadrent avec ardeur : le capitaine Mahu à sa tête et le capitaine Gerhardt en serre-file à l’arrière. Par ailleurs le lieutenant-colonel Jacomy, commandant le régiment et ayant déjà traversé la Loire, est venu rejoindre à bicyclette son régiment sur la rive présentant tous les risques. Voilà un officier qui à 58 ans n’a pas hésité à revenir parmi ses hommes en quittant une situation confortable. Je ne sais si tous les hommes l’ont vu, mais il ne fait pas de doute que pour ceux qui l’ont aperçu cela devait donner à espérer. Il repassera le pont dans l’après-midi avec les officiers du Vème Groupe. Nous le voyons, autant d’éléments qui donnent à espérer une traversée de la Loire, certes aussi chaude que celle de Montereau-Faux-Yonne, mais ils l’ont fait une fois, pourquoi pas deux. La tête de la colonne n’est plus qu’à 400 m du pont, il est 19h, elle est dans Gien, on touche au but … mais non encore immobilisée. Des coups de feu partent des rues adjacentes, la ville est bombardée par l’aviation allemande et pilonnée par son artillerie. Les minutes s’écoulent et l’irrémédiable se produit vers 20h15 (selon d’autres sources 20h30) … le pont est détruit !

Mon père se retrouve pris au piège comme beaucoup de ses camarades, ne sachant pas nager. Il m’a souvent dit qu’il ne se voyait pas traverser la Loire à la nage. Avoir mené sa pièce et son caisson si loin mais aussi si près du but, c’était rageant.

Les trois officiers de la batterie, le Capitaine Mahu, le lieutenant Despréaux et le sous-lieutenant Oldra, vont s’assurer de l’exactitude de l’information et constatent en effet la destruction du pont. Seul un parapet est encore intact et relie les deux rives. Sans hésiter ils reviennent auprès de leurs hommes, dont mon père, ordonnent la mise hors d’état de fonctionner des canons et de tous les autres matériels, ainsi que d’abandonner les chevaux, en ayant pris soin au préalable de les dételer et donc surement de les désharnacher. En effet, ils pourront ainsi mieux se sauver sans craindre de s’accrocher ou de s’entraver dans les harnais, comme cela arrivera à beaucoup d’autres entraînant leur mort.

Sitôt dit, sitôt fait, personne n’a sûrement traîné pour exécuter les ordres, le temps pressait, l’affolement devait être partout à son comble.

C’est alors qu’ils entreprirent de passer le pont, à califourchon sur le parapet. On en trouve une trace dans le J.M.O du 241ème RALD :
« La colonne arrivée dans Gien, la nouvelle de la destruction du pont de Gien parvient au groupe qui fait abandonner tout le matériel (canons détériorés) et fait franchir le pont par le personnel à califourchon sur un parapet restant. Cela malgré l’opposition des éléments amis tenant la rive gauche qui menaçaient de tirer sur eux. »
Les malheureux durent passer le pont sous la menace d’une sentinelle française qui, cependant, laissa faire, lisons le J.M.O de la 13ème Batterie :
« Une sentinelle au milieu du pont détruit menace de tirer sur quiconque essaierait de franchir le pont, motif donné « l’artillerie amie va tirer ». Il n’y avait à ce moment aucun élément ennemi aux abords immédiats du pont. »
Non content d’éprouver la peur probable d’avancer sur ce parapet ébranlé, qui laissait sûrement voir sous eux le vide et les flots sombres de la Loire, ils devaient aussi braver les menaces de la sentinelle française et la peur d’être tué par un tir ami !

C’est ainsi que se termina la traversée du pont de Gien pour les rescapés de la colonne hippo du 241ème RALD.
Dans l’ouvrage d’Albert Pillard, « La Bataille de Gien 15-19 Juin 1940 », on peut retrouver deux anecdotes qui concernent peut-être le 241ème RALD :
- Celle d’un colonel d’artillerie de 155 qui se voit interdire le passage du pont à son régiment car ce dernier va sauter. Selon l’ouvrage, page 58, il est peu avant 20h 30. Il pourrait bien s’agir du Colonel Jacomy qui revenant de voir les groupes V et VI repassait le pont comme l’indique le JMO du 241ème et qui se serait vu refuser son souhait, le pont sautant quelques instants plus tard.
- Celle d’un lieutenant d’artillerie et une vingtaine de ses hommes traversant le pont à califourchon sur le parapet, à la page 58. Ne serait-ce pas le Lieutenant Despréaux avec un groupe d’hommes de la 13ème Batterie ?

