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Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

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Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

Message par Invité le Mer 22 Sep - 16:52

Orléans
L’affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice du 3 septembre au 12 septembre 1945


Meresse, Viviani et Devynck fournissent leurs explications au cours de cette première audience



Dès midi, un important service d’ordre garde les abords du Palais et il faut montrer patte blanche pour entrer dans la salle. Il est vrai que les seuls ayants droit : avocats, journalistes, témoins (ils sont 150) et les familles des victimes suffisent à garnir la salle. Il est 13 heures 45 quand le président Saulnier prononce la phrase rituelle:

« Gendarmes, introduisez les accusés. ».Le plus grand procès que la Cour de Justice d’Orléans ait eu à juger, depuis sa création, a commencé cet après-midi. Il s’agit des deux graves affaires dites des « 17 fusillés d’Orléans » et des « 31 fusillés de Chartres ».

Il y a deux ans, à la fin de septembre 1943, des feldgendarmes, mitraillettes au poing, gardaient le Palais de Justice, où se déroulait le procès des 17 F.T.P.F. du Loiret. Condamnés à mort le 1eroctobre, ils tombaient courageusement pour la France, sous les balles allemandes, le 8 octobre, à la butte de tir des Groues.
C’est dans cette même salle des Assises où ils furent jugés, que se déroulera le procès des responsables de leur condamnation.

Ils sont quinze:
                  Louis Denuzières, 42 ans, ancien inspecteur de police mobile, 108 rue Bannier à Orléans.
                  Albert Méresse, 31 ans, monteur-électricien, à Maubeuge, ex agent de la Sicherhieftpolizei.
                  Henri Devynck, 47 ans, ancien commissaire divisionnaire de po-lice mobile à Orléans et à Paris.
                  Nicolas Viviani, 50 ans, ancien commissaire de police mobile à Orléans et à Lille.
                  Marcel Duché, 51 ans, inspec-teur de police à Bourges.
                  Henri Breton, 24 ans, inspec-teur de police à Bourges.
                  Georges Baillou, 24 ans, cimentier à Saint-Claude-de-Diray (Loir et Cher).
                  Pierre Le Baube, 51 ans, ancien préfet de la Somme et de l’Eure et Loir.
                  Maurice Verney, 23 ans, ancien commissaire de police à Orléans.
                  Raymonde Pateloin, femme Papet, 24 ans, couturière à Montoire, Loir et Cher.
                  Odette Passegué, veuve Barraire, 27 ans, s.p, 13 rue Viala à Paris.
                  William Marigault, 29 ans, maçon cimentier, à Saint Georges sur Eure (Eure et Loir)
                  Gaston Giboreau, 34 ans, cultivateur à Croisille (Eure et Loir)
                  Louis Bergeron, 19 ans, étudiant à Saint Hilaire sur Eure (Orne).
                  René Verbeuken, 43 ans.

En outre, cinq autres individus en fuite seront jugés par contumace.

Sur le bureau de M. le Commissaire du Gouvernement, Larrieu, sont placés deux énormes dossiers. Il y a en effet, dans ce procès, deux affaires bien distinctes, celle de Chartres et celle d’Orléans. Mais certains accusés sont mêlés aux deux et c’est pourquoi l’instruction fut continuée à Orléans. C’est aussi le procès de la section politique de la 5ème Brigade mobile que l’on va faire, et pour donner au jury tous les éléments qui lui permettront de prendre sa décision, l’exposé du Commissaire du Gouvernement convoquera également d’autres activités de cette section.

C’est le 26 mars 1943 que débuta l’affaire d’Orléans.

Ce jour-là, le chef de la Sureté locale, M. Ronceray, recevait un coup de téléphone d’un certain Bourgine, demeurant à Angers, qui lui signalait qu’il venait de rencontrer à Orléans, un de ses anciens ouvriers, Maurice Jenot (photo ci-dessus), individu dangereux, recherché par la police et déjà condamné par contumace par la cour spéciale d’Angers.

L’inspecteur chef Ronceray envoya deux inspecteurs à la gare. Ceux-ci trouvèrent Bourgine qui leur indiqua Jenot au moment où il montait dans le train.

Jenot avait sur lui des documents prouvant qu’il appartenait à un groupe F.T.P. dans lequel il avait une très grande activité. La sûreté locale prévint donc la 5ème Brigade mobile qui prit l »affaire en mains.

C’est ainsi que l’interrogatoire de Jenot apprit qu’il s’était rendu peu de jours avant chez sa belle-sœur, à Tours.

Le commissaire divisionnaire Devinck ordonna une perquisition chez celle-ci. On y trouva, non seulement d’importants renseignements sur l’organisation F.T.P. et sur certains sabotages commis dans la région, mais un rapport sur l’attentat manqué contre Marcel Déat, dans sa propriété de la Nièvre.

Le ministère saisi de l’affaire envoya à Orléans la fameuse brigade du commissaire Fourcade, de la S.P.A.C., police créée spécialement par Laval et ne dépendant que de lui-même, pour lutter contre les résistants en général et contre les communistes en particulier.

Pendant plusieurs jours, Jenot fut odieusement martyrisé, ainsi que quelques uns de ses camarades arrêtés grâce aux documents trouvés à Tours. Malgré son courage, qui fut admirable, Jenot, sous l’effet de la souffrance, dut avouer ce qu’il ne pouvait nier. C’est ainsi que la S.P.A.C. arrêta ou fit arrêter 75 personnes.

Il est à remarquer, dit cependant l’acte d’accusation, que les policiers d’Orléans ne participèrent pas à ces interrogatoires et que Fourcade et ses sbires, arrêtés à Paris, répondront de ce crime devant la Cour de Justice de la Seine ».

Mais l’affaire devait prendre une extension inattendue dans le courant de mai. Une perquisition faite dans le Loir et Cher chez M. Rivière, commissaire politique F.T.P., fit découvrir un papier d’emballage portant l’adresse de Albert Méresse, à Bonny sur Loire.

Méresse fut arrêté à Orléans où il était en voyage. Tout de suite, il avoua aux commissaires Chanterelle, chef de la 5ème Brigade – qui fut tué quelques jours avant la libération – et Viviani qu’il était le chef militaire de la région et, avec une lâcheté inconcevable, dévoila toute l’organisation clandestine. Se mettant absolument au service de la police, il participa à des arrestations, faisant tomber ses camarades dans des guet-apens. C’est ainsi que furent arrêtés Breton, à Orléans, Chartier (l’un des fusillés), à Ferrières, et que le chef responsable des F.T.P. de la région Est de Paris n’échappa que de justesse à l’arrestation. Il fit mieux et entra au service de la Gestapo pour dénoncer les organisations de Paris et de Maubeuge. Mais il fut « grillé » et arrêta sa triste besogne. Le dossier fut transmis à la justice française, mais les Allemands s’en emparèrent et dix-sept patriotes payèrent de leur vie la trahison de Méresse et le zèle de la police.

L’affaire de Chartres.

L’affaire de Chartres se place à la même époque que celle d’Orléans et débute aussi de façon fortuite. Fin juillet 1943 des F.T.P. d’Eure et Loir se rendant de nuit à une mission de sabotage se heurtèrent à une patrouille de feldgendarmes qui surveillaient le feldkommandant de Chartres qui se trouvait dans un rendez-vous de chasse, à Saint Luperce.

Un engagement s’ensuivit au cours duquel des Allemands furent atteints. Un F.T.P., Mattéi, fut tué et deux autres, Viaouet et Laigneau, furent blessés.

Denuzières fut appelé à enquêter sur cette affaire. Mais il cacha que Viaouet avait un revolver et celui-ci fut simplement déporté.

Seulement cette affaire avait éveillé l’attention des Allemands et ils envoyaient en septembre n faux parachutiste que l’on connaît que sous le nom de Destrées et qui a pris la fuite et la femme Rudeau. Grâce aux bavardages de Giboreau, ces agents de la Gestapo apprirent que le réfractaire Marigault se cachait dans la région. Celui-ci fut arrêté le 11 octobre. Il donna les noms de treize autres personnes parmi lesquelles se trouvait Francis Fermine, chef départemental technique F.T.P.