Le bilan de cette traversée sera lourd pour la 13ème Batterie, le sous-lieutenant Oldra et une trentaine d’hommes seront portés disparus. Beaucoup seront faits prisonniers, dont le sous-lieutenant Oldra qui, sa captivité terminée en 1945, poursuivra sa carrière militaire pour finir colonel. Il eut la surprise de retrouver sa cantine de prisonnier, intacte, 50 ans plus tard en Autriche. On peut retrouver ce récit en tapant son nom sur un moteur de recherche bien connu !
Le capitaine Mahu fut un résistant FFI avéré.

Pour ce qui est du lieutenant Despréaux, je n’ai encore rien trouvé, mais je ne suis qu’au début de mes recherches.

Mon père, avec 57 autres camarades de sa batterie ainsi que le capitaine Mahu et le lieutenant Despréaux, reçurent la Croix de Guerre avec la citation collective suivante :
« A pris part aux opérations auxquelles la VIIème Armée a participé du 5 au 24 juin. Est resté en armes dans son unité et s’est signalé par sa belle attitude au feu. »
D’après le site ATF 40 une batterie comptait 262 hommes (officiers, sous-officiers, soldats du rang). J’ai pu en recenser 60 qui furent décorés collectivement, l’ensemble donc de ceux qui étaient parvenus au point de démobilisation. La perte s’élève donc, en théorie, à 202 hommes, soit 77% de l’effectif, pour ce qui est du matériel de la batterie : 100% de perte !

Ce récit est une ébauche de l’histoire du parcours de mon père, brigadier au 241ème RALD. En faisant le récit de la traversée de Gien j’ai commencé par la fin, mais il m’importait de corriger mon premier article où se mélangeaient tous mes souvenirs. Mes recherches au S.H.D me permettent aujourd’hui de mieux préciser les choses, surtout le J.M.O de la 13ème Batterie, mais aussi ceux du 241ème et T.R 5 qui permettent de faire des recoupements et des vérifications, tous les autres J.M.O ayant été détruits ou perdus ! En effet chaque batterie devait en tenir un.

A bientôt, en espérant avoir apporté ma pierre à l’édifice.

BILATE

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par merovide le Sam 20 Jan - 1:46

Bonjour et bienvenue,

Cela correspond bien à la situation de Gien en 1940, où l'on voit sur les photos une majorité de pièces d'artillerie de 155mm coincé au Nord de la ville et même dans le centre ville. La plupart ont été sabordé. Cette embouteillage a d'ailleurs provoqué un combat à la Gacherie où les français ont du se défendre sur place et ont été anéantie.

Merci pour ce récit,

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par LAMBERT le Dim 11 Mar - 22:53

Bonjour,

Très intéressé par le passé militaire de mon Père, je voudrais apporter son témoignage concernant la ville de GIEN.
Extrait de ses écrits : "......repli de Meaux le 14-6-40 à 2H du matin. Nous avons marché pendant 24H sans arrêt, l'étape a été de 85 kms. Mitraillés par des parachutistes à la traversée d'un village. Les ponts sautent. Traversée de Fontainebleau encombrée par la triste fuite des femmes et des enfants. On traverse la Seine. Nous dinons dans les bois et prenons un peu de repos. Départ pour une étape encore de 30 kms. Embarquement à Nemours dans des wagons à bestiaux entassés comme des bêtes. Nuit à moitié blanche. Nous laissons plusieurs copains en route. Débarquement à Gien sur la Loire ( 16 juin après-midi). Mitraillés et bombardés par des avions "italiens". A la traversée de Gien, panique et mort de nombreux civils et militaires qui voulaient traverser le pont sur la Loire. "

Ecrits corroborés par les opérations actives des 26ème et 66ème BCP du 8 juin au 25 juin 1940.
(Seule l'appartenance des avions n'est pas indiquée dans les détails de ces opérations).
Mon Père appartenait au 26ème BCP.