L’affaire fut prise par Denuzières qui procéda à d’autres arrestations.

Le préfet Le Baube, qui suivait l’affaire de très près, demanda à Devynck de lui envoyer des policiers, celui-ci ayant refusé, faute de personnel, Le Baube se rendit à Paris avec Denuzières et demanda l’intervention de la S.P.A.C. Une brigade fut envoyée à Chartres. Elle procéda à six nouvelles arrestations puis, en dépit de tortures, personne n’ayant fait d’aveux, elle abandonna l’affaire.

Sur l’intervention de Devynck le dossier fut retiré aux Allemands et donné à la justice française.

Les dix-neuf inculpés furent transférés à Paris et délivrés lors de la libération de la capitale.

Mais un fait plus grave devait se produire.

A la suite de nombreux sabotages commis dans la région d’Illiers, Le Baube demanda aux renseignements de Chartres une enquête serrée.

C’est ainsi que l’inspecteur Verney arrêta Pipet qui faisait partie du groupe de sabotage. Il le remit à Denuzières.

La femme de Pipet tenta de sauver son mari et… elle devint la maîtresse de Verney, qui obtint d’elle des renseignements sur la résistance.

Puis, elle fut la maîtresse de Denuzières qui obtint aussi des renseignements, mais en remerciements libéra Pipet.

L’affaire à ce moment prit une grande extension.

En décembre, un certain Cortez vint apporter aux Allemands d’importants renseignements sur les sabotages, signalant un centre de résistance important chez M. Savouret, à Saint Martin de Nigelle. La Gestapo confia Cortez à Denuzières. Et les arrestations se succédèrent.

Un coup de filet chez M. Savouret fit arrêter plusieurs personnes, notamment Verbeucken et la femme Barfaire qui dénoncèrent de nombreux membres de l’organisation, dont Pipet, qui fut arrêté à nouveau.

Trente-deux accusés furent condamnés à mort par le tribunal militaire allemand. Un seul, Pipet, fut gracié sur l’intervention de Denuzières, il est mort en Allemagne.

L'interrogatoire.

L’exposé de ces différents affaires a occupé une grande partie de l’audience et on procédera seulement dans la soirée aux interrogatoires de Méresse, Viviani et Devynck sur l’affaire d’Orléans.

Méresse est interrogé le premier. Quand on voit ce grand garçon blême, louchant derrière des lunettes, s’exprimant avec emphase et employant des mots dont il ne connaît pas la valeur, on est quelque peu effrayé qu’il ait eu la responsabilité d’un important réseau de résistance, puisqu’il se déclare commandant militaire du Loiret. Mais cet imbécile prétentieux et solennel est aussi un lâche qui, sans contrainte, dénonça tous ses camarades dès qu’il se vit lui-même menacé.

"Devynck m’a démontré, dit-il, que notre organisation était grillée. J’ai pensé qu’il était inutile de nier ».

Il déclare que Denuzières l’a battu mais que Viviani ne l’a pas frappé.

A l’en croire, il fit semblant de servir d’indicateur pour sauver ses amis. « J‘ai suivi la parole de Lénine dit-il. On reconnaît la valeur d’un militant à la souplesse avec laquelle il résiste à la police ».

Mais le président Saulnier lui rappelle avec quelle duplicité il fit arrêter son camarade Chartier, à Ferrières. Il téléphona lui-même à la brigade en s’annonçant : inspecteur Méresse. Au cours des interrogatoires, il confondait lui-même ses amis.

« Je ne voulais pas les laisser battre », dit-il.

« Vous préfériez les envoyer au poteau », réplique le président.

Quand on lui reproche d’avoir accepté de l’argent de la police française et de la Gestapo, il dit : « J’étais sans argent. J’ai même dû faire du marché noir, bien que ce soit très vilain » (sic). Mais il ajoute : « j’ai été lâche, mais j’ai eu des pages glorieuses. Je suis prêt à aller retrouver mes camarades dans la tombe. »

Viviani, interrogé ensuite, rejette la plus grande res-ponsabilité sur la S.P.A.C.

Celle-ci faisait les interrogatoires et la brigade se bornait à établir la procédure.

L’ex-chef de la section politique s’énerve et discute âprement avec Méresse.

«  Vous me faisiez le moral (sic) dit ce dernier, en me disant que les résistants étaient des sadiques ».

Viviani proteste et déclare que Chartier fut arrêté par la faute de Méresse, car il lui avait laissé le temps de fuir.

C’est enfin le tour de l’ex-commissaire divisionnaire Devynck.

« On vous représente, dit le président, comme un chef compétent et consciencieux, surveillant activement votre personnel. Vous n’établissiez aucune différence entre les affaires judiciaires et politiques. »

Parfaitement calme, avec objectivité et habileté, Devynck expose le rôle de la brigade affirmant qu’il n’intervenait que comme chef administratif.

A une question du président il répond qu’il n’a pas déféré Jenot au Parquet comme il aurait dû le faire, parce qu’il ignorait que celui-ci faisait l’objet d’un mandat d’arrêt.

Le secrétaire général Bousquet avait donné des ordres pour que les procédures soient transmises à la police française c’est ce qu’il fit, contre l’avis de Fourcade.

S’il poursuivit l’enquête c’est que l’Allemand Faber surveillait la brigade mais, ajoute-t-il, nous croyons que cette affaire serait jugée par la justice française.

« En trois ans, dit-il, on n’a pu nous reprocher que cette malheureuse affaire. Sur toutes celles qui furent traitées par la section politique, à peine dix pour cent ont été réussies. On peut le vérifier.

L’audience est levée sur cette déclaration.

Demain, suite des interrogatoires.


Source : http://www.chanzy.org/jugement/jugement01.htm


Dernière édition par math le Mer 22 Sep - 17:11, édité 9 fois

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Re: Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

Message par Invité le Mer 22 Sep - 16:53

Denuzières minimise son rôle et Le Baube prétend avoir été un préfet français.



Pendant les huit ou dix jours que dureront ces débats, la Cour siègera matin et soir.

Les audiences matinales ne sont jamais très suivies et la salle est fort peu garnie quand le Président Saulnier ouvre les débats à 9 heures 30 minutes.

Les accusés sont arrivés vers 9 heures 15 et quelques cris hostiles ont été poussés à leur descente du camion. Ces manifestations augmenteront au départ, à midi et le soir, et la police sera obligée de barrer la rue de la Bretonnerie.

Manifestations inutiles d'ailleurs, puisque la justice est en train de se faire.

Cette fois, Denuzières est introduit le premier. Il n'a plus la belle assurance de l'époque où il se promenait mitraillette à l'épaule, alors que les Allemands ne laissaient même pas un revolver à des policiers jugés moins sûrs.

Il a le droit en écharpe, suite de la blessure reçue dans l'affaire de Beffes, quand il fut capturé par le maquis.

Méresse, Viviani et Devynck interrogés hier étaient les accusés les plus importants de l'affaire d'Orléans dans laquelle le rôle de Denuzières fut secondaire. On lui reproche cependant d'avoir interrogé certains patriotes, en employant naturellement les méthodes brutales qui lui étaient chères.

Caroline ou Rosalie.

" Vous frappiez vos victimes, dit le Président, avec une badine dans laquelle vous aviez pratiquer une entaille. Cette entaille pinçait les chairs, faisant de cruelles blessures. Quand vous frappiez, les malheureux mis à nu étaient maintenus sur une table par un de vos collègues. Vous baptisiez cette badine, Caroline ou Rosalie".

Charlier, Leroux, Perez et deux Espagnols arrêtés grâce à Méresse furent odieusement frappés dans ces conditions.

" Votre conduite fut absolument odieuse et inhumaine ", conclut M. Saulnier.

Denuzières proteste, et prétend ne jamais avoir eu de badine. Il reconnaît seulement avoir donné une paire de gifles à Perez. Mais Méresse affirme qu'il fut frappé avec "Rosalie".

" C'est faux ", dit Denuzières.

Comme Viviani, Denuzières reçut une prime de 3.000 francs, mais il déclare, et Devynck le confirme, qu'il ne s'agissait pas d'une récompense pour l'affaire Jenot, mais pour l'activité générale des policiers qui la reçurent.

Les deux derniers inculpés de cette affaire, Duché et Breton, inspecteurs aux Renseignements généraux de Bourges, ont été désignés pour participer à une souricière établie chez le malheureux Chevrin, l'un des plus actifs chefs F.T.P. de la région.

Chevrin rentra vers 22 heures. Duché, Breton et quatre autres policiers se jetèrent sur lui et il fut frappé, puis déshabillé et enchaîné et, comme Duché avait perdu avait perdu la clé des menottes, on ne put lui remettre sa chemise et on l'emmena à demi-nu au commissariat central.

Duché et Breton affirment qu'ils ignoraient quel était l'homme qu'ils étaient chargés d'arrêter. On leur avait dit, paraît-il, qu'il s'agissait d'un meurtrier.

Quant aux mauvais traîtements, Duché reconnaît une paire de gifles.

C'est l'habitude des accusés dans cette affaire.

Denuzières précise cependant que lorsqu'il Chevrin, ce dernier était " un peu marqué ".

L'activité policière en Eure-et-Loir.

Si, dans " l'affaire des 17 fusillés " des Groues, Denuzières ne joua qu'un rôle effacé, il passa au premier plan dans la lutte contre la Résistance en Eure-et-Loir.

Comme le dit M. Saulnier, " son rôle fut prépondérant et particulièrement néfaste."

Il fut appelé pour la première fois à la suite de l'affaire de Saint-Luperce, mais cette affaire n'eut guère de suites, le Feldkommandant ne tenant pas à dévoiler les motifs de sa présence dans le pavillon de chasse. Il valait mieux, en effet, cacher les vilaines moeurs de ce haut personnage.

Un peu plus tard, Denuzières fut appelé pour l'affaire Fermine et cette fois encore il ne fit pas preuve d'un zèle particulier. Cependant, Francis Fermine, chef F.T.P., l'accuse de l'avoir frappé. Denuzières le nie, il ajoute même qu'il a connu les auteurs du meurtre d'un soldat allemand, à Nérondes, et qu'il ne les a pas inquiétés.

Enfin, survint l'affaire Cortez, c'est à dire celle " des 31 fusill"s ". A partir de ce moment, Denuzières ne quitte plus l'Eure- et-Loir.

Cortez ayant dévoilé toute l'organisation F.T.P., aux Allemands, la Gestapo procéda a de très nombreuses arrestations - 200, dit l'accusé - qui reconnaît qu'il assista la Sieherheizpolizei dans la plupart de ses opérations.

Mais il ajoute:.
" J'en ai fait relâcher beaucoup qui n'avaient rien à se reprocher ".

Denuzières procéda, à la prison allemande de Chartres à de nombreux interrogatoires..

Il affirme que ce n'était pas pour le compte des Allemands, mais uniquement pour ses chefs.

Le Président:
" Vous avez torturé Savouret et Peltiez.

" C'est faux... ce sont les Allemands qui les ont martyrisés. "

Il prétend aussi qu'il ne s'est jamais habillé en Allemand:
" Nous entendrons les témoins. Ils diront qui était là. Ce n'était pas moi ", ajoute-t-il.

Le Président:
" Vous avez pourtant procédé à des arrestations, exploité tous les renseignements; le bilan de cette affaire est de 90 déportés et 31 fusillés".

Denuzières ne répond rien, mais il retrouve son ton de policier pour contredire le jeune Berceron qui prétend avoir été menacé par lui:
" Reportez vous au dossier, dit-il, ne mentez pas Berceron".

Sur une interrogation du Président, l'ex-commissaire Devynck précise les conditions dans lesquelles Denuzières fut envoyé en Eure- et-Loir

Les accords du gouvernement obligeaient la brigade à répondre à toutes les réquisitions des Allemands, permit de passer l'affaire Fermine à la justice française.

Le Président:
" Il est certain que les personnes inculpées dans cette affaire doivent la vie à l'initiative de Devynck qui passa le dossier à la justice française.

Denuzières:
" Je l'ai aidé. J'ai volé des documents compromettants."

Ces interrogatoires ont occupé toute l'audience de la matinée. Il ne reste, pour l'après-midi, que des accusés de moindre importance, à l'exception de l'ex-préfet Le Baube. Les Chartrains qui assistent à cette audience, ne reconnaîtraient pas leur ancien préfet.

Ce colosse, qui s'intitulait lui-même le "Roi de la Beauce " a considérablement maigri. Il a les traits tirés et flotte dans des vêtements trop grands. Il a perdu, paraît-il, plus de 40 kilos.

Il fut préfet d'Eure-et-Loir de décembre 1941 à février 1944.

Le président lui reproche d'avoir désigné l'inspecteur Verney pour suivre les enquêtes sur les sabotages et d'avoir tenu à l'écart les policiers qu'ils ne jugeait pas assez ardents. Il fut l'animateur de la répression et agissait en complet accord avec la Sicherheitzpolizie.

" Vous avez violé, conclut le président, la règle de séparation des pouvoirs, vous avez fait des actes qui n'appartenaient qu'aux magistrats."

Le Baube, qui n'a pas bougé pendant l'exposé du président fait alors une longue déclaration. Il souligne d'abord que les pouvoirs de police lui appartenaient et qu'il était responsable du maintien de l'ordre.

" J'étais traqué par le ministre du Ravitaillement, ajoute-t-il, parce que dans ce département de Beauce, les incendies de récoltes se multipliaient."

" Je ne me suis jamais occupé de la Résistance, ni des attentats sur les lignes stratégiques. Les sabotages d'Illiers étaient commis sur une ligne utilisée seulement par le trafic français."

S'il a appelé la S.P.A.C., c'est parce qu'il jugeait que l'enquête devait être continuée pour éclaicir une affaire concernant des Français " dont j'avais la charge et la responsaabilité " (sic), ajoute-t-il.

Ces Français se seraient certainement passés de son intervention.

Le directeur de la Sûreté l'envoya à service spécialisé qu'il ne connaissaît pas.

" J'ai conscience, dit-il en terminant, d'avoir fait honnêtement mon métier de préfet français."

Verney, qui est entendu ensuite, se défend d'avoir travaillé pour Le Baupe, et nie absolument avoir frappé Fermine devant la S.P.A.C.

" Je n'avais rien à me reprocher, dit-il, et, au moment de la libération, j'ai assuré seul, pendant dix jours, les fonctions de commissaire à Chartres. On m'a jalousé ensuite parce que j'étais chef de cabinet du secrétaire général pour la police.

< Pourquoi, alors, avez-vous pris la fuite dans une voiture de police ? "

" C'était la voiture qui m'était affectée comme chef de cabinet et je savais qu'un arrêté d'internement était pris contre moi. "

Les autres accusés ont eu des rôles secondaires. Marigault nie avoir donné la liste de ses camarades. Verbencken ergote sur les sommes que les Allemands lui donnèrent pour sa trahison.

Il doit reconnaître qu'il s'engagea par deux fois à la L.V.F. et la femme Pipet déclare qu'elle devint la maîtresse de Verney puis de Denuzières pour pouvoir envoyer des colis à son mari. Elle affirme ne pas leur avoir donné de renseignements.

" Je ne porte pas d'appréciation sur votre moralité, lui jette le président. "

Les premiers témoins.

Le premier témoin est le commissaire Beuf, chef de la 5ème brigade mobile. Il donne brièvement quelques détails sur une lettre envoyée par Jenot à sa soeur dans laquelle il révèle les épouvantables sévices qui lui furent infligés par la S.P.A.C.

Nous ne répèterons pas ces épouvantables détails.

Jénot fut admirable de courage et de résistance. Devynck l'avait d'ailleurs déjà reconnu hier.

M. Beuf, qui fit une enquête approfondie sur les agissements de la S.P.A.C., raconte comment un inspecteur nommé Mullet, tua froidement un résistant qu'il voulait arrêter dans le Cher.