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par Fab le Lun 12 Mar - 4:27


Merci Lambert pour ce témoignage. Pouvez vous nous scanner et mettre en ligne le document où vous avez trouvé les écrits de votre papa ?

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par LAMBERT le Lun 12 Mar - 23:53

En réponse aux remerciements pour mon témoignage, je tiens à préciser que les écrits de mon Père se résument à deux feuillets recto-verso retrouvés lors de son décés. Récits commencés le 25 mai 1939 lors de son arrivée au fort de Joux (Pontarlier) engagé au 60ème RI puis 26ème BCP formé par le 4ème bataillon du 60ème (as de cœur) et arrêtés le 23 juin 1940.(prisonnier le 19 juin 1940 à Souesmes, dirigé sur le frontstalag 151 de Montargis, et au stalag III A de Luckenwald jusqu'à mai 1945).
Le 26ème BCP appartenait à la 8ème DBCP (demi-brigade de chasseurs à pied) avec le 66ème BCP et le 68ème BCA. Cette demi-brigade faisait partie de la 57ème DI.

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par LAMBERT le Dim 18 Mar - 22:20

LOIRE Juin 1940
Opérations actives (8 juin-25 juin 1940) de la 8ème DBCP (26ème et 66ème BCP - 68ème BCA) appartenant à la 57ème DI.
Repli sur la Loire. Combats sur la Loire. (15,16,17 et 18 juin)
   La traversée de Fontainebleau s'effectue parmi un enchevêtrement de réfugiés civils et de militaires en débandade ; la tache des cadres qui s'efforcent à empêcher que l'atmosphère de déroute gagne leurs hommes est des plus ardues.
  Les unités de la Demi-Brigade se regroupent dans la région de Bourron-Marlotte (sud-est de Fontainebleau) ; elles n'y arrivent que peu avant la chute du jour ; la très longue étape depuis la Marne, par une lourde chaleur, après plusieurs nuits sans sommeil, la précarité du ravitaillement ont causé une très grosse fatigue; des pertes d'effectifs assez sensibles sont enregistrées; des signes de lassitude extrême, des manifestations de délire chez quelques Chasseurs sont observées.
  La Demi-Brigade doit être enlevée par voie ferrée à Marlotte, mais la présence des trains ne permet pas d'appliquer intégralement le plan d'embarquement. Seul, le personnel des Bataillons peut trouver place sur les dernières rames quittant la gare de Marlotte à destination de Gien ; les premiers départs ont lieu à 20 heures. Le reste de la Demi-Brigade (Etat-Major, convois hippo et autos, cyclistes) poursuit son mouvement par la route, en direction du pont de Sully-sur-Loire, par Nemours; trajet pénible, parmi des convois de réfugiés, sur des itinéraires que l'aviation ennemie contrôle.
  Le trajet en chemin de fer est très lent; l'arrivée en gare de Gien n'a lieu que le 16 juin après-midi. C'est sous un violent bombardement par avions que les unités débarquent, puis traversent la ville, où se pressent des milliers de réfugiés et d'interminables convois automobiles. Le pont sur la Loire est particulièrement visé, les quartiers environnants sont en flammes. Néanmoins, les Bataillons parviennent à franchir le pont, qui est jonché de cadavres.
  Les unités sont dirigées sur Lion-en-Sulias; à la tombée de la nuit, elles prennent position sur la digue de la rive Sud du fleuve, entre Guisy et Lion-sur-Sulias.
  Le convoi auto est passé, à partir de 10 heures, à Sully-sur-Loire. La colonne hippo se trouve bloquée entre Lorris et les Bordes, à une vingtaine de kilomètres au Nord-Est de Sully, par des convois de toute nature; devant l'impossibilité manifeste de lui faire franchir la Loire, le régulateur donne l'ordre d'abandonner les véhicules; le personnel poursuit la route à pied.
  Dans la nuit du 16 au 17 juin, le regroupement se continue au Sud de la Loire.
  Le 17 juin, l'organisation de la défense de la Loire est entreprise.
  Le 26ème BCP, en premier échelon, constitue deux centres de résistance à Cuisy et dans les bois de Lion-en-Sulias.
  Le 66ème BCP, en second échelon sur la route nationale, prend à son compte dans la soirée le centre de Cuisy, pour permettre au 26ème BCP de se resserrer sur la droite et d'établir un nouveau centre de résistance à la Motte.
  La journée se passe sans incident.
  Le 18 juin, au début de la matinée, des éléments ennemis apparaissent sur la rive Nord de la Loire, vers Ouzouer, Chambois et Benne. Le feu n'est pas ouvert pour économiser les munitions et pour ne pas dévoiler prématurément les emplacements de la défense; en outre, les Allemands se mêlent aux nombreux convois de réfugiés qui n'ont pas traversé la rivière.
  Jusque vers 16 heures, l'ennemi se renforce et s'organise. A 17 heures, des tirs sont effectués par l'artillerie sur les points où des concentrations de troupes et d'artillerie sont repérées; l'ennemi riposte à partir de 17 heures 15 par des tirs de contre-batterie et il installe aux lisières de Benne des minenwerfer, qui prennent à partie les défenseurs de la plage en avant de la digue tenue par le 26ème BCP, puis il reporte ses tirs sur la digue même, tandis que son artillerie bombarde les bois, les routes et les fermes de la rive Sud. Sous la protection de ces tirs, il tente de franchir la Loire devant le front des 26ème et 66ème BCP, mais il est repoussé par le feu des armes automatiques et par celui de l'artillerie. Après plusieurs autres tentatives, qui sont également arrêtées par des tirs ajustés, le front ennemi redevient silencieux.
  A 21 heures, la Demi-Brigade reçoit l'ordre de se replier en direction de la vallée du Cher.