Son enquête prouve que Méresse s'est mis volontairement au service de la police. Il estime que Viviani a fait son devoir de policier sans excés de zèle.

Le commissaire Deschamps a fait une enquête fort complète sur l'affaire d'Eure-et-Loir. Il a interrogé Fourcade qui a déclaré qu'il fut appelé par le commissaire Marsac chargé de l'affaire Déat. Marsac, on le sait, fut lynché par la foule à Dijon.

Le témoin tient à préciser que Fermine n'a pas trahi ses camarades comme on le lui a reproché. Il affirme que huit témoins accusent Denuzières de s'être habillé en allemand et d'avoir brutalisé les personnes qu'il interrogeait à la prison allemande.

" Je nie absolument, proteste Denuzières."

Avant de lever l'audience, le président tient à complimenter chaleureusement MM. Beuf et Deschamps de leur "diligence, leur compétence et leur dévouement " rappelant les efforts du commissaire Deschamps pour découvrir les responsables du drame du By.

Il tient à louer aussila remarquable instruction de M. le juge Leaudreau. M. Larrieu associe le ministère public à ces éloges.

L'audience est levée ensuite

source : http://www.chanzy.org/jugement/jugement02.htm


Dernière édition par math le Mer 22 Sep - 17:12, édité 2 fois

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Re: Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

Message par Invité le Mer 22 Sep - 16:55

Vingt-sept témoins accablent Méresse et Denuzières.



Cette troisième journée d'audience fut occupée par les dépositions de 27 témoins.

Elles sont toutes accablantes pour Méresse. Après chaque déposition le traître interpelle les témoins et tente de se justifier par de longs discours. Mais il n'y parvient pas.

C'est aussi Denuzières qui fut le plus touché dans sa défense. ses brutalités furent abondamment révélées par ses victimes comme par ses collègues.

Le premier témoin est M. Ronceray, chef de la Sûreté.

L'inspecteur cher Ronceray reçut le coup de téléphone de Bourgine demandant qu'on arrête un individu recherché. Il s'annonça: Police allemande. Le chef de la Sûreté envoya duex inspecteurs à la gare. Ceux-ci ramenèrent Jenot.

Le président fait remarquer au témoin que Jenot, faisant l'objet d'un mandat d'arrêt, il aurait dû le déférer au Parquet.

" En temps ordinaire, oui, mais lorsque j'ai montré à mes chefs les documents trouvés sur Jenot, ils m'ont donné l'ordre d'appeler la brigade", répond M. Ronceray.

L'inspecteur Dauvergne dit comment Devynck l'envoya, avec ses collègues Léger, Imbert et Barrés, arrêter au car de Bonny sur Loire, un individu dont on lui donna le signalement: c'était Méresse. Là, se borne son activité. Sur une demande de l'ex-commissaire Devynck, le témoin précise qu'à la suite d'une perquisition chez M. Sausse, à Monts, il fit disparaître des documents anti-allemands, d'accord avec Devynck. Il précise qu'à son avis Viviani ne fit pas preuve d'un zèle excessif.

La plus importante déposition de la matinée est celle de M. Girard, garagiste à Dordives.

Résistant très courageux et très actif, M. Louis Girard, recvait son ami Paul Chatrousse, responsable F.T.P., de la région sud-est de Paris, qu'il cacha souvent, et Charlier, lieutenant de Méresse.

Chez lui, fonctionnait un véritable bureau de recrutement pour l'Angleterre et pour le maquis. C'est Charlier qui venait chercher les volontaires et leur donnait les papiers nécessaires. Méresse vint chez lui plusieurs fois.

C'est chez M. Girard que le traître donna rendez-vous à Chartier le jour où il devait le livrer à la police. Lorsqu'il eut accompli son ignoble besogne, il téléphona à la brigade, ajoutant qu'il conviendrait de couper la ligne téléphonique de M. Girard pour qu'il ne puisse pas alerter ses amis parisiens.

Il revint ensuite à Dordives, raconta qu'il avait pu s'échapper et demanda à rejoindre Chatrousse pour reprendre son activité.

On sait qu'il voulait simplement tendre un piège à Chatrousse. Celui-ci fut prévenu à temps. Il devait malheureusement être arrêté sur une autre dénonciation et, comme le pauvre Chartier, il fut fusillé.

Au mois d'août, M. Girard fut arrêté par une équipe de policiers composée des inspecteurs Nourry, Daffis, Tapie, Boussa.

Girard et sa femme furent transférés à Orléans et les inspecteurs établirent une surveillance à leur domicile.

" Ils ont tout pillé, déclare le témoin, et ont laissé la maison dans un état de saleté indescriptible. seul l'inspecteur Tapie a été parfaitement correct. Ls autres ont pris ma réserve de denrées et pillé le jardin. Ils ont tellement mangé qu'ils furent malades. Ils ont volé l'essence qui se trouvait dans une voiture en réparation, appartenant d'ailleurs au préfet de l'Yonne. Aussitôt après son arrestation, M. Girard rencontra au commisariat de Montargis, l'inspecteur Dauvergne qu'il connaissait bien. Ce dernier téléphona aussitôt à Nourry pour le faire libérer. Nourry lui répondit:

" Occupes toi de ce qui te regarde ".

M. Girard fut détenu 37 jours au Commmissariat central. Pendant ce temps, il allait chercher la nourriture des détenus à la cantine du Lycée. Il fit ainsi la connaissance du cuisinier, M. Bachou. Celui-ci apitoyé, lui offrit de parler de lui au commissaire Devynck, qu'il connaissait.

" Devynck m'a alors convoqué, dit M. Girard et il m'a dit qu'il verrait le préfet pour lui exposer mon cas. Je sais qu'il a détruit certains documents me concernant et, quelques jours plus tard, il m'a mis en liberté. "

Méresse, pour qui cette déposition est grave, prétend qu'il a rencontré chartier, par hasard, chez M. Girard. Mais le témoin affirme le contraire.

En sortant, chartier voulut partir par un petit chemin longeant le canal. Il aurait ainsi échappé aux policiers, mais Méresse insista pour lui faire prendre la route nationale.

Il refusa aussi les armes que lui offrait Chartier. C'était compromettant.

Viviani:
" Quand Méresse était chez M. Girard, nous sommes passés plusieurs fois en auto pour donner l'éveil à Chartier. "

Le témoin:
" C'est exact, mais Méresse a rassuré chartier, lui affirmant qu'il ne s'agissait pas de policiers. "

Cette attitude est d'autant plus odieuse que Chartier venait de marquer sa sympathie au traître et de manifester sa joie de le voir libre.

Monsieur Girard pense que Méresse a dû neutraliser les efforts de Chartier qui avait sur lui un revolver et une grenade et n'était pas homme à se laisser arrêter sans faire usage de ses armes.

Méresse interrompt le témoin, fait des discours, tente d'égarer le débat, ce qui lui attire cette observation du président:
" N'ergotez pas: il s'agit de savoir si vous êtes un traître, si vous avez attiré Chartier dans un guet-apens. C'est tout. "

M. Philippe Perez, coiffeur à Gien, fut arrêté sur la dénonciation de Méresse. Il tenta de nier mais Méresse vint lui-même apporter des précisions. Il parlait beaucoup.

Le président:
" Il dirigeait l'interrogatoire. C'est une habitude qu'il n'a pas perdue. "

Méresse:
" Moi qui n'ai qu'une petite instruction primaire je ne pouvais pas diriger les interrogatoires. Denuzières, pour avancer les aveux dit à Perez: Tu vas faire connaissance avec Rosalie. "

Le lendemain, le jeune Perez était vilemment flagellé

Il a vu frapper Millet et Pascal qui sont revenus affreusement meurtris qu commissariat.

M. Gaston Leroux qui revient, comme Perez, de Buchenwald par la faute de Méresse et des policiers, signale aussi les brutalités de Denuzières et de la S.P.A.C. C'est Denuzières qui le conduisit à la Gestapo.

C'est encore un déporté rapatrié, M. René Laval, chirurgien-dentiste à Gien, qui vient dire avec quelle brutalité les inspecteurs Nourry et Bousquet perquisitionnèrent chez lui. Ils lui volèrent son tabac.

Puis, M. Maurice Rapine de Fay-aux-Loges confirme la participation de Méresse dans les interrogztoires.

D'autres policiers sont entendus ensuite: le commissaire Malpart, qui confirme ce que l'on sait déjà; le commissaire Menudier, qui souligne que Méresse indiquait les adresses de ses camarades et les attirait dans des souricières; l'inspecteur Palisson, secrétaire de la 5ème brigade. Ce fonctionnaire écoeuré des procédés de la S.P.A.C. avait quitté son bureau pour aller travailler chez lui.

Le commissaire Vasseur transféra Louis Chevrin à Orléans, il a vu les brutalités de la S.P.A.C.; l'inspecteur Tapie accuse Denuzières de brutalités, il a vu opérer "Rosalie".

M. Marcel Bourguereau qui appartenait à la Résistance de Fay-aux-Loges, était entré comme surveillant à la prison. Il fit sortir les lettres de Chevrin et a vu Jenot épouventablement blessé. Il fut arrêté à son tour.

Ce sont ensuite les émouvantes dépositions de Mme Chevrin, veuve de Louis Chevrin et de sa belle-soeur Mme Gérardot.

La première a été enchaînée toute une nuit à la brigade. Elle pense que son mari a été battu à son domicile. On a trouvé chez elle un ballon ensanglanté.

Mme Gérardot confirme les mauvais traitements dont son frère fut victime. La lettre qu'il a pu envoyer avant sa mort est éloquente. toutes deux réclament un châtiment exemplaire.

Sur l'arrestation de Chevrin, les inspecteurs Gourdet et Peauclair, de Bourges précisent que le malheureux F.T.P., enchaîné et déshabillé, fut frappé à coups de poing par Duché.

L'inspecteur Portet, dépose sur une affaire connexe concernant l'accusé Bailloux qui dénonça M. Sausse, distribuant des tracts à Monts. Le policier laissa évader M. Sausse.

Le commissaire Devynck avait été accusé de s'être opposé à l'évasion de M. Jacques Chevallier, arrêté en juillet 1944, et dont on est encore sans nouvelles.

Mme Chevallier, rapatriée elle-même d'Allemagne où elle fut déportée peu après son mari vient dire que c'est inexact. " Je n'ai rien à reprocher à Devynck qui a fait ce qu'il a pu pour tenter de faire échapper mon mari. "

M. Raymond Foucher, de Gien, a été dénoncé par Méresse qui l'a ensuite interrogé.

Il accuse le commissaire Menudier de l'avoir frappé, mais tient à rendre hommage aux gardiens de la paix d'Orléans qui le surveillèrent au commissariat.

MM. Bourgoin et Beaupin accusent aussi formellement Méresse.

M. Larrieu:
" Je fais remarquer que ces trois témoins ont été cités à la demande de Méresse. "

Mme Lagier, dont le mari fut déporté; M. Lerouge, père d'un des fusillés; Mme Jenot, mère de Maurice Jenot qui dépose avec beaucoup de dignité dans sa douleur viennent ensuite demander justice. Cette dernière précise que Bourgine s'est vanté, à Angers, d'avoir touché 5.000 francs pour prix de sa trahison.

M. Charles Cathelineau, 4, rue Pasteur, beau-frère du pauvre petit Vergracht, fusillé a participé à de nombreux attentats avec Méresse. Celui-ci alla le dénoncer. Heureusement il aperçut les policiers chez lui et se sauva. Il aurait sans doute été fusillé.

Enfin, M. René Tessier, rue de l'Empereur, qui échappa à Denuzières, a vu Méresse se promener librement en ville le 25 juin 1943.

L'audience est levée à 20 heures

source : http://www.chanzy.org/jugement/jugement03.htm

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Re: Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

Message par Invité le Mer 22 Sep - 16:56

Le défilé des témoins continue.

" Si tout le monde est d'accord pour me désigner, je ne puis rien dire " avoue Denuzières.



Le public est toujours nombreux dans la salle où se déroule le plus grand procès qui sera sans doute soumis à la Cour de Justice d'Orléans, lorsque s'ouvre cette quatrième journée de débat.

Elle sera entièrement occupée par des auditions de témoins dont certains ne déposeront pas sans passion.

Mais il ne faut pas oublier que le souvenir de 48 Français tombés sous les balles allemandes, de centaines d'autres torturés ou tués lentement dans les bagnes nazis pour avoir commis le seul crime de vouloir délivrer leur patrie, dominera toujours ces débats.

D'autant plus que l'importance des fonctions occupées par certains accusés pèse lourdement sur leur responsabilité.

Il restait encore cinq témoins à entendre sur l'affaire d'Orléans.

M. Lucien Breton, cordonnier, à Caen, fut arrêté à un rendez-vous que lui avait donné Méresse, rue de la Gare, à Orléans. L'inspecteur Métrier a participé à l'arrestation de Chevrin et a vu les brutalités de Duché.

L'inspecteur Nourry a enquêté sur l'affaire de Bonny. A propos de la perquisition et de la souricière chez M. Girard, à Dordives, le témoin déclare que M. Girard lui avait dit: " Faites comme chez vous. "

Le président:
" Je pense que vous n'auriez pas fait çà chez vous. "

Le témoin suivant décline son identité: Cornet (Florimond), 24 ans, marcheur. Le sympathique champion de marche était chef d'un groupe de sabotage, à Montargis. Il fut dénoncé par Méresse. Viviani voulut le sauver et il adressa une lettre signée: Un policier, lui disant:
" Tenez-vous sur vos gardes, un camarade vous a dénoncé. "

Florimond Cornet déclare qu'il a bien reçu cette lettre et il en fit son profit. Aucun de ses amis ne fut arrêté.

Un incident éclate à l'audition du commissaire Leboutet, chef des renseignements généraux de Chartres. Lorsqu'il était en fonctions à Blois, en 1941, il était intervenu dans l'affaire des tracts de Monts, près Chambord.

" Le dénonciateur Gaudry, en fuite, était votre indicateur ", lui dit Devynck.

M. Leboutet s'en défend, mais l'ex-divisionnaire précise que le témoin obtint pour Gaudry une prime de 1.000 francs.

" Singulières moeurs policières ", constate le président.

De nombreux témoins ont vu Denuzières vêtu en soldat allemand.

Le long défilé des témoins des différentes affaires d'Eure-et-Loir nous apprendra peu de choses que nous ne sachions déjà. Cependant, un grand nombre de personnes arrêtées dans les différentes opérations de la Gestapo, de la S.P.A.C. et de la 5ème Brigade, et qui échappèrent à la mort, viennent affirmer que Denuzières s'habillait en Allemand. Il avait d'ailleurs un singulier accoutrement. Il était en pantalon de golf avec des chaussures basses jaunes et portait un manteau et une casquette d'officier allemand. MM. Jean Guillaumin, Louis Symphorien, Davignon et Chauveau en apportent le témoignage formel. Denuzières nie. Il prétend que les témoins l'ont confendu avec un officier de la Gestapo, nommé Rohm. Ce qui le fait traiter de menteur par ses accusateurs.

" Je n'ai jamais eu de chaussures jaunes, dit l'accusé, je n'ai que des chaussures fauves ou havanes. "

Cette subtile distinction ne soulève que des rires.

Mais des témoins plus précis lui sont opposés.

Un interprète de la Feldgendarmerie de Dreux, a dit à l'inspecteur Aliès de Chartres, qu'il avait souvent vu Denuzières en allemand. Le chef de brigade de gendarmerie Jeandric, qui connaissait parfaitement l'ex-policier l'a vu en cette tenue.

Denuzières lui dit:
" L'habit me va bien, n'est ce pas. Je l'ai mis pour ne pas être reconnu. "

Un ancien collègue de l'accusé l'inspecteur-chauffeur Gouverneur, l'a vu également habillé en allemand.

" si tout le monde est d'accord pour me désigner, je ne puis rien dire ", finit par déclarer piteusement Denuzières.