  Le mouvement, qui commence à 23 heures 30, doit se faire en deux bonds, le premier étant marqué par la rive Sud de la Petite Sauldre, le deuxième par le Cher. Les positions sur les rivières ne seront pas occupées, des reconnaissances seront faites pour une mise en place rapide des unités.
  Le 26ème BCP et la 1ère compagnie du 66ème BCP restent sur la Loire jusqu'au 19 juin, 1 heures.

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par merovide le Dim 25 Mar - 4:45

Merci pour ce témoignage,

Ce qui me surprend, c'est que l'unité reste en place le long de la Loire jusqu'au 19 juin. A cette période là, d'après pas mal d'écrits de 1940, la Loire est largement franchit par l'armée allemande...
study

A t'elle reçue des ordres suite à l'armistice du 18 juin 1940? Question

Cordialement,

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par LAMBERT le Dim 25 Mar - 5:35

D'après quelques écrits relatés ici et là, il semblerait que la Loire n'a pas été franchie partout par l'armée allemande le 19 juin 1940. Ce jour là, à 1 heure du matin le 26ème BCP et la 1ère compagnie du 66ème BCP décrochent. Les allemands passent la Loire à Sully dans la matinée du 19 juin.
Quant à avoir reçu des ordres suite à l'armistice du 18 juin (signée le 22), le chapitre 11 des opérations actives de l'unité intitulé "cessation des hostilités" au 25 juin, je cite :
"Dans la nuit du 24 au 25 juin, la Demi-Brigade est avisée, par l'ordre général du commandant la 57ème DI, que l'armistice entre en vigueur.
Le général commandant en chef fait connaitre que les hostilités cesseront le 25 juin, à 0 heure 35."

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par merovide le Lun 26 Mar - 0:01

Merci pour ces précisions, je ne maîtrise pas encore les évènements de 1940.

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

Message par Fab le Lun 26 Mar - 21:26


Pour info

Le membre BILATE a souhaité modifier son premier texte de ce sujet, après avoir fait quelques recherches et trouvé le journal de marche de l'unité , pour enlever quelques erreurs et établir d'autres faits.

Je vous invite à lire son nouveau texte au début de ce sujet Smile

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Re: Traversée de Gien par le 241ème RALD

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