Denuzières frappait avec la Gestapo.

D'autres témoins ont été torturés. M. Defollin a été battu odieusement pendant 3 heures par la Gestapo aidée de Denuzières. M. Roger Rasori a été trois fois martyrisé dans la même journée.

Un témoignage important est celui de M. Fermine, l'un des chefs de groupe, aujourd'hui lieutenant au 95ème R.I.

Arrêté par la Gestapo, il avait réussi en dépit des coups à cacher beaucoup de choses et devait être libéré, mais Denuzières vint à la rescousse. Fermine dut préciser ses aveux et fut emprisonné. Verney lui aurait donné un coup de poing.

Le lieutenant Fermine déclare ensuite qu'il a été soupçonné d'avoir vendu ses amis et il s'élève avec indignation contre cette accusation. Gauthier et Peltiez furent les seuls dénonciateurs.

" C'est exact, dit le Commissaire du Gouvernement. La procédure est formelle, vous n'êtes pas en cause. S'il y avait eu le moindre doute, je vous aurais poursuivi. "

Le témoin reconnaît que lors de son arrestation, il avait un plan détaillé du camp d'aviation de Chateaudun. Si les Allemands l'avaient trouvé, il aurait été fusillé. Mais Denuzières a détruit ce plan.

On peut signaler ce geste, c'est un des rares qui soit en sa faveur.

La capitaine dumont grand mutilé, responsable F.T.P., vient à la barre affirmer l'innocence du lieutenant Fermine.

M. Raymond Hélix, dessinateur à Villeneuve-sur-Eure et chef F.T.P., a donné des fausses cartes à Marigault qui ne voulait pas retourner en Allemagne. Et Marigault l'a dénoncé.

Le témoin a atrocement souffert et il est terrassé par l'émotion au souvenir des tortures qu'il a endurées. On doit lui apporter une chaise.
br> " Je ne veux pas rappeler ces choses atroces devant les familles de mes camarades disparus ", dit il. Son témoignage plein de dignité et d'émotion est écouté avec beaucoup d'attention.

Mme Dargent d'Illiers, entendue ensuite, accuse la femme Pipet d'avoir dénoncé plusieurs personnes et une vive altercation éclate entre les deux femmes.

Mme Petit dit que son mari, huissier en Eure-et-Loir, a été arrêté sur l'ordre de Le Baube. Au lieu d'être interné dans un camp il fut pris par les Allemands.

Le commissaire Boisselier signale ensuite que Denuzières lui a rapporté un propos de Le Baube la concernant.

" Je n'aime pas les gens timides comme Boisselier dans la répression du terrorisme ", aurait dit l'ex-préfet.

Le Baube:
" Je n'ai aps dit cela. J'ai dit: le commissaire Boisselier est jeune, il a l'air timide. "

Mme Paelloie, chargée de mission au Commissariat de la République, soeur de Jean Saliou, fusilier au Mont Valérien, rapporte les détails de l'arrestation de son frère et les efforts faits par le préfet Bussières pour le libérer. Elle vit Denuzières qui déclara qu'il aidait les Allemands mais ne pouvait rien faire pour libérer M. Salliou.

Le témoin a appris que Denuzières, qui s'habillait en Allemand avait brutalisé son frère.

Les premiers témoins à décharge. Verney aurait été résistant ?

Avant de lever l'audience la Cour entend plusieurs témoins à décharge.

Ce sont M. Brand, inspecteur de police à Paris, le président du Comité de Libération et le président de " Ceux de la Libération " de Gagny où Verney était en fonction jusqu'en 1942. Ils affirment que l'ex-policier protégeait la Résistance et les aida à constituer et à entretenir des dépôts d'armes. Il prèvenait les résistants avant les opérations de polce et fournissait de nombreuses fausses cartes avec les cachets de son commissariat.

source : http://www.chanzy.org/jugement/jugement04.htm


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Re: Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

Message par Invité le Mer 22 Sep - 16:59

Le Commissaire du gouvernement requiert la peine de mort pour Méresse et Denuzières.

" J'assure les familles que la justice passera " dit M.Larrieu.




Le publiLes débats de cette affaire qui passionne l'opinion publique orléanaise depuis une semaine seront moins longs qu'on ne le prévoyait.

Plus de quaranter témoins sur les cent cinquante qui ont été cités ne sont pas venus. Aussi M. Larrieu, Commissaire du Gouvernement, a-t-il pu prononcer vendredi le réquisitoire qui n'était attendu que pour samedi soir ou lundi matin.

Les derniers témoins.

Quelques témoins à décharge sont encore entendus.

M. Mallein, commissaire de police aux Renseignements généraux de Bourges, qui était en relations avec le maquis de Mehun-sur-Yèvres, déclare que Breton lui a sauvé la vie en le prévenant que la milice allait l'arrêter. Il put s'enfuir à temps. Breton aurait transporté des armes dans la voiture de la police. En revanche, le témoin accuse Duché d'avoir fait des rapports sur le maquis de Mehun.

Au contraire un autre témoin, M. Debard, dit que Duché l'a fait passer au maquis. L'inspecteur Suizelles, de son côté, déclare que Duché a organisé la fuite du commissaire Pommet, recherché par la police.

M. Gaston Benier, ingénieur T.P.E., en retraite a été arrêté au cours de l'affaire Jenot. Il fut interrogé pendant deux jours par Denuzières. Il n'a pas été brutalisé, mais il a vu le pitoyable état de Jenot. M. Bernier est cité par Verney qui siégea avec lui à la commission de vérification des mandats d'internement. Il déclare que l'ex-commissaire a rempli correctement cette fonction et qu'il n'était pas le moins rigoureux pour servir contre les collaborateurs.

C'est aussi ce que déclare M. Petitjean, secrétaire général pour la police, dont Verney fut chef de cabinet.

M. Wagner, substitut du Procureur général d'Amiens, a été cité comme témoin. Il rappelle que le 1er mai 1942, alors qu'il était Procureur de la République à Blois il fut appelé à Romorantin où deux feldgendarmes avaient été tués par des Français distribuant des tracts communistes. La 5ème brigade de sûreté enquêtait sous les ordres du commissaire divisionnaire Devynck.

" Ce dernier sabotait l'enquête, dit M. Wagner, et s'arrangeait pour laisser aux coupables le temps de fuir. "

Les Allemands étaient sur les dents et voulaient exercer des représailles sur la population de Romorantin, menaçant également d'arrêter M. Wagner, Devynck et différentes autorités. Un colonel SS vint diriger les recherches et donna une demi-heure au commissaire Devynck pour lui désigner 25 otages communistes. Devynck refusa catégoriquement.

" Il a eu, ajoute le témoin, une attitude très courageuse. "

M. Wagne ajoute que Devynck lui dit un jour: " Je suis dégoûté de ce qu'on impose à la police. Mais si je m'en vais, on mettrait un milicien à ma place. "

M. Pierre Nicaud, président du C.L.L., de Fleury, déclare que Viviani est intervenu pour le sauver de l'internement en 1941 et l'a prévenu en 1943 que son activité était surveillée.

Enfin, M. Buison, ex-inspecteur au service de diffusion de la 5ème brigade, signale que Devynck lui avait interdit de transmettre les listes de permissionnaires qui n'étaient pas repartis en Allemagne. Avant la libération il fit l'impossible pour éloigner le sinistre intendant Blondont et envoya des agents de renseignements aux troupes américaines. Parti en mission sur la rive gauche de la Loire, le 16 août 1944, il dut repasser sur les ruines du pont de Vierzon devant les Allemands pour rentrer en ville.

Le Réquisitoire.

Il est 15 heures quand M. Larrieu a la parole pour son réquisitoire. C'est avec émotion qu'il évoquera tout d'abord cette journée du 1erer octobre 1943, où dans cette même salle, un juge allemand prononçait la peine capitale contre 17 patriotes.

" Tous acceptèrent cette sentence sans une plainte. Louis Chevrin traduisit la pensée des ses camarades par ses fières paroles:
- je suis soldat, j'ai été pris, je paie, c'est normal. - "

malgré un appel à la pitié des autorités françaises les Allemands se montrèrent inflexibles. Les malheureux furent exécutés. Cinq mois plus tard une affaire plus importante éclatait en Eure-et-Loir et 31 patriotes étaient encore assassinés.

La justice passera.

S'étant incliné avec une émotion visible devant la douleur des familles, M. Larrieu ajouta:
" Je tiens à les assurer non pas qu'ils seront vengés, mais que la justice passera.

Se tournant vers les jurés le Commissaire du Gouvernement leur dit:

Vous aurez à apprécier comment furent arrêtés et martyrisés des 45 Français à la suite des agissements d'autres Français."

Et dans un réquisitoire sobre, sans effets oratoires, mais d'une netteté, d'une conscience et d'une objectivité remarquable, M. Larrieu exposa les différentes affaires telles qu'elles ressortent du dossier et des débats. son exposé durera prés de quatre heures. Il ne laissera rien dans l'ombre, ni les charges énormes qui pèsent sur les accusés, ni les actes qui sont en leur faveur.

Il tient à signaler que Fourcade, " Riton " et les bandits de la S.P.A.C. seront jugés à Paris et n'échapperont pas au châtiment qu'ils méritent. Méresse, " dont les mains sont tachées du sang de ses frères ", est un abominable traître, et M. Larrieu rappelle toutes les charges qui pèsent sur lui. Il souligne aussi l'abjection des procédés employés par Denuzières, ce fonctionnaire vantard et orgueilleux, qui fut à la base de la plupart des arrestations d'Eure-et-Loir.

Le Baube poussait les policiers à la répression et engagea Verney à enquêter sur les agissements des patriotes. Son crime principal est d'avoir appelé la S.P.A.C. en Eure-et-Loir.

Verney, s'il a fait preuve de zèle dans bien des cas, a cependant, montré de l'indépendance en rédigeant un rapport courageux sur la vie scandaleuse du sinistre Jean Luchaire, qu'il était chargé de protéger lors d'un de ses voyages.

Devynck, lui aussi, a fait preuve de zèle et poussé l'activité de sa brigade politique, mais il a essayé de faire passer toutes ses affaires à la justice française et garde à son actif des actes de résistance.

C'est aussi le cas de Viviani.

Ayant examiné ainsi le cas de chaque accusé, le Ministère public poursuit:
" Ce procès est un peu celui de la 5ème brigade mobile. Mais ce n'est pas parce que certains policiers ont faibli que la boue qui salit les uns doit rejaillir sur les autres. "

et il donne lecture d'une lettre du commissaire Deschamps qui s'exprime ainsi:

" Derrière les accusés, ou certains témoins ayant appartenu à la police, il traîne un lourd nuage.
Perquisitions illégales, arrestations non justifiées, détention prolongée, sévices et contrainte morale, ont été mis en oeuvre, soit par une application d'ordres mal donnés ou mal compris, soit dans un désir personnel de réussir une affaire, soit par un esprit de lucre, soit enfin pour assouvir des haines personnelles contre des hommes qui n'avaient pas les mêmes idées que ceux qui commandaient à l'époque.
C'est une pénible hérédité que la police va supporter et tout particulièrement la 5ème Brigade, hérédité dont elle n'est pas responsable et dont elle souffre.
Il ne reste, à cette dernière, qu'une ressource: le travail dans la légalité, dans l'honneur et la droiture, tel qu'il été accompli depuis un an.
Il faut que le public sache par votre voix hautement autorisée que nous sommes restés les défenseurs de l'ordre et les auxilliaires totalement dévoués de la justice. "


Ayant dit approbation à cette lettre, le Commissaire du Gouvernement examine les peines qui doivent être appliquées aux accusés.

Tous les accusés encourent la peine de mort.

" Tous les accusés, conclut-il, encourent la peine de mort. Je la requiers pour les cinq traîtres en fuite. Deux accusés qui sont dans ce box ne méritent pas la moindre pitié. Denuzières et Méresse doivent subir la peine capitale. Je la requiers contre l'un et l'autre. "

" Pour les autres, je vous laisse le soin de juger si certains d'entre eux méritent les circonstances atténuantes. N'oubliez pas que plane sur nous l'ombre des Français qui sont courageusement tombés sous les balles allemandes. Vous accomplirez votre tâche sans aucune défaillance. "

source : http://www.chanzy.org/jugement/jugement05.htm


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Re: Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

Message par Invité le Mer 22 Sep - 17:03

Les plaidoiries


Maître Denis


Maître Perroy

Tous les criminels, quelle que soit l'abjection de leur crime, ont le droit d'être défendus devant la juridiction qui doit leur appliquer le chatiment qu'ils méritent.

Les lois républicaines l'ont voulu très justement. Et le réquisitoire, comme la plaidoirie, doivent être pronocés pour éclairer les juges et non pas pour les induire en erreur.

La décision reste soumise à la conscience du président et des moindres mérites de la Cour de Justice d'Orléans, depuis près d'un an qu'elle siège, d'avoir rendu une justice ferme et humaine.

La plupart des défenseurs de cette affaire ont été désignés d'office, et de vieux avocats, dont certains ont cinquante ans de barreau, ont donné par leur assiduité aux débats et la loyauté avec laquelle ils ont rempl leur tâche, un exemple de conscience professionnelle qui n'a pas toujours été suivi, il faut bien le dire.

Six défenseurs ont pris aujourd'hui la parole. Tous ont été désignés d'office.

Le premier, Me Charron, défend la cause indéfendable de Méresse. Il insiste sur la faiblesse de caractère de l'accusé qui a eu peur, et avait la conviction que " la police savait tout ".

" Cet homme peu cultivé et raisonneur, a été heureux de jouer au policier, on a flatté son orgueil et ce fut sa perte. "

Il a maintenant des remords et le défenseur demande au jury de lui épargner la peine capitale.

" Une détention perpétuelle, pendant laquelle il aura toujours sous les yeux les cadavres de ses camarades sera un dur châtiment ", conclut Me Charron.

Me Sejourné a la tâche non moins lourde de défendre l'abominable Denuzières.

S'étant incliné, comme l'avait fait Me Charron, devant les Français qui sont tombés pour chasser l'envahisseur. Me Sejourné présente Denuzières comme un fonctionnaire qui exécuta avec trop de zèle les ordres donnés. Il demande qu'on ne le rende pas responsable des odieux agissements de la S.P.A.C.

" Il ne doit pas payer de sa vie la faute des sbires et des policiers taris ", conclut-il.

Me Sejourné dépose ensuite des conclusions demandant acte du fait que des témoins furent entendus sans être dénoncés à son client.

Me wedrychowsky plaide pour le jeune Berceron.

Ce dernier, on s'en souvient, avait été sollicité d'entrer dans la résistance. Ses parents le firent sermonner par le commissaire Chaumet, qui le questionna, obtint des renseignements et en fit un rapport.

" Cette initiative regrettable, dit le défenseur, ne doit pas être reprochée au jeune Berceron dont la responsabilité est minime. "

Me Denis défend la femme Pipet qui, selon lui, n'a agii que pour sauver son mari.

Me Perroy plaide pour Duché et Breton insistant sur le fait qu'ils ont arrêté Chevrin par ordre de leur chef, sans savoir qui ils arrêtaient.

Il dépose des conclusions, demandant que Duché soit poursuivi simplement pour coups et blessures puisqu'il a frappé le malheureux Chevrin.

Enfin, Me Colcombe présente la défense de Verbencken, dénonciateur, deux fois engagé à la L.V.F.

Il paraît que l'accusé passa huit ans dans un asile d'aliéné. L'avocat dépose des conclusions demandant son examen mental. Il demande au jury de se montrer " compréhensif et humain. "

Les autres plaidoiries sont renvoyées à lundi, à 13 heures 30.

source : http://www.chanzy.org/jugement/jugement06.htm


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Re: Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

Message par Invité le Mer 22 Sep - 17:04

La suite des plaidoiries


Maître Séjourne


Maître Wedrychowski

L'après-midi de lundi, comme la journée de samedi a été occupée par des plaidoiries.

Défense de Le Baube,Verney, Devynck.

Me Suzanne Grimberg plaide la première pour l'ex-préfet Le Baube. Elle évoque cette période de l'été 1943 au cours duquel de nombreux incendies de récoltes furent allumés en Eure-et-Loir.

Le Baupe voulant faire assurer les battages pour permettre le ravitaillement du pays fit appel à la police.

Il tgnorait, dit le défenseur, quels étaient le rôle et les procédés de la S.P.A.C.

Me Grimberg souligne ensuite la conduite de l'accusé pendant la guerre de 1914 et son attitude à Rennes, où il était secrétaire général en 1940.

" Si vous voulez une peine, conclut elle, elle doit être proportionnée aux faits reprochés "

Me Perroy, présente ensuite la défense de l'ex-commissaire Verney.

Il s'efforce de démontrer qu'il n'était pas l'ami du préfet Le Baube, et donne lecture de nombreuses attestations lui attribuant des actes de résistance en Seine-et-Oise.

Dans les affaires d'Eure-et-Loire, le défenseur souligne le rôle peu important joué par Verney.

Me Wedrychowsky, défenseur de l'ancien commissaire divisionnaire Devynck, a la parole.

Il s'attache à démontrer que la responsabilité de l'affaire d'Orléans incombe à Méresse et à la S.P.A.C. Or, la S.P.A.C., n'a pas été appelée par Devynck, mais par les commissaires Bascou, de Vichy et Marsac de Dijon.

Selon son avocat, Devynck n'a pas fait de zèle et a, au contraire, empêché les diffusions de listes de réfractaires.

Me Wedrychowsky lit des attestations de MM. Gendry, ex-intendant de police révoqué par Chiappe; Gallo, commissaire du gouvernement près de la Cour de Justice de la Seine, et Léoni, sous-directeur de la sûreté nationale qui signale que Devynck était antiallemand. Pendant deux ans, il envoya à Londres des renseignements au service du colonel Vattier, l'un des collaborateurs du général de Gaulle.

Il lit ensuite une lettre de M. André Mars, commissaire de la République, signalant les services rendus par Devynck dans les journées qui précédèrent la libération.

Il demande un verdict compréhensif et humain.

Me Leveau demanda ensuite l'indulgence pour la femme Bartaire, et Me Lerminier plaida piur Giboreau.

" Il n'est pas établi, dit l'avocat, que Giboreau connaisait la qualité d'espion du faux parachutiste, on ne peut lui reprocher que des bavardages qui ne méritent que quelques années d'indignité nationale. "

Ce matin, Me de Moro_Giafferi plaidera pour Viviani: Me Denis pour Bailloux et Me Renaud pour Marigault.

Le verdict sera connu dans la soirée.

source : http://www.chanzy.org/jugement/jugement07.htm


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Re: Procès : l'affaire des fusillés de Chartres et d’Orléans devant la Cour de Justice (Septembre 1945)

Message par Invité le Mer 22 Sep - 17:07

Le verdict

Le châtiment suprême pour:
Méresse, Viviani, Denuzières, Le Baube, Verbeuken et Marigault.

Les travaux forcés pour Devynck

Les cinq accusés en fuite sont condamnés à la peine capitale par contumace.



Au premier rang: Méresse, Viviani, Devynck, Denuzièeres.
Au dessus: Verney, Le Baupe, femme Pipet, Marigault et Verbrucken.


Après quatorze audiences, dont certaines furent mouvementées et qui furent toutes profondément émouvantes, le procès le plus important et le plus tragique qui ait été jugé à Orléans, est terminé.

Quatorze audiences sur lesquelles ont plané l'ombre de 48 Français morts pour sauver leur pays, et le souvenir de l'abominable barbarie des tortionnaires de la Gestapo et de leurs émules français. Personne n'a pu écouter sans frémir et sans réclamer que justice soit faite les émouvants récits des rescapés. La simple et ferme déposition de M. Hélix, qui eut la machoire fracassée et le corps couvert de coups et à qui l'on fit boire un liquide corrosif qui a compromis sa santé pour toujours; le rappel des brutalités exercées sur Jenot, sur Chevrin, sur Fermine, sur tous ceux qui n'ont pas parlé, dépassent l'imagination et révoltent la conscience humaine. "

" La Justice passera ", avait dit M. le Commissaire du Gouvernement Larrieu, dans son réquisitoire.

La Justice est passée. Après six heures et demie de délibération, les jurés ont rapporté le verdict que leur conscience de citoyens français et de résistants leur a dicté. Onze condamnations à mort ont été prononcées. "

Les dernières plaidoiries.

Deux plaidoiries furent prononcées dans la matinée.

Me Denis demanda l'indulgence pour Bailloux. Ce dernier n'est point mêlé à l'affaire des fusillés. On lui reproche d'avoir dévoilé au commissaire de Blois, qui l'interrogeait, qu'un habitant de Monts près Chambord distribuait des tracts.

Me de Moro-Giafferi se leva ensuite. Le grand avocat, maintenant septuagénaire, n'a rien perdu de sa brillante éloquence et de sa fougue. " Vieux pèlerin de la justice ", comme il se qualifie lui-même, il vient apporter une chaleureuse défense de son compatriote Viviani.

Me de Moro-Giafferi lit une ordonnance gouvernementale de juin 1944 précisant que ne peuvent être rendus responsables les fonctionnaires qui ont strictement exécuté les ordres reçus, sans prendre d'initiatives personnelles et faire d'excès de zèle. Et il s'attache à démontrer que c'est le cas de son client.

Il apporte, lui aussi, des attestations de services rendus par Viviani à la résistance.

" Votre justice, conclut-il, sera insensible aux appels extérieurs si généreux soient-ils. vous apporterez un verdict conforme à l'équité, comme vous le dictera votre conscience. "

Les débats devaient reprendre à quatorze heures pour entendre Me Renaud, du barreau de paris, défenseur de Marigault.

Cet avocat, que l'on avait aperçu fort peu de temps dans les premiers jours, ne s'est pas présenté.

Cette regrétable désinvolture a retardé encore des débats pourtant fort longs.

Me Lepingle fut chargé de prendre la défense de l'accusé. On suspendit l'audience pour lui permettre de prendre connaissance du dossier.

Avec une conscience que l'on peut louer, Me Lepingle accepta cette charge et présenta la défense de Marigault qui affirme n'avoir pas su qu'il avait affaire à un espion lorsqu'il rencontra le faux parachutiste anglais.

Il est 16 heures quand le président Saulnier prononce la cloture.

Il donne ensuite lecture des 23 questions posées au jury qui se retire à 16 heures 10.

Le Verdict.

Il est 22 heures 40 quand l'audience est reprise. Dans la salle bruyante pendant ce long entr'acte, le silence s'est fait.

Les accusés reprennent leurs places. Tous sont très pâles et ont les traits tirés. Et le président donne lecture de l'arrêt:

Le Baube, Denuzières, Viviani, Méresse, Verbeucken et Marigault sont condamnés à mort.
Devynck aux travaux forcés à perpétuité.
Les femmes Pipet et Bartaire à 10 ans de travaux forcés et à l'indignité nationale.
Duché à 5 ans de travaux forcés et à l'indignité nationale.
Breton et Baillou à 2 ans de prison et à 10 ans d'indignité nationale.
Verney à 1 an de prison et 5 ans d'indignité nationale.
Gibereau et Berceron sont acquittés.


Les cinq contumax, Laillé, Bourgine, Cortez, Gaudry et la femme Rudeault sont condamnés à mort.

Quand le président ajoute pour Le Baupe, chevalier de la Légion d'Honneur, et Duché, médaillé militaire:
" Vous avez failli à l'honneur, vous cessez d'être décorés ".

Le Baube s'écrie:
" Je n'ai jamais manqué à l'honneur. "

L'audience est levée à 23 h. 10.

La foule s'est rassemblée devant le Palais où, depuis le début de l'après-midi, stationne un important service d'ordre. Mais elle fut déçue, les condamnés sortirent par une porte dérobée.

source : http://www.chanzy.org/jugement/jugement08.htm

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